M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit de Robin Sloan

M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit

Auteur : Robin Sloan

Points, 2015, 384 pages

Résumé : Graphiste-designer au chômage, Clay erre dans San Francisco en réfléchissant à la direction qu’il pourrait donner à son avenir professionnel. Le hasard le mène à l’étrange librairie de M. Pénombre qui cherche un vendeur de nuit. Tard le soir, les membres d’un club de lecture viennent y emprunter les volumes cryptés du fonds du fond. Appartiennent-ils à une secte ? Sont-ils des lecteurs d’un genre nouveau ? Embauché, Clay est bien décidé à percer le mystère de ces érudits.

Critique : A mi-chemin entre roman policier et roman à énigme, voilà une lecture de détente très sympathique. On se prend d’amitié pour Clay, le geek antihéros, un peu loser, typique, mais pourtant très attachant.

Dans un premier temps, on se laisse rapidement piéger dans cette histoire mystérieuse de confrérie secrète de lecteurs, bel hommage à la beauté de la lecture et des livres. Robin Sloan sait maintenir très habilement le suspense et distiller peu à peu les révélations pour maintenir l’intérêt de ses lecteurs et faire tourner à fond leur imagination !

La seconde partie du roman avec ses longs passages à la gloire de Google, m’a en revanche moins convaincu, même si la confrontation entre culture papier et culture numérique réserve quelques moments savoureux. Si l’histoire est parfaitement construite, le style, lui n’a cependant rien de très original, malgré l’usage très développé des termes geeks. Quant au final, dont je me garderai bien de parler, il ne sera évidemment pas celui que l’on pense.

J’en retiens une lecture amusante et agréable sur le fond, mais finalement sans grande originalité sur la forme.

3,25/5

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La ligne droite d’Hubert et Marie Caillou

La ligne droite

Glénat, collection « 1000 feuilles », 2013, 121 pages

Résumé : Hadrien vit dans un petit village de Bretagne. Il doit composer avec une mère stricte et un lycée catholique aux méthodes pédagogiques réactionnaires. Son seul espace d’évasion, ce sont les livres. Bien que solitaire, Hadrien se rapproche peu à peu de Jérémie, un garçon très populaire au lycée, avec lequel il se découvre des points communs. Leur complicité donne naissance à des sentiments plus forts.

Critique : Sous l’apparente simplicité du dessin se cache une bande dessinée d’une grande qualité où est abordée, avec beaucoup de tact, la question de l’homosexualité à l’adolescence. Ses auteurs ont un parti pris très clair, largement relevé par les associations de lutte contre l’homophobie, à savoir que la difficulté de s’assumer en tant qu’homosexuel à l’adolescence n’est pas liée à l’homosexualité en elle-même, mais bien à l’homophobie sociale que subit l’adolescent.

Ici, le jeune Hadrien doit s’assumer dans le milieu catholique traditionaliste de la campagne bretonne. Certes, ce choix peut paraître véhiculer certains clichés, mais il peut tout à fait se transposer dans d’autres milieux, le propos étant totalement universel. J’ai été touché par cette découverte d’un amour et par cette histoire forte et émouvante. Le dessin aux lignes simples permet d’entrer pleinement dans l’histoire et de se concentrer pleinement sur les personnages et leurs conflits intérieurs. J’ai été très bouleversé par cette histoire et par le personnage attachant d’Hadrien.

Une bande dessinée très réussie.

4/5

Pride d’Erik Rémès

Pride : chroniques de la révolution gay 1992-2005 d’Erik Rémès

La Musardine, collection « L’attrape-corps », 2017, 367 pages

Mon avis :

Ces derniers temps, alors que je suis plutôt un lecteur de romans, me voilà parti à lire des essais. Celui-ci m’a été offert par La Musardine en échange d’une critique objective dans le cadre d’une opération Masse critique du site Babelio. Je les remercie de m’avoir permis de découvrir Erik Rémès, un auteur que je connaissais de nom, précédé de sa réputation sulfureuse, mais que je n’avais jamais lu.

Cet ouvrage est un essai, ou plutôt devrait-on dire une compilation de textes écrits entre 1992 et 2005 sur les grandes questions et débats qui ont agité les communautés LGBTQ au cours de cette période charnière de leur histoire. Ces textes sont parus dans des publications communautaires ou sur des média nationaux gay-friendly tels que Libération. Plutôt qu’un classement chronologique, Erik Rémès a préféré un classement thématique des textes, choix judicieux qui permet de faire répondre les textes les uns avec les autres avec quelques années d’intervalle.

Au fil des pages, malgré quelques répétitions sur certains sujets, on voit une vraie cohérence dans la pensée où sont abordés tous les thèmes sans fausse pudeur. L’écriture est simple, fluide et directe ce qui n’empêche pas la profondeur sur le fond. Erik Rémès aborde tour à tour la visibilité, le mariage, les débats politiques, le SIDA, le sexe (safe ou non), la drogue, la « subversion », etc. dans une période riche de débats et d’avancées.

Certaines pages sur l’hécatombe liée au SIDA dans la première moitié des années 90 sont bouleversantes, mais à la lecture on voit bien que le procès qui lui a été fait de promotion des pratiques à risques à l’occasion de la sortie du roman Serial Fucker : journal d’un barebacker, relève largement de la mauvaise foi. Si Erik Rémès aborde tous les sujets, sans pudibonderie mais aussi sans jugement, le message de prévention est pourtant bien présent à chaque page.

J’ai aimé ce livre, utile et incontournable, qui fait le point sur plus d’une décennie de combats d’une communauté face à la maladie, face aux conservatismes sociaux, face à des gouvernements réactionnaires, face à des politiques inadaptées. Plus d’une décennie de combats pour la liberté, pour la visibilité, pour l’égalité. Plus d’une décennie où Erik Rémès a été le poil à gratter d’une communauté pour le pire mais aussi pour le meilleur.

4,25/5

Le mari de mon frère – Tome 2 de Gengoroh Tagame

Le mari de mon frère – Tome 2

Auteur: Gengoroh Tagame

Editions Akata, 2016, 186 pages

Résumé : Kana et Yaichi apprennent à connaître Mike, ce canadien qui avait épousé Ryô, le frère jumeau de Yaichi. La mère de Kana vient leur rendre visite pour le week-end. Alors qu’ils remettent en cause leurs certitudes, ils s’aperçoivent que dans le voisinage tout le monde n’apprécie pas forcément la présence de Mike.

Critique : Dans ce deuxième volume, la mère de Kana entre en jeu et aide Yaichi à accepter Mike. Kanna, elle est moins embarrassée par les us, coutumes et codes de la société japonaise, mais le regard des autres est bien présent. Sans en faire trop, Gengoroh Tagame poursuit à travers le parcours de ses trois personnages son étude de la vision de l’homosexualité au Japon.

Si les amis de Kana sont très ouverts et curieux, leurs parents sont moins tolérants. Yaichi poursuit son travail intérieur et excepte peu à peu son beau-frère. Ses questionnements sont traités avec beaucoup de finesse. De son côté, Mike est confronté à un adolescent, grand frère d’un ami de Kana, qui s’interroge sur sa sexualité.

L’intelligence du récit de Tagame est de montrer l’homosexualité à travers la vision qu’en ont les différents personnages. Il évite ainsi les stéréotypes, mais aussi les angles de vue trop simplistes. Un grand plaisir de lecture et surtout un récit passionnant et émouvant sur l’acceptation de soi et des autres.

4,25/5

Le mari de mon frère – Tome 1 de Gengoroh Tagame

Le mari de mon frère – Tome 1

Auteur: Gengoroh Tagame

Editions Akata, 2016, 186 pages

Résumé : Yaichi élève seul sa fille, Kana. Son quotidien tranquille est perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan, le mari de son frère jumeau récemment décédé. Mike est canadien, il souhaite en savoir plus sur la jeunesse de son mari parti trop tôt et découvrir le Japon. Haichi accueille ce beau-frère homosexuel sans trop savoir comment se comporter et, aidé par sa fille, il surmonte peu à peu ses préjugés.

Critique : Ce manga est une belle découverte née de l’imagination d’un auteur de mangas homo-érotiques, Gengoroh Tagame. Il propose cette fois un ouvrage grand public, très didactique, dont l’objectif est de lutter contre les préjugés homophobes. En évitant les stéréotypes, l’auteur joue avec la confrontation entre une culture occidentale libérale, représentée par Mike, et une culture japonaise plus conservatrice.

Dans ce premier volume, Mike est très touchant, en deuil de son mari et troublé par l’existence de son jumeau, Yaichi. De son côté, Yaichi doit apprendre à connaître un beau-frère qu’il n’avait jamais rencontré et à surmonter ses préjugés vis-à-vis de l’homosexualité. Les premiers jours de cette cohabitation ne sont pas sans tension. C’est la présence de la petite Kana, représentante d’une jeune génération japonaise, plus libre et ouverte, qui va permettre aux liens de se créer. Ce trio de personnages, très sympathique, permet au lecteur de s’attacher très vite.

J’ai ressenti à chaque page une grande sensibilité et beaucoup d’émotion. Le dessin est fluide, simple et agréable. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce manga qui, à coup sûr, vous donnera envie de découvrir la suite. Une belle réussite.

4,25/5

Jiminy Cricket d’Olivier Sillig

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Jiminy Cricket d’Olivier Sillig

Editions L’âge d’homme, collection « Contemporains », 2015, 182 pages

Résumé : Au milieu des années 1970, dans le Sud de la France, John, un anglais en voyage, rencontre par hasard le jeune Jérémie Crichon, ou plutôt Jiminy Cricket. Celui-ci l’invite à rejoindre une communauté très libre dont il assure l’équilibre par son magnétisme et sa sensualité. John va rapidement s’intégrer au groupe, dans ce hameau isolé où peu à peu un drame va se jouer.

Critique : Jiminy Cricket est un roman surprise et une très belle découverte pour laquelle je tiens à remercier les éditions L’Âge d’homme et Babelio.

Ce texte est d’abord une rencontre avec un personnage attachant et émouvant, Jérémie Crichon, ou plutôt Jiminy Cricket comme il sera surnommé tout au long du roman. Solaire et sensuel, il est le ciment d’une petite communauté hippie au milieu des années 1970 dans le Sud de la France. J’ai rarement ressenti autant de tendresse et d’empathie pour un personnage de roman que pour ce Jiminy. Il m’a réellement touché.

Évidemment, on s’en doute, ces communautés isolées ayant rarement survécu aux années 70, celle-ci ne fera probablement pas exception. Dès le début, l’auteur ne cache d’ailleurs pas une issue dramatique et l’on va suivre l’enchainement des événements vu à travers les yeux de John, le narrateur et dernier venu dans le groupe.

La construction du récit est particulièrement habile, nous tenant d’un bout à l’autre et réservant quelques surprises. Il souffle un vent de liberté très agréable tout au long des pages où il est question d’amitié, d’amour et de sexualité. Les références explicites à deux contes mélancoliques Pinocchio et le Petit Prince donnent au récit richesse et profondeur. L’écriture d’Olivier Sillig est fluide et agréable et je découvre un formidable auteur avec ce roman.

Bref, vous l’aurez compris ce Jiminy Cricket est un joli coup de cœur et une belle surprise. En ces temps de repli sur soi, de recul des libertés et de cynisme revendiqué, ce roman et ses personnages sont juste une bouffée d’air frais salvatrice. Une lecture vivement conseillée !

4,25/5

Les animaux fantastiques ***

Les Animaux fantastiques : Affiche

Après le succès mondial de la saga Harry Potter, J.K. Rowling poursuit la découverte de son univers magique dans ce spin-off, Les Animaux fantastiques, qui nous permet de découvrir les aventures du célèbre Norbert Dragonneau. Quoi, vous ne connaissez pas Norbert Dragonneau ? Sacrilège, vous dirons les fans ! Il s’agit tout simplement de l’auteur du livre Les animaux fantastiques qu’étudiait Harry Potter. Son nom est donc cité à plusieurs reprises. Mais je vous rassure, si l’univers est le même, il n’est pas utile de revoir, ou relire, les Harry Potter pour comprendre l’histoire…

En effet, ce premier volet des animaux fantastiques se déroule dans les années 1920 à New York. Je dois dire que la reconstitution est d’ailleurs assez impressionnante. J.K. Rowling, pour la première fois scénariste, envoie son nouveau héros faire face à une Amérique puritaine en pleine période de la prohibition. On découvre les sorciers d’outre-Atlantique qui ont d’autres lois et d’autres règles auxquelles doit se plier, bien difficilement, Dragonneau formidablement interprété par Eddie Redmayne. Aussi à l’aise dans les films grands publics que dans les films d’auteurs, cet acteur ne cesse de me bluffer. Il est entouré d’un très beau casting, notamment Katherine Waterston, Colin Farrell et Ezra Miller, mais aussi le désopilant Dan Fogler en Moldu, pardon, Non-Maj dépassé par les événements.

L’histoire est enlevée, à défaut d’être d’une immense originalité, le rythme soutenu est porté un bestiaire impressionnant à la hauteur de l’imagination de l’auteure. Le contrat est largement rempli même si David Yates à la réalisation peine une fois de plus à apporter un véritable point de vue. Comme pour les derniers volets d’Harry Potter, qu’il avait réalisés, David Yates n’apporte aucune plus-value. Dommage car les effets spéciaux sont en revanche parfaitement réussis et la 3D s’avère de toute beauté (oui c’est un film à voir en 3D!).

Au final, un très bon divertissement familial porté par d’excellents acteurs et un message assez plaisant à la fois sur l’acceptation de la différence, mais aussi sur la protection des espèces animales menacées. Sans aucun doute l’un des films incontournables de cette fin d’année.

Une image de trop de Luc Rodet

Une image de trop de Luc Rodet

Editions ThoT, 2001, 345 pages

Résumé : En 2018, Andrew March, psychologue réputé de l’Université de Berkeley, participe au développement de nouveaux systèmes informatiques pour le compte du gouvernement fédéral de la Confédération américaine. Ses compétences sont souhaitées pour manipuler les envies et les émotions des utilisateurs afin de les rendre accrocs aux produits américains. Andrew découvre le pouvoir des images. Rapidement les dérapages et les violences se multiplient. Andrew se lance dans un dangereux double jeu.

Critique : Une amie m’a prêté deux ouvrages des éditions Thot, celui-ci est le premier que je lis. C’est le plus ancien. Il date déjà d’une quinzaine d’années et il semblerait que depuis cet éditeur ce soit un peu plus professionnalisé. Tant mieux, car ici les coquilles et les fautes grammaticales sont tellement nombreuses qu’elles m’ont largement gâché la lecture.

Dommage car j’ai trouvé cette histoire de psychologue cognitif modifiant les systèmes informatiques afin d’agir sur les pensées des utilisateurs plutôt originale. Voilà une thématique qui devrait plaire à tous les conspirationnistes ! Évidemment, dans ces ouvrages d’anticipation, avec le recul, il est amusant de voir sur quoi l’auteur s’est planté. Il nous parle de disquettes… C’est quoi ce truc ? Tout le monde a oublié ! Et surtout, il n’a pas du tout vu l’émergence des réseaux sociaux qui sont devenus incontournables sur Internet.

Pour le reste, cette histoire d’espionnage industriel généralisé est relativement bien vue. J’ai cependant regretté cette division en deux du récit, une première partie assez intéressante se déroulant à Berkeley, une seconde partie plus décevante se déroulant dans les environs de Grenoble. Bref, de bonnes idées mais un roman qui aurait gagné à être largement retravaillé pour gagner en densité et en qualité.

2,5/5

Le ciel attendra ***

Le Ciel attendra : Affiche

J’ai eu la chance de découvrir le nouveau film, Le Ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar lors d’une des avant-premières organisée par Parenthèse Cinéma. Après Les Héritiers, la réalisatrice poursuit dans cette même veine de films à thème, très pédagogiques, s’adressant aux adolescents et aux familles.

On suit, cette fois, le parcours inverse de deux adolescentes face à la radicalisation, l’une en sortant quand l’autre s’y laisse entraîner. Comme Les Héritiers, qui traitait de l’antisémitisme et du devoir de mémoire, ce nouveau film est très didactique, parfaitement documenté, et rythmé par les intervention passionnantes, à la limite du documentaire, de Dounia Bouzar dans son propre rôle. Ce processus de rupture est parfaitement montré et expliqué.

La question que l’on peut alors se poser est « Est-ce-qu’un thème fait un film ? » Si la méthode est très courante dans les téléfilms, elle est plus rare au cinéma. Ce côté cinéma du réel, collant à l’actualité, pourra en gêner plus d’un. Effectivement, la dimension artistique n’est pas la recherche première de ce film. Certains dirons même qu’un documentaire aurait été préférable sur ce sujet. Pourtant, pour toucher le plus grand nombre, il me semble que ce traitement en fiction est indispensable, il facilitera d’ailleurs la diffusion du film en première partie de soirée à la télévision.

Pour ma part, j’ai apprécié la construction habile de ce film entre passé et présent, le double point de vue des parents d’un côté et des adolescentes de l’autre. J’ai été touché par les deux jeunes actrices, Noémie Merlant et Naomi Amarger, excellentes, et par le combat de ces deux mères pour sauver leurs filles, formidablement interprétées Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau. Un film fort, à voir.

En Syrie de Joseph Kessel

En Syrie

En Syrie de Joseph Kessel

Editions Gallimard, 2014, 87 pages

Résumé : Reportage de Joseph Kessel en Syrie, alors sous mandat français, publié en 1926. Il décrit les forces et faiblesses de l’administration française et explique les conflits qui agitent alors ce pays complexe aux « 27 religions » et à l’histoire millénaire.

Critique : Ce texte, assez court, est un remarquable témoignage sur une page trop peu connue de notre histoire récente et nos liens avec la Syrie et le Liban. On se souvient tous d’avoir vu, dans nos manuels scolaires, cette présence française sur des cartes de l’entre-deux-guerres, après l’implosion de l’Empire Ottoman. Mais peu connaissent le contenu de ce mandat, délivré par la Société des Nations, et la responsabilité de la France qui est intervenue, y compris militairement, dans cette région.

Joseph Kessel pose admirablement bien les enjeux, décrit le travail des hommes, notamment des militaires, et dénonce les erreurs de gestion de l’administration française. Certes, le texte a vieilli du fait de sa vision impérialiste, liée à une époque, pourtant son contenu montre les germes de conflits qui se sont poursuivis dans ces deux pays tout au long du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ses descriptions permettent de comprendre la complexité de ce pays divisé entre de nombreuses minorités ethniques et religieuses. Mais c’est lorsqu’il met la France face à ses responsabilités que le texte est le plus fort, y compris dans le Post Scriptum et dans l’article ajouté après publication. Le texte est presque prophétique lorsque Joseph Kessel met en garde notre pays sur son manque de vision dans la région sur le long terme et lorsqu’il décrit une armée sclérosée par ses vieux généraux. Comment ne pas voir les prémices de ce qui sera la cause de la débâcle de 1940 ?

A tous points ce texte est remarquable, il montre un journaliste maitrisant parfaitement son sujet et reste un témoignage historique d’une grande richesse. A découvrir d’urgence pour tous ceux qui souhaitent mieux connaître la Syrie dans sa marche vers l’indépendance et mieux comprendre les principales lignes de force qui ont conduit au conflit actuel.

4,25/5