Un petit bout d’enfer de Rachel Corenblit

Un petit bout d’enfer

Le Rouergue, collection « DoAdo noir », 2009, 139 pages

Résumé : Juliette n’a pas encore 16 ans, mais elle aime mentir sur son âge. Ce jour là, sans n’en parler à personne, et surtout pas à sa grand-mère chez qui elle est forcée de passer ses vacances, elle décide d’aller au cinéma pour voir un film interdit aux moins de 16 ans. La violence sur l’écran rapidement l’écœure. Derrière elle, il y a un homme étrange qui la met mal à l’aise. Un pervers ? Lorsqu’il sort un fusil, elle comprend qu’elle va connaître l’enfer…

Critique : A la lecture de la quatrième de couverture, qui tourne autour de l’interdiction de certains films violents aux moins de 16 ans, je m’attendais à un roman apportant une réflexion sur la violence au cinéma et le rôle de l’image dans le sentiment d’insécurité qui s’est installé dans les sociétés contemporaines. En réalité, il ne s’agit que d’un thème très secondaire.

On suit en parallèle (il faut quelques pages et un peu de concentration pour le comprendre) le parcours de l’inquiétant Jules et de la jeune Juliette. Leur chemin se croise dans une salle de cinéma diffusant un film interdit aux moins de 16 ans. Jules force Juliette à le suivre dans son parcours meurtrier.

Le texte très court va à l’essentiel, sans s’encombrer de détails superflus. La lecture est donc très facile et idéale pour de petits lecteurs. Le style est cru et violent, fait de phrases courtes et saccadées.

Pour le reste, si je ne me suis pas ennuyé, je n’ai cependant pas été franchement convaincu par cette histoire un peu tirée par les cheveux, aux rebondissements un peu rapides et prévisibles. Globalement, les personnages manquent un peu de profondeur et je suis arrivé rapidement au bout du roman sans avoir été franchement convaincu. Trop violent pour les plus jeunes (à éviter avant 15-16 ans), trop simplistes pour les plus âgés.

2,5/5

La brigade de l’œil de Guillaume Guéraud

 

La brigade de l’œil

Editions du Rouergue, collection DoAdo Noir, 2007, 406 pages

Résumé: Sur Rush Island, en 2037, une loi interdit toutes les images depuis 20 ans. Les photographies, le cinéma et la télévision, jugés nocifs, sont interdits. La Brigade de l’œil est chargée de traquer les terroristes opposés à cette dictature. Les najas brûlent toutes les images encore en circulation et les yeux de ceux qui les possèdent. Kao, jeune lycéen, est fasciné par les images devenues si rares, il en fait le trafic. Lorsqu’un de ses clients lui donne  un petit morceau d’une bobine de film, Kao est persuadé d’être sur la piste du Diaphragme, ce lieu mythique pour les opposants, où des centaines de films auraient été cachés pendant la révolution. Pour Kao commence une dangereuse course-poursuite afin de sauver les derniers films de l’île.

Critique: Ce roman ambitieux de littérature jeunesse, extrêmement sombre et violent, est une belle découverte. Il décrit dans les moindres détails les méthodes policières d’une dictature totalitaire en inversant les codes du roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury auquel il fait référence. Cette fois ce sont les images qui sont interdites et la littérature qui est omniprésente. L’ambiance est oppressante à l’image de cette île qui semble fonctionner en huis-clos (sans doute le Japon ou Taïwan).

Je me suis laissé prendre dès le premier chapitre et son entrée en matière pour le moins ébouriffante ! Entre résistance et répression, la violence, à la limite du supportable, est incontournable mais la description du fonctionnement d’une dictature est remarquable. Le roman est d’ailleurs édifiant lorsqu’il montre comment un peuple, animé par la peur et abreuvé de propagande, arrive à accepter et justifier la répression la plus sanglante.

La réflexion sur le rôle et l’omniprésence des images dans les sociétés contemporaines n’est jamais manichéenne, elle permet ainsi de s’interroger sur la distance que l’on peut avoir avec celles-ci. Les références à la littérature et au cinéma y sont nombreuses, jusque dans la construction du récit proche des films de sabre japonais et de leur violence extrême. Mais ce récit est aussi une histoire d’amour bouleversante qui continue de vous hanter longtemps après sa lecture.

Malgré quelques digressions inutiles et des rebondissement un peu faciles, une belle réussite, mais attention aux âmes sensibles !

4,25/5

Transformers 3 – La face cachée de la lune **

Transformers 3 - La Face cachée de la Lune

On sait le succès depuis plusieurs années des comics adaptés au cinéma. La série des Transformers, dans la même veine nous propose des films sur les jouets de notre enfance, en tout cas ceux des garçons. La différence c’est qu’ici, aucun auteur n’a créé un scénario sur lequel les scénaristes d’Hollywood pourraient s’appuyer. Malgré la débauche d’effets spéciaux, l’action omniprésente et un Shia LaBeouf sympathique en anti-héros, les deux premiers volets étaient globalement assez médiocres.

Qu’à cela ne tienne, devant le succès, l’équipe rempile pour un troisième volet qui se veut plus impressionnant  (oui, oui c’est possible!) et avec un scénario plus fouillé. Et effectivement, en ce qui concerne les effets spéciaux, ce troisième opus est tout bonnement bluffant. L’usage de la 3D renforce certes cette impression, mais force est de constater que sur le plan technique le film est parfaitement maîtrisé, il suffit de regarder les scènes de la destruction de Chicago par les machines pour s’en convaincre.

Pour ce qui est du scénario, là aussi on voit bien que Michael Bay a voulu taper plus fort par ce récit résolument plus ambitieux avec plus de personnages et une intrigue un peu plus construite. Malgré tout, le réalisateur d’Armageddon reste dans ce qu’il connaît et maîtrise, un petit groupe d’américains qui, sous la bannière étoilée flottant au vent, sauve l’humanité d’un désastre imminent. Il y a évidemment des méchants, très méchants, des gentils sympathiques, quelques traîtres pour les rebondissements, bref rien de bien neuf sous le soleil de Los Angelès.

Enfin, exit la pulpeuse Megan Fox, remplacée par la pulpeuse Rosie Huntington-Whiteley… vous allez me demander pourquoi je parle de ça à la fin de cette critique, tout simplement pour démontrer à quel point ces jolies actrices restent malheureusement des faire valoir, totalement interchangeables, dans ce type de film… Le machisme a encore de beaux jours devant lui à Hollywood…

Au final, un film pop-corn divertissant mais dispensable.

X-Men : le commencement ***

X-Men: Le Commencement

Après un troisième épisode inégal et un Volverine dispensable, oser revenir sur la saga des X-Men était un pari fort risqué, mais Matthew Vaughn le relève admirablement en choisissant de revenir aux origines des personnages principaux de la saga (Professeur X et Magneto). Nous voici donc propulsés dans les années 60, en pleine crise des missiles de Cuba, où les premiers mutants vont jouer un rôle majeur dans ce mélange passionnant entre science-fiction et grande histoire.

Le scénario de ce préquel est donc admirablement bien construit avec une juste proportion entre cinéma d’action aux faux airs des sixties, blockbuster aux effets spéciaux scotchants, psychologie des personnages particulièrement travaillée. Car l’on retrouve avec bonheur ce qui fait la patte des X-Men, c’est-à-dire, la difficile acceptation de soi, l’affirmation de sa différence, le communautarisme et une réflexion aboutie sur l’évolution de l’homme et la nécessité pour lui de canaliser sa violence à mesure que son potentiel destructeur s’accroît par ses progrès techniques et scientifiques.

Il faut ajouter à cela des acteurs particulièrement brillants et classieux qui donnent à ce film de faux airs de James Bond et reprennent avec réussite des rôles incarnés auparavant par Patrick Stewart et Ian McKellen. James McAvoy donne ce qu’il faut de profondeur mais aussi de légèreté au Professeur X. Quant à Michael Fassbender, il donne à Magneto charme, charisme et noirceur. Cette relation d’amour-haine entre l’américain insouciant et le juif européen ayant subi la barbarie et l’horreur des camps nazis est particulièrement émouvante et intelligemment mise en scène. Le reste du casting est également parfait aussi bien dans les grandes scènes d’action, que dans les scènes intimistes, qu’elles soient dramatiques ou comiques.

Ce premier volet devrait sans doute, si le succès est là, ouvrir la voie à d’autres suites. En tout cas la firme de Comics Marvel démontre une nouvelle fois qu’elle reste incontournable en matière de films de super-héros et une source d’inspiration indispensable au cinéma américain de divertissement.

Journées du cinéma 2008

 
Après avoir boudé le cru 2007 qui proposait dans l’ensemble des films très médiocres, je me suis intéressé à l’édition 2008 qui proposait plus de films!
Et dans l’ensemble pas de grosse décetpion, des films de bonne tenue même si j’espérais mieux de certains. Et surtout une très bonne surprise du côté de la Belgique (même si c’est un film anglais!)…
 
Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal **
 
Ce quatrième volet est sympathique même si l’on pouvait attendre un peu mieux après une si longue absence… En effet, pas de renouvellement du genre, on reste en terrain connu… Mais ça se laisse regarder sans déplaisir et les effets spéciaux sont très réussis. Du cinéma pop corn grand public et sans prétention comme Spielberg sait le faire, mais on aurait aimé qu’il force un peu plus son talent…
 
Le Monde de Narnia : Chapitre 2 – Le Prince Caspian ***
 
Des batailles étourdissantes, des effets spéciaux renversants et des jeunes héros charismatiques. Cette suite est plus réussie et beaucoup moins enfantine que le volet précédent… Les morceaux de bravoure s’enchaînent pour notre plus grand plaisir. Avec cette suite, Narnia s’impose comme une des valeurs sûres de l’heroïc fantaisy.
 
Au bout de la nuit **
 
A défaut d’être original, David Ayer signe un polar nerveux, adaptation d’un roman de James Ellroy, le maître du genre. Un bon moment, sans grandes suprises, porté par deux acteurs excellents: Keenu Reeves et Forest Whitaker, et une pléiade de seconds rôles épatants.
 
Phénomènes **
 
Le retour de Shyamalan était comme pour chacun de ses films très attendu… On aurait aimé un peu plus d’ampleur dans la réalisation et d’angoisse, mais la réflexion est intéressante à défaut d’être totalement convaincante! Le réalisateur continue de creuser son sillon, ses films ne ressemblant à aucun autre.
 
Bon baisers de Bruges ***
 
La très bonne surprise des journées du cinéma 2008! Cette comédie policière assume avec réussite un humour noir, parfois de très mauvais goût! Les dialogues sont ciselés, très drôles, et les acteurs (Colin Farrell et Brendan Gleeson en tête) excellents! A noter aussi les présences de la lumineuse Clémence Poésy et du toujours formidable Jérémie Renier (Belgique oblige!). Un film qui donnerait (presque! ;-)) envie de passer ses vacances en Belgique!
 
Diary of the Dead – Chronique des Morts-Vivants **
 
Les films de Romero sur les morts-vivants sont toujours un prétexte à une réflexion sociale intéressante (ici une critique de la société médiatique et du trop plein d’informations qui nous éloigne de l’essentiel). Terrifiant, mais la portée du propos est plombée par quelques lourdeurs (la voix-off un peu trop démonstrative et le héros insupportable scotché à sa caméra… on a qu’une envie qu’il se fasse bouffer tellement il nous gonfle!). C’est d’autant plus dommage que quelques scènes chocs sont particulièrement réussies!
 
Valse avec Bachir ***
 
Malgré une construction un peu lourde et artificielle du récit, on ne sort pas indemne de ce documentaire d’animation à l’esthétique éblouissante et porté par une musique somptueuse.  Il nous replonge dans les horreurs de la guerre du Liban et décrypte peu à peu le massacre de Sabra et Chatila. Un film coup de poing!

23ème fête du cinéma

 
Pour ceux qui n’aiment pas la foule, ce ne sera peut-être pas le bon moment d’aller au cinéma dimanche, lundi et mardi. C’est en effet la 23e édition de la Fête du cinéma, qui devrait attirer plusieurs millions de spectateurs dans les quelque 5.300 salles de France. Comme tous les ans depuis 1985, ce sont surtout les jeunes spectateurs qui vont profiter de ces trois jours de tarif réduit pour voir le maximum de films.

Le principe est simple: après une première séance au prix normal pour laquelle le spectateur reçoit un "carnet-passeport", toutes les séances suivantes jusqu’à mardi soir sont au prix unique de deux euros la séance sur présentation de ce carnet.

"Shrek le troisième" devrait figurer parmi les locomotives de cette 23e Fête du cinéma (où on ne peut pas vraiment dire que la qualité des films soit cette année au rendez-vous…), tout comme "Ocean’s 13", "Steak" avec Eric et Ramzy, "Bande de sauvages" avec John Travolta et Tim Allen, "La colline a des yeux 2", "Dialogue avec mon jardinier" avec Daniel Auteuil et Jean-Pierre Darroussin, "Vent mauvais", avec Jonathan Zaccaï et Aure Atika, "Faussaire" avec Richard Gere, ou encore "Boulevard de la mort" de Quentin Tarantino.

En jonglant avec les horaires, les plus acharnés peuvent espérer voir une quinzaine de films sur trois jours, entre dimanche 10h du matin et mardi minuit. Selon les années, entre trois et quatre millions d’entrées sont enregistrées pendant la Fête du cinéma, organisée par la Fédération nationale des cinémas français.

Cette année, les "ambassadeurs" de la manifestation sont Jean-Jacques Annaud, Eric et Ramzy, Virginie Ledoyen, Elodie Navarre, Estelle Lefébure, Zoé Félix, Marc Lavoine et Zinedine Soualem.

Aides européennes pour le cinéma…

 
Bon parler de cinéma comme d’une industrie me gêne un peu, mais avec la mode du néolibéralisme, il faut malheureusement faire avec… Bonne nouvelle, les aides nationales et européennes actuelles sont reconduites jusqu’en 2009, de quoi poursuivre les réformes… mais pour la suite ce n’est pas gagné… Et puis, il y a encore le problème du système d’indemnisation des intermittents qui sinistre véritablement ces professions (notamment pour les débutants qui sont pourtant l’avenir!). Enfin, si pour les aides publiques, le système de financement des films est maintenu, en revanche, du côté des télévisions, l’heure est plutôt au désengagement puisqu’elles diffusent de moins en moins de films de cinéma…
 
La Commission européenne a prolongé mercredi jusqu’à la fin 2009 le régime des aides au cinéma européen qui facilite le financement public des oeuvres cinématographiques et audiovisuelles dans l’UE. "Cette solution de continuité devrait stimuler l’industrie européenne par le maintien des conditions actuelles et ainsi l’aider à relever les défis futurs sur un marché hautement concurrentiel", estime la Commission dans un communiqué. La décision a été prise conjointement par les deux commissaires en charge du dossier, celle à la Concurrence Neelie Kroes et celle aux Médias, Viviane Reding.

En septembre 2001, la Commission européenne avait adopté un texte détaillant les règles européennes en matière d’aides publiques au cinéma et visant à "lever les obstacles" à l’exploitation des oeuvres audiovisuelles en Europe. Ces règles devaient expirer le 30 juin prochain.

Dans cette "communication", elle clarifiait les critères selon lesquels sont évalués les régimes d’aide à la production cinématographique et télévisuelle. Ce faisant, elle facilitait le soutien financier des Etats membres ou des régions à leur industrie cinématographique. Depuis 2001, un Etat membre peut, en échange de subventions publiques, imposer à un producteur de dépenser sur son territoire jusqu’à 80% du budget d’un film.

En outre, si la Commission n’autorise en principe des aides que si elles sont inférieures à 50% du budget de production, les films difficiles à financer et à petit budget sont dispensés de ce plafond. La prorogation décidée mercredi signifie que la Commission continuera à appliquer ces critères, très favorables à l’industrie, pour examiner et approuver les subventions publiques au cinéma européen. "La décision de ce jour (…) offre aux Etats membres et aux investisseurs la sécurité juridique nécessaire pour continuer à investir dans les films, les séries télévisées et d’autres oeuvres audiovisuelles européens", s’est félicitée Mme Reding.

Selon elle, une telle décision "montre à toutes les parties concernées les mesures à prendre en vue de la définition des règles futures, afin d’améliorer encore l’équilibre entre le défi de promouvoir la diversité et la nécessité de renforcer la compétitivité de l’industrie de l’audiovisuel". En effet, les professionnels du cinéma doivent s’attendre à un changement de cap, car d’ici la fin 2009, la Commission va devoir trouver d’autres solutions.

Viviane Reding a d’ores et déjà indiqué qu’il faudrait probablement s’orienter vers une territorialisation non plus nationale mais européenne. En clair, la Commission pourrait décider que les subventions octroyées par les Etats membres ne puissent plus être distribuées à 80% dans l’Etat concerné mais plus largement dans tous les autres Etats membres (ce qui serait très mauvais pour la France qui accueille et finance de nombreux tournages indispensables à la survie des intermittents!).

En 2006, 926 millions de billets de cinéma ont été vendus dans l’UE, soit une augmentation de 3,6% par rapport à 2005. Les films européens ont représenté 28 % des ventes de billets contre 25% l’année précédente. La même année, 862 films ont été produits en Europe, soit 47 de plus qu’en 2005. C’est tout le paradoxe d’un art dont l’économie qu’il génère est en croissance et qui est pourtant en crise…

Cannes: Le palmarès 2007

 
Un jury plutôt intello, pour un palmarès exigeant qui ne devrait pas réconcilier les films primés à Cannes avec le grand public. Mais après tout, c’est aussi le rôle de ce festival de mettre la lumière sur d’autres cinémas et des films qui seraient passés inaperçus sans lui. Après tout, les films des frères Coen, de Fincher ou de Gray ont-ils besoin de Cannes pour exister? Non sans aucun doute… Ce sont de jeunes réalisateurs qui ont été primés, le jury a imposé la relève, tant mieux!
 
Voici le palmarès commenté par les rédacteurs de Studio…
 
  • Palme d’or: 4 Mois, 3 Semaines, 2 Jours de Cristian Mungiu.

Le prix suprème du jury présidé par Stephen Frears a récompensé le film roumain 4 MOIS, 3 SEMAINES, 2 JOURS de Cristian Mungiu. Cette histoire forte d’une jeune femme qui se fait avorter clandestinement est d’une violence et d’une ambiguité à faire froid dans le dos. La mise en scène à l’épaule rappelle les frères Dardenne. Digne des meilleurs thrillers, Mungiu sait captiver le spectateur.

 

  • Grand Prix du Jury: La Forêt de Mogari de Naomi Kawase.

La japonaise Naomi Kawase remporte le second prix le plus important après la palme d’or pour son film LA FORET DE MOGARI.

Cette année, le seul film de la compétition officielle venu du Japon est cette histoire intimiste d’une rencontre entre un vieil homme égaré depuis la mort de sa femme et sa jeune infirmière elle-même accablée par un lourd chagrin.

Découverte par le festival de Cannes (caméra d’or – c’est-à-dire meilleur premier film- pour Suzaku en 1997), Naomi Kawase est passée à la réalisation après une formation en photographie. Et cela se voit. Son cinéma contemplatif est d’une grande beauté, mais les scénarios sont si ténus que l’on est plus près de l’installation d’art contemporain que du cinéma. 

 

  • Prix du 60e Anniversaire: Paranoïd Park de Gus Van Sant.

L’americain Gus van Sant n’a jamais paru aussi francais qu’aujourd’hui. En effet, son Paranoid Park, qui vient d’obtenir le Prix du 60e anniversaire du Festival de Cannes, a ete produit par la societe MK2 fondée par le réalisateur, producteur, distributeur et exploitant francais: Marin Karmitz, MK2. Mais ne soyons pas trop cocardier pour autant. C’est sur ses terres de Portland sur la cote Ouest des USA que Gus Van Sant a tourné ce Paranoid Park, qui raconte les tourments interieurs d’un jeune skateur après son implication directe dans la mort accidentelle d’un policier. Le cinéaste poursuit ici, apres Elephant (Palme d’Or en 2003, que je vous conseille vivement) et Last Days sa plongée dans les affres du malaise adolescent.

 

  • Prix d’interprétation féminine: Jeon Do-Yeon pour SECRET SUNSHINE du coréen Chang-dong Lee.

Cette comédienne de 33 ans a commencé sa carrière comme vedette de télévision avant de passer sur le grand écran en 1997 et un succès commercial en Corée avec "The Contact". Elle a incarné une femme adultère dans "Happy end", une femme chaste dans "Untold scandal" ou encore une serveuse atteinte du SIDA dans "You are my sunshine".

Sans aucun doute que ce prix lui permettra d’atteindre la renommée en France, grâce au rôle d’une mère qui perd son fils. Atteinte d’histérie et d’angoisses, ce personnage "sur le fil" lui permet de prouver son talent. Ce n’est pas une surprise, son nom circulait dejà depuis plusieurs jours.

 

  • Prix du scénario: Fatih Akin pour De l’autre côté.

Repéré depuis longtemps par les festivals (Ours d’or à Berlin en 2004 pour Head-on), le jeune réalisateur turco-allemand est encore peu connu du grand public. Cela ne saurait tarder. Son dernier film, De l’autre côté, a fait sensation à Cannes.

Le film relate les histoires très entremêlées de familles turques et allemandes, entre Allemagne et Turquie, entre deux cultures. Un jeune universitaire turc d’Allemagne, enseignant de littérature allemande, veut changer de vie et part s’installer en Turquie. Son père, lui, aurait aimé rester en Allemagne mais a été expulsé vers la Turquie après avoir tué par accident sa compagne. Parallèlement, la fille de cette femme, militante gauchiste de Turquie, part en Allemagne à la recherche de sa mère en Allemagne et fait la rencontre d’une jeune Allemande avant à son tour remise aux autorités turques. La jeune Allemande partira à son tour à sa rehcerche en Turquie…

L’immigration, l’identité, les différences, les rapports entre modernité et traditions sont les thèmes de prédilection de ce réalisateur ultra-doué, également scénariste, acteur et représentants de ce fameux nouveau cinéma allemand.

Il faut une sacrée maîtrise pour faire tenir debout un tel scénario et Fatih Akin, à 33 ans et déjà six films, y arrive parfaitement. La réalisation est assez sobre pour ne pas parasiter l‘essentiel. On est touché par ces vies malmenées d’être nées entre deux eaux. Mais de bout en bout, Akin nous dit que c’est pourtant là, aux frontières et aux mélanges que se joue notre avenir à tous. Et cela peut être beau puisqu’il nous donne un cinéma aussi émouvant que stimulant.

 

  • Prix de la mise en scène: Julian Schnabel pour Le Scaphandre et le papillon.

Après Basquiat et Après la nuit (magnifique film sur la vie du poète cubain Reinaldo Arenas), le peintre et cinéaste Julian Schnabel adapte Le scaphandre et le papillon, le récit du journaliste Jean-Dominique Bauby atteint du « locked in syndrome », un état de paralysie quasi totale. Seul son œil gauche était intact et c’est en clignant de la paupière qu’il racontât ce qu’il traversait.

 

  • Prix d’interprétation masculine: Konstantin Lavronenko pour IZGNANIE

Konstantin Lavronenko pour IZGNANIE, second film de l’acteur Andreï Zviaguintsev. Basé sur une nouvelle de l’écrivain américain d’origine arménienne William Saroyan, le long-métrage relate l’histoire d’un couple et ses deux enfants qui quittent la ville pour emménager dans une maison isolée, perdue au milieu d’ocres collines, quelque part en Russie.

 

  • Prix du jury: Carlos Reygadas pour STELLET LIGHT et Marjane Satrapi etVincent Paronnaud pour PERSEPOLIS.

Les bon chiffres du cinéma français en 2006

 
Pour la première fois depuis 1986, les films français ont réalisé l’an dernier plus d’entrées que les films américains dans les cinémas hexagonaux, selon le bilan 2006 définitif rendu public mardi par le Centre national de la cinématographie (CNC) en marge du festival de Cannes.

Avec 188,67 millions d’entrées en 2006, la fréquentation des salles obscures a progressé en France de 7,6% par 2005, selon le bilan du CNC. (ce qui est un excellent résultat, là encore dans les records de ces 20 dernières années…).

Les retrouvailles des anciens du Splendid, "Les Bronzés 3 – amis pour la vie" arrive en tête du box-office. La part de marché des films français s’établit à 44,7%, son plus haut niveau depuis 1984. Les films français ont réalisé au total 84,29 millions d’entrées contre 83,33 millions pour les films américains (44,2% de part de marché). Les films français ont donc été plus vus que les films américains…

Pourtant, il ne faudrait pas se réjouir trop vite car l’inquiétude du secteur est très grande. La remise à plat du système d’indemnisation des intermittents est en train de sinistrer et décimer ces professions, en particulier les plus fragiles, les jeunes artistes qui sont pourtant l’avenir de notre cinéma… Autre élément d’inquiétude, le remise en cause du système de financement des films, il s’appuie sur deux éléments principaux: les chaînes de télévision et une taxe sur les entrées en salle. Pour les premières, comme elles diffusent de moins en moins de films (uniquement les gros succès en salle), elles font de plus en plus pression pour revoir à la baisse leur contribution. Leur retrait serait désastreux pour le cinéma français, même si à cause d’elles on assiste à une uniformisation du cinéma (les réalisateurs sont de plus en plus bridés, fossé grandissant entre grosses productions et petits films avec disparition progessive du niveau intermédiaire… Tiens ça ressemble à la société française…). Quant à la taxe sur les entrées, elle est sans arrêt attaquée par les grandes majors du cinéma (américaines) qui ne touchent rien là-dessus et trouvent celà discriminatoire… Même si ces deux sources de financement ne sont pas parfaites, mériteraient d’être réformées, elles ont cependant permis au cinéma français de devenir le premier en Europe, tant et si bien que nos voisins s’en inspirent! Une remise en cause totale provoquerait un sinistre majeur sur l’une des rares réussites françaises de ces dernières années…

On le voit donc, ces bons chiffres cachent un peu la forêt et surtout l’inquiétude de toute une profession qui pourrait souffrir fortement (voire disparaître…) dans les 5 années à venir…

Les livres sur grand écran font plus que jamais l’actualité

 
Un texte très intéressant de Sophie Makris à l’occasion du forum cinéma et littérature à Monaco…
De Balzac à Houellebecq, les adaptations de l’écrit à l’écran se multiplient au cinéma et à la télévision, suscitant un juteux marché où s’aventurent de plus en plus de maisons d’édition et d’écrivains.Lors du 6e Forum international cinéma et littérature qui s’est achevé ce week-end à Monaco, plus de 150 synopsis tirés des dernières parutions francophones (essentiellement romans et BD) ont été présentés à des dizaines de producteurs européens et américains. Une trentaine d’éditeurs et d’agents littéraires avaient fait le déplacement.
 
"L’adaptation littéraire représente plus de 50% de la production cinématographique" française, affirme Claire Breuvart, présidente de la manifestation, d’autres connaisseurs évoquant une part de 30 à 40%. Tous s’accordent à dire qu’elle a le vent en poupe et alignent exemples récents: "Lady Chatterley" (D.H. Lawrence), "Ne le dis à personne" (Harlan Coben), "Angel" (Elizabeth Taylor), ou à venir: "99 francs" (Frédéric Beigbeder), "Sans moi" (Marie Desplechin), "Une vie française" (Jean-Paul Dubois) et "Persépolis" (Marjane Satrapi).
 
Signe d’un manque de vitalité de la création originale ? "Le choix de la littérature n’est pas un choix par défaut, les producteurs auraient tort de se priver d’une telle manne d’idées", assure Cyril Hauguel de TF1 Films Production. "Quand vous commandez un scénario, c’est des mois d’attente pour un résultat incertain. Avec un livre, vous avez l’histoire sous les yeux tout de suite", argumente Frédéric Fougea, responsable de la maison de production Boreales (c’est un peu la solution de facilité pour des chaînes de télévision qui prennent de moins en moins de risques et qui n’innovent plus…).
 
Les éditeurs ne s’y sont pas trompés: "Nous sommes plus actifs qu’avant, nous allons davantage vers les producteurs", témoigne Joëlle Bouhout, responsable du département des droits audiovisuels pour les éditions du Seuil et de l’Olivier. Les petites maisons tentent de se faire une place au soleil: Julie Galante a représenté pour la première fois les éditions Viviane Hamy sur le Forum et encaissé ses premières émotions: "quand un producteur propose de transposer l’histoire à une autre époque, dans un autre milieu, ça fait bizarre…"
 
Le jeu en vaut pourtant la chandelle. Une cession de droits audiovisuels se négocie entre 2 et 5% du budget total du film, généralement partagés entre auteur et éditeur, selon Marina Penalva-Halpin, agent littéraire à Barcelone. "Mais il y a de plus en plus d’écrivains qui cherchent à conserver leurs droits d’adaptation cinématographique" pour être le principal interlocuteur du producteur, note l’écrivain David Foenkinos qui suit l’adaptation de son roman "Le potentiel érotique de ma femme".
 
Au-delà de la vente des droits, la sortie d’un film assure très souvent au moins un retirage, voire une seconde vie au roman. "Même quand le film est mauvais, car les critiques préfèrent alors parler du livre", assure Joëlle Bouhout.

"Quand les Rivières Pourpres sont sorties, le film était tellement confus que les gens ont couru acheter le livre !", se souvient l’écrivain Jean-Christophe Grangé. Pour son dernier ouvrage paru en mars "Le serment de limbes", il a franchi une nouvelle étape: "Après avoir terminé le livre, j’ai directement écrit le scénario, j’attends les producteurs".