Avengers : Infinity War ***

Avengers: Infinity War : Affiche

Pour faire face à Thanos qui possède la plupart des pierres d’infinité, la plupart des super-héros de l’écurie Marvel s’unissent afin d’empêcher la destruction d’une bonne partie de l’univers. Ce film, très attendu, marque la fin d’un cycle entamé depuis plus d’une décennie par Marvel et Disney. Tous les héros sont convoqués pour marquer le coup, les premiers Avengers bien sûr, mais aussi tous leurs petits rejetons, terriens ou plus lointains. Du coup il y a beaucoup de monde à l’écran et celui qui n’est pas fan sera rapidement perdu au milieu d’une telle armée.

Pour ma part, malgré quelques impasses, j’ai pu raccrocher les wagons. Enfin tous ces héros qui vivaient leurs aventures en parallèle se croisent ou se retrouvent pour le plus grand plaisir du spectateur. A l’écran tout est impressionnant et démesuré. Joe et Anthony  Russo ont voulu nous en mettre plein les yeux et c’est une réussite. Ce point d’orgue tient ses promesses et l’ensemble est un pur divertissement à grand spectacle.

Si le film n’oublie pas l’humour et le seconde degré, il y a cette fois une gravité et une noirceur jusqu’à présent inédites dans la série. Bien sûr la fin est frustrante puisqu’il ne s’agit que de la première partie d’un film dont il faudra attendre 2019 pour voir la fin. C’est Thanos, ennemi suprême qui apporte ce qu’il faut de profondeur alors que ses adversaires sont tellement nombreux qu’ils manquent parfois d’épaisseur. Mais qu’importe, c’est vraiment bon de voir un tel cinéma de divertissement qui s’assume pleinement en tant que tel. Les décors et les effets spéciaux son exceptionnels. On ne s’ennuie pas une seconde. Le pari est donc rempli. ©Lionel Four. lionelfour

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Appelle-moi par ton nom d’André Aciman

Appelle-moi par ton nom

Auteur : André Aciman

Grasset, 2018, 332 pages

Paru en 2008 aux éditions de l’Olivier, sous le titre « Plus tard ou jamais« 

Résumé : A l’été de ses 17 ans, les parents d’Elio accueillent Oliver, un jeune professeur de philosophie, dans leur villa sur la côte italienne. Cet Américain brillant fait forte impression sur Elio. Les jours passent entre attirance réciproque et évitement. Elio est tiraillé entre Oliver et sa voisine, Marzia. Oliver travaille sur son manuscrit et mène une vie nocturne dont Elio se sent exclu et qu’il jalouse. Pourtant, le temps d’un été ils cèdent à un sentiment plus grand qu’eux.

Critique : Peu de temps après avoir apprécié la magnifique adaptation de ce roman au cinéma, je me suis attaqué au texte d’André Aciman réédité à cette occasion par Grasset. J’ai découvert un roman riche, puissant et érudit où l’apparente simplicité du propos est portée par un style foisonnant et complexe.

On peut être dérouté de passer de descriptions d’histoire de l’art ou de réflexions philosophiques, à des scènes plus triviales sur l’évolution de la relation entre Elio et Oliver. Pourtant, je me suis laissé prendre par l’atmosphère particulière de cet ouvrage. La torpeur de cet été italien, les valses-hésitations entre Elio et Oliver sont largement retranscrits à travers le regard d’Elio. Ce garçon est attachant autant qu’il est parfois agaçant ce qui apporte chair et épaisseur à ce récit. On suit son yoyo émotionnel dans une intimité telle que je me suis demandé à de nombreuses reprises s’il n’y avait pas dans ce texte une dimension autobiographique.

Bien sûr, on pourra reprocher quelques longueurs, une intrigue un peu diluée et pas assez resserrée, des digressions inutiles, mais ce roman est un tel foisonnement tant dans sa dimension émotionnelle qu’artistique qu’il embarque le lecteur. Et si l’on retrouve quelques scènes clés du film Call me by your name, l’ouvrage va plus loin dans le récit, notamment sur le plan chronologique, rendant donc sa lecture postérieure tout à fait passionnante et peu gênante.

Un beau roman doux et tolérant à découvrir. ©Lionel Four. lionelfour

4/5

Ready Player One ***

Ready Player One : Affiche

Avec Ready Player One, Steven Spielberg fait un retour fracassant dans le cinéma de divertissement familial. Cette immense course poursuite pour récupérer un oeuf de Pâques caché dans un jeu vidéo est un éblouissement visuel de chaque instant s’appuyant sur un scénario solide, toujours inventif.

En 2045, la planète est devenue tellement invivable que tout le monde se réfugie dans un jeu vidéo, l’OASIS, où chacun peu se rêver (se payer) une vie différente. Depuis des années, les joueurs tentent de récupérer un indice caché dans un oeuf dont l’objectif est de pouvoir prendre possession des actions de l’entreprise du créateur du jeu. Une source de richesse infinie qui attire bien des convoitises. A force d’analyse, un jeune joueur comprend les indices et se lance dans la quête.

Le rythme est étourdissant et le scénario multiplie les rebondissements. A la fois hommage aux premiers jeux vidéo, mais aussi aux films de science-fiction des années 80, Spielberg nous propose une véritable cure de jouvence aux sources de cette pop et geek culture qui a marqué ces 30 dernières années. Les références sont nombreuses à l’écran et il faudra sans doute voir le film plusieurs fois pour toutes les comprendre ! Le spectacle visuel est total et porté par une formidable troupe de jeunes comédiens.

Les effets spéciaux sont particulièrement réussis, les dialogues souvent drôles, le rythme de l’action soutenu. Bref, tout ce que l’on peut attendre d’un film à grand spectacle. Steven Spielberg démontre, par l’exemple, qu’il reste le maître incontesté et incontestable de ce type de cinéma. Un enchantement de chaque instant, qui vous fera retomber dans votre jeunesse et que je ne peux que vivement vous conseiller. Du cinéma grand spectacle comme on en voit trop peu. Un pur divertissement. ©Lionel Four. lionelfour

Call me by your name ****

Call Me By Your Name : Affiche

Dans la torpeur d’un été des années 80 au nord de l’Italie, un professeur d’archéologie réputé accueille un jeune chercheur américain qui poursuit ses recherches. Le fils de la famille tombe éperdument amoureux du jeune homme, un premier amour. Entre les deux va naître une idylle, un amour d’été puissant et sensuel.

Tiré du roman d’André Aciman, sur une adaptation de James Ivory, ce film de Luca Guadagnino est une grande réussite porté par un couple de comédiens excellents. Timothée Chalamet est tout simplement exceptionnel dans sa composition d’un adolescent solitaire qui vit son premier amour. Il est touchant dans ses maladresses face à un Armie Hammer froid et distant qui tente de réfréner son attirance pour l’adolescent.

Là où le film fait la différence avec d’autres films sur le même sujet, c’est que l’homosexualité n’est pas en soi un facteur dramatique dans l’histoire. Certes, la peur du qu’en dira-t-on est bien présente, mais cette amour se développe dans un contexte ouvert et tolérant. Le film va donc au-delà de se postulat et pose ce premier amour comme tous les autres premiers amours dans ce qu’il a de fragile et de fugace.

Un été comme un rêve d’où personne ne sortira indemne. J’ai été bouleversé grâce à un parti pris de simplicité dans la réalisation, où les corps sont filmés au plus près. Tantôt poétique et contemplatif, tantôt drôle et trivial, il ressort de ce film un équilibre sur le fil et je resterai longtemps habité par ce plan final d’une puissance émotionnelle rare. Un très beau film, à ne pas rater, que je vous conseille vivement.

A suivre, dans les prochaines semaines, la critique du roman d’André Aciman©Lionel Four. lionelfour

La forme de l’eau ***

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Affiche

En pleine Guerre Froide, une jeune femme muette et solitaire tombe amoureuse d’une étrange créature aquatique détenue dans un laboratoire gouvernemental secret.

Sur ce postulat, le réalisateur et romancier Guillermo Del Toro compose un film sombre, original et d’une rare poésie. Une œuvre hybride et étrange qui absorbe nombre de références comme l’ont déjà été certains des précédents films du réalisateur comme Le Labyrinthe de Pan.

Il propose cette fois une histoire d’amour fantastique, hommage aux vieux films de SF des années 1950, au message humaniste fort sur la tolérance et l’acceptation de la différence. Le tout est porté par de remarquables comédiens, Sally Hawkins en tête, qui évoluent dans des décors très travaillés, sur fond d’une musique composée par Alexandre Desplat.

Un joli conte au propos jamais édulcoré qui fait du bien dans une production hollywoodienne de plus en plus formatée et en manque flagrant d’imagination. ©Lionel Four. lionelfour

Des jours sans fin de Sebastian Barry

Des jours sans fin

Auteur : Sebastian Barry

Joëlle Losfeld éditions, Gallimard, 2018, 258 pages.

Résumé : Jeune émigré irlandais, orphelin avant l’âge de 15 ans, Thomas McNulty cherche sa place dans l’Amérique du milieu du XIXème siècle. Du rude milieu des grandes plaines de l’Ouest, où il est confronté aux combats contre les indiens, à son engagement du côté de l’Union dans la guerre de Sécession, il est confronté à la violence de l’histoire. Son destin est lié à celui de John Cole, l’ami et l’amour de sa vie. Ensemble, ils construisent une famille différente avec Winona, leur fille adoptive Sioux.

Critique : Je lis rarement des romans historiques, aussi je remercie les éditions Gallimard et Joëlle Losfeld de m’avoir fait parvenir Des jours sans fin de Sebastian Barry dans le cadre d’une opération Masse Critique du site Babelio. Je les remercie d’autant plus que je me suis laissé totalement embarquer par ce roman ambitieux, au souffle épique détonnant et d’une grande modernité sur le fond.

Le narrateur est le jeune Thomas McNulty personnage ambivalent, à l’identité de genre ambigüe, qui aime se travestir et vivre habillé en femme, tout en s’engageant comme soldat de l’Union confronté aux violences les plus extrêmes dans la lutte contre les indiens de l’Ouest ou dans la Guerre de Sécession. Sebastian Barry n’hésite pas à décrire dans les moindre détails le quotidien des soldats, la boue, le froid, les excréments, la violence et les atrocités épouvantable au jour le jour.

Face à cette dureté, parfois à la limite de l’insupportable, il y a ces scènes de vie quotidienne avec son amant John Cole et leur fille adoptive Winona, qui prennent le lecteur à contre-pied par leur douceur et leur humanité. Ensemble, ils forment une famille d’une grande modernité dans une Amérique qui peine à sortir de l’esclavage dans le Sud et qui massacre les indiens par milliers dans l’Ouest.

Ce roman prend aux tripes le lecteur et ne le lâche pas à un seul moment grâce à son rythme soutenu et à la volonté de Sebastian Barry de se mettre à hauteur d’hommes. Il ressort de ce roman un grand humanisme et une critique viscérale de la violence et de la guerre. A chaque page, l’absurdité et l’inutilité des massacres est mise en avant. J’ai été souvent bouleversé par ce roman. Incontestablement une grande réussite que je vous conseille de découvrir.

4,5/5

M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit de Robin Sloan

M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit

Auteur : Robin Sloan

Points, 2015, 384 pages

Résumé : Graphiste-designer au chômage, Clay erre dans San Francisco en réfléchissant à la direction qu’il pourrait donner à son avenir professionnel. Le hasard le mène à l’étrange librairie de M. Pénombre qui cherche un vendeur de nuit. Tard le soir, les membres d’un club de lecture viennent y emprunter les volumes cryptés du fonds du fond. Appartiennent-ils à une secte ? Sont-ils des lecteurs d’un genre nouveau ? Embauché, Clay est bien décidé à percer le mystère de ces érudits.

Critique : A mi-chemin entre roman policier et roman à énigme, voilà une lecture de détente très sympathique. On se prend d’amitié pour Clay, le geek antihéros, un peu loser, typique, mais pourtant très attachant.

Dans un premier temps, on se laisse rapidement piéger dans cette histoire mystérieuse de confrérie secrète de lecteurs, bel hommage à la beauté de la lecture et des livres. Robin Sloan sait maintenir très habilement le suspense et distiller peu à peu les révélations pour maintenir l’intérêt de ses lecteurs et faire tourner à fond leur imagination !

La seconde partie du roman avec ses longs passages à la gloire de Google, m’a en revanche moins convaincu, même si la confrontation entre culture papier et culture numérique réserve quelques moments savoureux. Si l’histoire est parfaitement construite, le style, lui n’a cependant rien de très original, malgré l’usage très développé des termes geeks. Quant au final, dont je me garderai bien de parler, il ne sera évidemment pas celui que l’on pense.

J’en retiens une lecture amusante et agréable sur le fond, mais finalement sans grande originalité sur la forme.

3,25/5

La ligne droite d’Hubert et Marie Caillou

La ligne droite

Glénat, collection « 1000 feuilles », 2013, 121 pages

Résumé : Hadrien vit dans un petit village de Bretagne. Il doit composer avec une mère stricte et un lycée catholique aux méthodes pédagogiques réactionnaires. Son seul espace d’évasion, ce sont les livres. Bien que solitaire, Hadrien se rapproche peu à peu de Jérémie, un garçon très populaire au lycée, avec lequel il se découvre des points communs. Leur complicité donne naissance à des sentiments plus forts.

Critique : Sous l’apparente simplicité du dessin se cache une bande dessinée d’une grande qualité où est abordée, avec beaucoup de tact, la question de l’homosexualité à l’adolescence. Ses auteurs ont un parti pris très clair, largement relevé par les associations de lutte contre l’homophobie, à savoir que la difficulté de s’assumer en tant qu’homosexuel à l’adolescence n’est pas liée à l’homosexualité en elle-même, mais bien à l’homophobie sociale que subit l’adolescent.

Ici, le jeune Hadrien doit s’assumer dans le milieu catholique traditionaliste de la campagne bretonne. Certes, ce choix peut paraître véhiculer certains clichés, mais il peut tout à fait se transposer dans d’autres milieux, le propos étant totalement universel. J’ai été touché par cette découverte d’un amour et par cette histoire forte et émouvante. Le dessin aux lignes simples permet d’entrer pleinement dans l’histoire et de se concentrer pleinement sur les personnages et leurs conflits intérieurs. J’ai été très bouleversé par cette histoire et par le personnage attachant d’Hadrien.

Une bande dessinée très réussie.

4/5

Pride d’Erik Rémès

Pride : chroniques de la révolution gay 1992-2005 d’Erik Rémès

La Musardine, collection « L’attrape-corps », 2017, 367 pages

Mon avis :

Ces derniers temps, alors que je suis plutôt un lecteur de romans, me voilà parti à lire des essais. Celui-ci m’a été offert par La Musardine en échange d’une critique objective dans le cadre d’une opération Masse critique du site Babelio. Je les remercie de m’avoir permis de découvrir Erik Rémès, un auteur que je connaissais de nom, précédé de sa réputation sulfureuse, mais que je n’avais jamais lu.

Cet ouvrage est un essai, ou plutôt devrait-on dire une compilation de textes écrits entre 1992 et 2005 sur les grandes questions et débats qui ont agité les communautés LGBTQ au cours de cette période charnière de leur histoire. Ces textes sont parus dans des publications communautaires ou sur des média nationaux gay-friendly tels que Libération. Plutôt qu’un classement chronologique, Erik Rémès a préféré un classement thématique des textes, choix judicieux qui permet de faire répondre les textes les uns avec les autres avec quelques années d’intervalle.

Au fil des pages, malgré quelques répétitions sur certains sujets, on voit une vraie cohérence dans la pensée où sont abordés tous les thèmes sans fausse pudeur. L’écriture est simple, fluide et directe ce qui n’empêche pas la profondeur sur le fond. Erik Rémès aborde tour à tour la visibilité, le mariage, les débats politiques, le SIDA, le sexe (safe ou non), la drogue, la « subversion », etc. dans une période riche de débats et d’avancées.

Certaines pages sur l’hécatombe liée au SIDA dans la première moitié des années 90 sont bouleversantes, mais à la lecture on voit bien que le procès qui lui a été fait de promotion des pratiques à risques à l’occasion de la sortie du roman Serial Fucker : journal d’un barebacker, relève largement de la mauvaise foi. Si Erik Rémès aborde tous les sujets, sans pudibonderie mais aussi sans jugement, le message de prévention est pourtant bien présent à chaque page.

J’ai aimé ce livre, utile et incontournable, qui fait le point sur plus d’une décennie de combats d’une communauté face à la maladie, face aux conservatismes sociaux, face à des gouvernements réactionnaires, face à des politiques inadaptées. Plus d’une décennie de combats pour la liberté, pour la visibilité, pour l’égalité. Plus d’une décennie où Erik Rémès a été le poil à gratter d’une communauté pour le pire mais aussi pour le meilleur.

4,25/5

Le mari de mon frère – Tome 3 de Gengoroh Tagame

Le mari de mon frère. Tome 3

Auteur : Gengoroh Tagame

Editions Akata, 2017, 180 pages

 Résumé : Yaichi a appris à connaître son beau-frère et à passer outre ses préjugés. Il se comporte désormais de façon très naturelle avec lui. Il décide d’organiser un séjour en famille aux sources thermales, près du Mont Fuji. La mère de Kana les accompagne. Mike rencontre d’anciennes connaissances de Ryô. Il fait peu à peu des découvertes sur la jeunesse de son mari décédé.

Critique : Dans ce troisième tome, chacun des personnages progresse. Une large place est faite aux questionnements de Yaichi et notamment sur son rôle de père. Il accepte désormais pleinement Mike comme un membre de la famille et s’interroge beaucoup sur l’homophobie au Japon. Son évolution depuis le début de la série est passionnante à suivre.

Mike de son côté poursuit son pèlerinage sur les traces de son mari décédé. Il fait la connaissance du meilleur ami du lycée de Ryô. La petite Kana est, elle, toujours aussi adorable.

Gengoroh Tagame montre, au fil des pages, un Japon qui oscille entre tradition et modernité. Avec son trio de personnages toujours aussi sympathiques, cette série de manga est vraiment agréable à lire. Un feel-good manga qui bat en brèche les préjugés et les idées reçues. ©Lionel Four. lionelfour

4/5