Un homme accidentel de Philippe Besson

Titre : Un homme accidentel

Auteur : Philippe Besson

Editions Julliard, collection « 10/18 », 2007, 243 pages

Résumé : L’un est un inspecteur de police de Los Angeles, marié et sans histoires. L’autre est la nouvelle coqueluche d’Hollywood, celui dont les tabloïds s’arrachent les photos. Sans l’assassinat d’un jeune prostitué dans un parc de Beverly Hills, ils ne se seraient jamais rencontrés. Peu à peu, l’enquête policière va révéler bien plus que l’identité du coupable et pousser les deux hommes dans un jeu dangereux où leur attirance violente va les porter au-delà de la morale et des lois.

Critique : Après les magnifiques En l’absence des hommes et Un garçon d’Italie, je poursuis ma découverte de l’œuvre de Philippe Besson avec Un homme accidentel. Il nous emmène, cette fois, dans le Los Angeles du début des années 1990. La chaleur, le soleil, Venice Beach et Beverly Hills, toute l’atmosphère de la mégapole américaine et des grands romans noirs est parfaitement retranscrite par Philippe Besson grâce à une écriture fluide et efficace.

D’un côté, il y a le narrateur, un jeune flic de la ville, de l’autre Jack Bell, la nouvelle coqueluche d’Hollywood, soupçonné du meurtre d’un jeune prostitué. Rapidement une attirance irrépressible va poindre entre les deux hommes. On suit ce jeu sensuel alors que les pièces d’un puzzle macabre se mettent peu à peu en place.

Au-delà de l’aspect policier du roman, ce sont bien les sentiments entre les deux protagonistes qui intéressent Philippe Besson. La passion au-delà de tout et une sensualité à fleur de peau qui mettent à nu toutes les fêlures de ces deux personnages. Philippe Besson nous interroge sur les limites de l’amour et sur ce que l’on est prêt à faire pour lui, il nous emmène au bord d’un précipice où l’on se laisse mener tant son écriture est maîtrisée.

4/5

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Le livre des Baltimore de Joël Dicker

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Le livre des Baltimore de Joël Dicker

Editions De Fallois, 2015, 475 pages

Résumé : Marcus est fasciné depuis toujours par ses riches cousins, les Goldman de Baltimore. A la recherche d’un thème pour son prochain roman, il décide de raconter l’histoire de sa famille et du drame qui l’a touchée 8 ans plus tôt. Il ne se doute pas qu’en remontant dans ses souvenirs, il va faire remonter d’anciens secrets de famille.

Critique : Le Livre des Baltimore marque le retour de Joël Dicker après le succès colossal de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert. Comme pour le précédent roman, Marcus Goldman est le narrateur de l’histoire. Dicker ne change pas une recette qui marche, il joue encore avec nos nerfs en s’amusant à alterner chapitres se déroulant dans le passé et chapitres se déroulant dans le présent.

Après avoir conté la vie de son professeur et mentor, Marcus Goldman revient sur l’histoire de sa famille, ses riches cousins de Baltimore. Certes le suspense est une fois de plus parfaitement maintenu tout au long de l’ouvrage, certes cette histoire de grandeur et décadence familiale possède tous les ingrédients des grands soaps opéras à l’américaine, j’ai cependant été cette fois beaucoup moins emballé par le style de Dicker. Pourquoi nous rappeler à chaque page ou presque qu’un drame va se produire ? Les premières fois ça fait croître l’intérêt, mais au bout de 30-40 fois, on a juste envie de lui dire, c’est bon on a compris, il va se passer quelque chose de terrible, arrête de radoter…

Pourtant je me suis attaché à ces personnages, l’oncle, les cousins, la petite amie. Il y a sans doute moins de surprises et de rebondissements que pour l’Affaire Harry Quebert mais l’ensemble reste efficace et la fin réussie (heureusement après nous l’avoir tant fait attendre !).

Au final, j’en retiens un livre qui plaira au plus grand nombre mais un peu moins original et étourdissant que le volume précédent. Un roman agréable, en dépit des tics d’écriture de son auteur, mais pas un grand livre.

3,75/5

20 pieds sous terre de Charlotte Erlih

20 pieds sous terre

20 pieds sous terre

Actes Sud Junior, 2014, 208 pages

Résumé : Manon a la vie d’une adolescente comme les autres mais un jour tout bascule. Son frère Théo a été retrouvé mort électrocuté sur les rails du métro parisien. Pour la police, il s’agit d’un accident mais Manon refuse la thèse officielle et décide d’enquêter, quitte à se mettre en danger. Elle souhaite connaître la vérité sur son frère et essaie de comprendre pourquoi il lui cachait sa passion pour le graff.

Critique : Ouvrages ancrés dans le réel, faits de société, la collection Actes Sud Junior qui propose des romans pour les grands ados (14-17 ans) ne cesse de m’étonner par la qualité des textes proposés. 20 pieds sous terre de Charlotte Erlih ne déroge pas à cette règle.

L’écriture simple mais efficace soutient une histoire au suspense soutenu qui comporte son lot de rebondissements pour sans cesse réveiller l’intérêt du lecteur. On entre très rapidement dans le vif du sujet et l’on suit le parcours de Manon, une adolescente qui décide de partir à la recherche des responsables de la mort de son frère.

Le récit, parfois dur, propose une plongée passionnante dans l’univers des graffeurs, mais il permet surtout à l’auteure d’aborder les liens familiaux, plus particulièrement dans les fratries, et le deuil d’un être cher. Ainsi Charlotte Erlih trouve un juste équilibre entre moments d’émotion et thriller redoutable.

Bien sûr, cela reste de la littérature jeunesse, donc pas trop extrême et avec quelques facilités scénaristiques, mais les thèmes abordés sont plutôt gonflés et parfois même assez inattendus. Au final, une lecture plutôt agréable et qui, à coup sûr, saura séduire les petits lecteurs.

3,75/5

La ferme de Tom Rob Smith

La ferme

La Ferme

Editions Belfond, 2014, 341 pages.

Résumé : Les parents de Daniel, Chris et Tilde, décident de vendre leur pépinière en Angleterre pour s’installer dans une vieille ferme en Suède. C’est un retour aux sources pour Tilde qui parle parfaitement le suédois puisqu’elle a grandi dans ce pays qu’elle a quitté à 16 ans. Pensant que ses parents vivaient une retraite heureuse, Daniel a sans cesse reporté sa visite chez eux, évitant ainsi de leur présenter Mark, son compagnon dont ils ignorent l’existence. Sa surprise est totale lorsque, quelques mois plus tard, son père l’appelle pour lui annoncer que sa mère vient d’être internée en hôpital psychiatrique. Peu de temps après, c’est Tilde qui l’appelle, Chris a menti, il y a un complot contre elle, elle n’est pas folle, il veut la faire taire. Elle s’envole pour Londres afin de tout lui raconter.

Critique : A mi-chemin entre drame familial et polar, ce roman inspiré de faits réels se laisse lire sans déplaisir. L’écriture est fluide, simple, mais efficace et le suspense soutenu jusqu’aux dernières pages. On en demande pas plus à un roman policier et le contrat est donc pleinement rempli. On suit en parallèle cette double interrogation. La mère est-elle folle ? Le père est-il complice d’un crime qui aurait été commis en Suède ? Dur dilemme pour le narrateur et pour le lecteur qui se laissent balloter de l’un à l’autre au rythme des révélations jusqu’au dénouement. Certains rebondissements sont un peu tirés par les cheveux mais l’ensemble de l’histoire tient la route et j’ai lu rapidement ce roman qui m’a laissé hésitant jusqu’à la fin. Une lecture agréable, idéale pour ceux qui aiment les polars sans violence.

3,75/5

Le corps exquis de Poppy Z. Brite

Le corps exquis

Le corps exquis

J’ai Lu, 2005, 260 p.

Résumé : Andrew Campton, tueur nécrophile, est emprisonné à vie après le meurtre de 23 jeunes hommes à Londres. Séropositif, il parvient à se faire passer pour mort et à s’évader. Il quitte Londres et le Royaume-Uni et rejoint, par hasard, La Nouvelle-Orléans. Il fait la rencontre de l’étrange Jay Byrne, tueur cannibale. Jay est fasciné par un jeune homme, Tran, dont il rêve de pouvoir goûter la chair mais dont la disparition serait immédiatement signalée par la famille qui vit dans la ville. La rencontre entre les deux tueurs semble pourvoir libérer toutes les tentations trop longtemps retenues…

Critique : Après avoir lu plusieurs ouvrages de littérature jeunesse, je me suis plongé dans ce thriller très noir. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le contraste est virulent !

Sombre et d’une extrême violence, ce roman de Poppy Z. Brite ne laisse pas indifférent. Génial et culte pour certains, insupportable pour d’autres, Le Corps exquis est un thriller gore d’une indéniable originalité, sur la forme comme sur le fond, qui détonne face à de nombreux romans policiers souvent trop calibrés.

Sur la forme d’abord, les mots sont crus, les descriptions, très réalistes, de relations sexuelles, de consommation de drogues et de meurtres n’évitent aucun détail créant une atmosphère lourde, glauque et un sentiment de malaise constant. Sur le fond ensuite, cette histoire d’amour, ou cette confrontation, entre deux tueurs en série, l’un nécrophile, l’autre cannibale, est dérangeante et éprouvante. Pourtant, on s’intéresse à leur charme vénéneux et l’on ne peut lâcher l’ouvrage une fois débuté.

Mais à travers leurs actes odieux, l’auteur, transgenre, nous donne à voir la déliquescence des relations humaines, la solitude affective et la maladie qui ronge les corps. Il montre aussi la stigmatisation des gays et des séropositifs (l’ouvrage a été publié pour la première fois en 1996). J’ai été marqué par ce roman au contenu dense et aux thématiques très fortes même si j’ai regretté quelques enchaînements dramatiques un peu faciles.

C’est à n’en pas douter un grand roman, toutefois, à ne pas mettre entre toutes les mains.

4/5

Nickel Blues de Nadine Monfils

Nickel Blues

Nickel Blues

Mijade, 2011, 190 p.

Résumé : En Belgique, Ralph et Tony Boulon, deux adolescents ont décidé de ne pas accompagner leurs parents et leur grand-mère en vacances. Un mois à faire la fête et la maison familiale ravagée la veille du retour des parents. Plutôt que de faire le ménage, l’aîné à une idée, kidnapper une jeune femme pour le faire à leur place. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et rapidement les frères Boulon et leur famille se retrouvent en danger…

Critique : C’est avec cet ouvrage que je découvre l’univers pour le moins particulier de Nadine Monfils. L’écriture est très imagée, un peu vulgaire aussi, les personnages totalement décalés et les situations quelque peu scabreuses. L’humour est très présent, encore faudra-t-il adhérer à ce côté trash, voire un brin malsain.

Vous l’aurez compris, cette histoire aux détails tantôt gores et tantôt graveleux, pourtant parue dans une édition jeunesse, n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ce roman est plutôt facile à lire mais je ne suis pas persuadé que les adolescents comprendront tout le vocabulaire argotique.

En ce qui me concerne, malgré quelques passages assez drôles, je n’ai pas été franchement convaincu par cet ouvrage un peu too much. J’ai trouvé les personnages globalement plutôt antipathiques, voire franchement agaçants et je n’ai ressenti aucune proximité avec cet univers. Bref, plutôt déçu après tout le bien que j’avais entendu de cette auteure.

2/5

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker

La vérité sur l'affaire Harry Quebert

La vérité sur l’affaire Harry Quebert

Editions de Fallois / L’Âge d’Homme, 2007, 667 pages

Prix Goncourt des lycéens 2012, Grand Prix du roman de l’Académie française

Résumé : En 1975, à Aurora dans le New Hampshire, Nola Kellergan, une adolescente de 15 ans, disparaît mystérieusement. En 2008, le cadavre de la jeune fille est retrouvé enterré dans le jardin du célèbre écrivain, Harry Quebert. Il est immédiatement arrêté par la police et accusé du meurtre. Marcus Goldman, jeune auteur, en mal d’inspiration après le succès de son premier roman, décide de mettre sa carrière entre parenthèse pour venir en aide à son mentor et ami, Harry. Mais Marcus est loin de se douter que son enquête va réveiller des vieux démons.

Critique : Voilà, sans aucun doute, LE grand succès littéraire de l’année 2012-2013. Pour son deuxième roman, Joël Dicker propose un polar totalement addictif dont on dévore les plus de 600 pages à vitesse grand V.

Dès les premières pages, j’ai été embarqué par cette histoire dont le mode narratif n’est pas sans faire penser à un épisode de Cold Case. La construction du récit est très habile entre les divers flash-back à des périodes différentes, le suspense est habilement maintenu avec des rebondissements très nombreux.

Ajoutez à cela une réflexion intéressante sur ce qu’est le travail de l’écrivain et la création littéraire, beaucoup d’humour et d’autodérision, une écriture fluide et agréable, et vous obtenez un excellent roman à découvrir de toute urgence.

4,5/5