Mylène Farmer, la star aux deux visages de Brigitte Hemmerlin et Vanessa Pontet

Mylène Farmer : la star aux deux visages

Autrices : Brigitte Hemmerlin et Vanessa Pontet

L’Archipel, collection Archipoche, 2009, 2019 (édition augmentée), 268 pages.

Le travail de Mylène Farmer m’intéresse depuis mon enfance. Son côté différent et sulfureux a toujours piqué ma curiosité. Mais c’est préadolescent que je deviens fan de la chanteuse avec l’album L’Autre et son titre phare, Désenchantée. Depuis, les chansons de l’artiste m’ont accompagné dans toutes les étapes de ma vie.

Les biographies de Mylène Farmer sont nombreuses et tentent de mettre en lumière la vie et le travail d’une artiste discrète et complexe. J’avais déjà lu en 2003, Mylène Farmer : La part d’ombre de Caroline Bee, Benjamin Thiry et Antoine Bioy, aux éditions de L’Archipel, dont j’avais apprécié les riches explications sur les nombreuses références qui nourrissent l’univers de l’artiste et ses textes. Lorsque Babelio, par l’entremise d’une opération Masse critique, m’a proposé de découvrir cette biographie signée Brigitte Hemmerlin et Vanessa Pontet, en tant que fan j’ai sauté sur l’occasion. Merci aux éditions de L’Archipel pour cet envoi en échange d’une critique objective. Lire la suite

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Charlotte de David Foenkinos

Charlotte

Charlotte

Gallimard, collection « nrf », 2014, 220 pages.

Prix Renaudot et prix Goncourt des lycéens 2014.

Résumé : La vie romancée de Charlotte Salomon, artiste peintre juive qui a fui l’Allemagne nazie, où elle était exclue de la société, afin de s’installer en France. Enfermée dans le camp de Gurs avec son grand-père, ils peuvent rejoindre la Côte d’Azur. En 1943, à l’âge de 26 ans, elle est arrêtée et déportée, enceinte, à Auschwitz où elle est assassinée dès son arrivée.

Critique : Avec son parti pris formel tout à fait original (une phrase par ligne), la première chose qui frappe à la lecture de cet ouvrage est le rythme original que David Foenkinos impose à son lecteur pour raconter la vie d’une peintre méconnue, au destin tragique, Charlotte Salomon. Il y a une obligation de concision par ce choix qui fait que l’auteur va à l’essentiel, dans un style dépouillé mais poétique.

J’ai aimé ce portrait touchant d’une jeune femme qui ne vit que pour son art et que les événements historiques vont rattraper, l’obligeant à fuir l’Allemagne nazie, l’antisémitisme et l’exclusion, pour Nice, où elle sera à nouveau victime de l’Occupation. Un destin tragique pour un parcours que, malheureusement, nombre de juifs allemands ont connu à cette période.

Au-delà de la grande histoire, la vie de cette jeune femme est tout simplement bouleversante et c’est ce qui fait l’intérêt premier de cette biographie romancée, une famille sans doute bipolaire aux multiples suicides, une histoire d’amour inconditionnelle, l’art, la peinture, comme unique moyen d’expression et la tragédie historique s’empare d’elle.

En parallèle, David Foenkinos explique son travail, ses recherches, sur les traces de Charlotte Salomon. C’est pour moi le seul bémol de cet ouvrage. Si je peux comprendre le besoin de l’auteur d’expliquer son parcours sur les traces de la jeune artiste et la sincérité de son propos, ce travail pédagogique aurait pour moi davantage trouvé sa place dans un film documentaire réalisé en parallèle. Ce sont, sans doute, les passages les moins convaincants du livre car ils créent des digressions inutiles dans une mise en scène qui nous éloigne du sujet.

Cette biographie romancée est malgré tout une belle réussite, d’une grande profondeur, bouleversante, originale dans sa forme, qui met en lumière une artiste trop peu connue.

4,25/5

Autoportrait de Charlotte Salomon (Source : Wikipédia)

Lyautey: la fabrique du héros colonial de Gilles Ferragu

Lyautey la fabrique du héros colonial

Lyautey : la fabrique du héros colonial

Editions Belin, collection Portraits, 2014, 237 p.

Résumé : Biographie d’Hubert Lyautey, officier colonial, gouverneur, ministre, académicien et maréchal de France. Théoricien militaire et promoteur d’un catholicisme social rénové, cet ouvrage propose de s’intéresser à la dimension de « héros colonial » de ce personnage historique, figure de la Troisième République dont il haïssait pourtant le parlementarisme. Monarchiste, promoteur du parti colonial, cet ouvrage dresse le portrait d’un homme ambigu entre histoire coloniale, histoire politique et histoire des représentations.

Critique : Tout d’abord merci à Babelio et aux éditions Belin de m’avoir permis de découvrir cette biographie d’un personnage historique mis de côté par les programmes d’histoire depuis la décolonisation.

Gilles Ferragu, historien dresse le portrait complexe d’une des figures tutélaires du parti colonial en France. En lisant cet ouvrage, je me suis retrouvé à nouveau sur les bancs de l’Université. En effet, il s’agit d’une biographie d’historien, universitaire, richement documentée, aux citations nombreuses qui font forcément perdre beaucoup de fluidité à l’écriture. L’approche purement scientifique et non romancée pourra quelque peu ennuyer le lecteur peu habitué à lire de tels ouvrages. Il devrait néanmoins intéresser l’étudiant en histoire travaillant sur la colonisation au début du 20e siècle.

L’objectif de Ferragu est de présenter Lyautey, personnage ambigu, catholique social, monarchiste légitimiste et pourtant l’un des théoriciens de la politique coloniale de la Troisième République. Homme ambitieux, admirable communiquant, qui a à la fois profité de l’armée coloniale pour monter en grade et qui s’est en même temps enfermé dans un rôle de « héros colonial » construit par le roman national de la IIIe République.

Cette biographie dresse le portrait d’un homme impatient, souvent autoritaire, obsédé par son image, antiparlementariste et proche des milieux nationalistes dans les dernières années de sa vie. Si l’ouvrage m’a permis d’en savoir plus sur la politique coloniale de la France dans cette période j’ai cependant été frustré de ne pas en apprendre plus sur les réalisations effectives de Lyautey, notamment au Maroc, l’ouvrage tournant un peu trop sur ses états d’âme et ses prises de position. Une biographie qui, pour moi, reste à réserver aux spécialistes.

3/5

Rescapé du camp 14, de l’enfer nord-coréen à la liberté de Blaine Harden

Rescapé du camp 14, de l’enfer nord-coréen à la liberté

Belfond, 2012, 286 pages

Grand Prix de la Biographie Politique 2012

Résumé : Le parcours de Shin, nord-coréen né dans un camp de travail, qui est parvenu à s’enfuir de cette prison et de son pays grâce à un fort instinct de survie et à beaucoup de chance. Le journaliste Blaine Harden fait le récit de cette vie et le replace dans le contexte politique nord-coréen.

Critique : Cette plongée dans le système social nord-coréen est passionnante car, au-delà du témoignage édifiant de Shin, Blaine Harden décrit le fonctionnement inouï de ce régime totalitaire. On découvre comment une élite dirigeante se maintien au pouvoir en réduisant en esclavage la quasi-totalité de sa population dans l’indifférence générale de la communauté internationale.

Mais comme nombre de biographies anglo-saxonnes, on regrettera que l’ensemble soit souvent trop factuel et manque d’émotion. Blaine Harden fait un travail de journaliste complet mais un peu froid. Cela tient aussi à la personnalité de Shin qui n’a toujours connu que le camp et auquel ses geôliers ont appris à n’avoir confiance en personne, pas même en ses parents, réduisant à zéro toute humanité et toute capacité à ressentir la moindre émotion.

Un récit étourdissant qui permet de mieux comprendre ce pays et un témoignage indispensable pour mieux comprendre les souffrances d’un peuple coupé du monde depuis 60 ans.

3,75/5

Rudolf Brazda : itinéraire d’un triangle rose de Jean-Luc Schwab

Rudolf Brazda : itinéraire d’un triangle rose

Editions Florent Masso, 2010, 253 pages

Résumé : Biographie retraçant la vie de Rudolf Brazda, homosexuel d’origine tchèque, déporté par les nazis dans le camp de concentration de Buchenwald. De la montée du nazisme en Allemagne à l’horreur des camps, cet ouvrage révèle le détail des enquêtes policières ayant visé des milliers d’homosexuels dans l’Etats nazi. Décédé en 2011, à près de 100 ans, Rudolf Brazda a été le dernier triangle rose en vie connu.

Mon avis : J’ai souhaité lire ce livre d’abord parce que les ouvrages traitant de la déportation des homosexuels par le régime nazi sont très peu nombreux, ensuite parce que chaque témoignage de rescapé des camps (qu’il soit juif, homosexuel, tzigane, opposant politique ou résistant) apporte une pierre à la lutte contre le négationnisme et démontre la nécessité de lutter avec acharnement contre la tentation des extrêmes en politique.

Je me suis donc plongé avec intérêt dans cette biographie de Rudolf Brazda, enfin il faudrait plutôt parler d’exposé factuel. L’ensemble est bien retracé et l’historien est parfaitement documenté. Grâce au dépouillement des archives policières et judiciaires, il montre les dérives d’un état totalitaire qui s’immisce dans la vie privée de ses citoyens et qui n’hésite pas à utiliser menaces et violences pour atteindre son but. On suit le parcours de Rudolf Brazda dans l’horreur du camp de concentration de Buchenwald. Et puis son installation à Mulhouse après la guerre.

La qualité du témoignage est réelle mais ce qui manque à ce livre c’est une plume littéraire. Les faits sont parfaitement retranscrits, on sent l’émotion de Jean-Luc Schwab poindre par moments, mais tout cela reste souvent trop froid et factuel. Il en reste malgré tout un ouvrage utile, pour ne pas dire indispensable, pour la mémoire de la déportation et de la persécution des homosexuels par le régime nazi.

3,5/5

Harvey Milk : sa vie, son époque

La biographie d’Harvey Milk par Randy Shilts sur laquelle Gus Van Sant s’est appuyé pour réaliser son film avec Sean Penn. Une lecture passionnante sur un personnage fascinant… Le premier homme politique ouvertement homosexuel, élu à San Francisco en 1977, assassiné par balles le 27 novembre 1978 par un élu conservateur.

Titre original : The Mayor of Castro Street, 1982. M6 Editions, 2009, 445 pages

Résumé de la quatrième de couverture : San Francisco, 1977. Pour la première fois, un homme politique ouvertement homosexuel, Harvey Milk, est élu au conseil municipal d’une ville, où il n’aura de cesse de combattre les injustices dont la communauté gay est victime dans tout le pays. Onze mois après sa prise de fonction, il est assassiné et entre dans l’Histoire. La vie privée, la carrière publique, tout comme la fin tragique du « Maire de Castro Street » témoignent des difficultés pour les minorités à faire reconnaître leurs droits. Au-delà de sa propre communauté, Harvey Milk est devenu une figure emblématique pour tous ceux qui luttent contre les discriminations.

Critique : Cette biographie est un ouvrage journalistique très complet, quasiment un travail d’historien, où toutes les facettes de la vie d’Harvey Milk sont abordées avec pudeur, sans conjectures ou sensationnalisme inutiles. Randy Shilts sait aussi bien montrer les qualités que les failles de ce personnage fascinant, même si l’on sent à quelques reprises une certaine admiration, voire de l’empathie. L’ensemble est agréable à lire, passionnant à décrypter mais malgré tout complexe. En effet, l’auteur évitant volontairement de romancer et allant au bout de son travail de journaliste objectif, propose un ouvrage souvent complexe pour qui ne connaît pas le système électoral américain. En outre, le nombre important de personnes ayant joué un rôle dans la vie politique de San Francisco à cette période fait qu’il faut rester très concentré pour ne pas être perdu en route. D’autant plus, qu’au-delà d’Harvey Milk, ce livre dépeint avec intelligence le combat de tous les gays américains pour leurs droits civiques. Au final, il reste d’Harvey Milk, un combattant acharné de l’égalité, un visionnaire qui, mieux que quiconque, aura compris l’importance de l’espoir que doivent porter les politiques, et qui aura soutenu, avant tous, la nécessaire vie des quartiers et la mixité, indispensables aux liens sociaux de proximité, à la lutte contre toutes les formes de communautarisme, de racisme et de repli sur soi.

4,5/5

Deux citations d’Harvey Milk, sur cette période de 1977-1978 marquent ce livre et décrivent bien le personnage et son combat :

“‎La véritable fonction de la politique n’est pas simplement de voter des lois, mais de susciter l’espoir. Il y a eu trop de déceptions ces derniers temps. Le véritable abysse qui s’annonce, c’est le jour où le peuple, à force de déceptions, aura perdu tout espoir. Quand ce jour arrivera, tout ce que nous chérissons sera perdu.” 

“Si nous voulons reconstruire nos villes, nous devons tout d’abord reconstruire nos quartiers. […] S’asseoir sur les marches dehors (qu’il s’agisse d’une véranda dans une petite ville ou d’un perron en béton dans une grande ville) et parler à nos voisins est infiniment plus important que de se vautrer dans son canapé au salon et regarder un monde de faux-semblants en couleurs qui ne reflètent pas vraiment la vie.”

Ma critique du film de Gus Van Sant est disponible en cliquant sur ce lien:

 https://lionelfour.wordpress.com/2009/03/11/harvey-milk/

Photographies: Harvey Milk et Randy Shilts

Randy Shilts

Image via Wikipedia

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