La brigade de l’œil de Guillaume Guéraud

 

La brigade de l’œil

Editions du Rouergue, collection DoAdo Noir, 2007, 406 pages

Résumé: Sur Rush Island, en 2037, une loi interdit toutes les images depuis 20 ans. Les photographies, le cinéma et la télévision, jugés nocifs, sont interdits. La Brigade de l’œil est chargée de traquer les terroristes opposés à cette dictature. Les najas brûlent toutes les images encore en circulation et les yeux de ceux qui les possèdent. Kao, jeune lycéen, est fasciné par les images devenues si rares, il en fait le trafic. Lorsqu’un de ses clients lui donne  un petit morceau d’une bobine de film, Kao est persuadé d’être sur la piste du Diaphragme, ce lieu mythique pour les opposants, où des centaines de films auraient été cachés pendant la révolution. Pour Kao commence une dangereuse course-poursuite afin de sauver les derniers films de l’île.

Critique: Ce roman ambitieux de littérature jeunesse, extrêmement sombre et violent, est une belle découverte. Il décrit dans les moindres détails les méthodes policières d’une dictature totalitaire en inversant les codes du roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury auquel il fait référence. Cette fois ce sont les images qui sont interdites et la littérature qui est omniprésente. L’ambiance est oppressante à l’image de cette île qui semble fonctionner en huis-clos (sans doute le Japon ou Taïwan).

Je me suis laissé prendre dès le premier chapitre et son entrée en matière pour le moins ébouriffante ! Entre résistance et répression, la violence, à la limite du supportable, est incontournable mais la description du fonctionnement d’une dictature est remarquable. Le roman est d’ailleurs édifiant lorsqu’il montre comment un peuple, animé par la peur et abreuvé de propagande, arrive à accepter et justifier la répression la plus sanglante.

La réflexion sur le rôle et l’omniprésence des images dans les sociétés contemporaines n’est jamais manichéenne, elle permet ainsi de s’interroger sur la distance que l’on peut avoir avec celles-ci. Les références à la littérature et au cinéma y sont nombreuses, jusque dans la construction du récit proche des films de sabre japonais et de leur violence extrême. Mais ce récit est aussi une histoire d’amour bouleversante qui continue de vous hanter longtemps après sa lecture.

Malgré quelques digressions inutiles et des rebondissement un peu faciles, une belle réussite, mais attention aux âmes sensibles !

4,25/5

Google Earth en montre-t-il trop?

Voilà un débat qui fait rage actuellement, particulièrement en Inde. Faut-il accepter que le logiciel gratuit qui permet de visualiser une bonne partie du globe (et en particulier les grandes villes) à des échelle très précises continue à tout montrer dans cette période où la psychose terroriste n’a jamais été aussi forte? En France aussi, des députés s’étaient étonnés de voir apparaître à de très bonnes résolutions des sites sensibles (militaires ou centrales nucléaires).
Le logiciel Google Earth va-t-il être adapté aux vœux et desiderata de chaque pays ? Google est actuellement en pourparlers avec les autorités indiennes. Objet des tractations : « flouter » certaines zones sensibles, telles que les bâtiments officiels, et autres installations dont la sécurité doit être assurée coûte que coûte. Contrairement à ce qu’indiquait le journal national Times of India, aucun accord n’aurait été à ce jour conclu, affirment plusieurs sources américaines.
Toutefois, ce n’est pas la première fois que l’Inde exprime ce genre de vœux. En 2005, V.S. Ramamurthy, le secrétaire du ministère fédéral indien de la Science et de la Technologie, estimait à propos des outils Google qu’ils pourraient « sérieusement compromettre la sécurité d’un pays ». En France, Earth dévoile sans hésiter les zones militaires sensibles, là où Geoportail, le site de l’IGN, est astreint à tout cacher. La différence est cependant de taille puisque Géoportail a mis en ligne des photos aériennes (et non des images satellites) dont la résolution est bien meilleure.
Google, qui a lancé voilà peu en Inde son programme publicitaire Google AdWords et un centre de recherches et développement dans le pays va-t-il plier à ces demandes ? Les voies économiques sont souvent plus importantes que la volonté de ne pas se censurer et donc de ne plus rien cacher. On peut par exemple parfaitement visiter certaines bases militaires américaines, le port militaire de San Diego ou la zone d’essais nucléaires dans le Névada (si, si, je vous l’assure, j’ai testé! Dans certaines zones, il y a d’ailleurs des formes assez étranges, d’immenses bassins artificiels… Quand on a quelques notions de télédétection, c’est vraiment passionnant!). Mais on ne va pas refaire ici la série X-Files! Google Earth est un magnifique outil, et il serait dommage qu’il soit bridé ou censuré. Entre secrets d’états et développement de l’information, Google a au moins le mérite de lancer le débat…