Mylène Farmer, la star aux deux visages de Brigitte Hemmerlin et Vanessa Pontet

Mylène Farmer : la star aux deux visages

Autrices : Brigitte Hemmerlin et Vanessa Pontet

L’Archipel, collection Archipoche, 2009, 2019 (édition augmentée), 268 pages.

Le travail de Mylène Farmer m’intéresse depuis mon enfance. Son côté différent et sulfureux a toujours piqué ma curiosité. Mais c’est préadolescent que je deviens fan de la chanteuse avec l’album L’Autre et son titre phare, Désenchantée. Depuis, les chansons de l’artiste m’ont accompagné dans toutes les étapes de ma vie.

Les biographies de Mylène Farmer sont nombreuses et tentent de mettre en lumière la vie et le travail d’une artiste discrète et complexe. J’avais déjà lu en 2003, Mylène Farmer : La part d’ombre de Caroline Bee, Benjamin Thiry et Antoine Bioy, aux éditions de L’Archipel, dont j’avais apprécié les riches explications sur les nombreuses références qui nourrissent l’univers de l’artiste et ses textes. Lorsque Babelio, par l’entremise d’une opération Masse critique, m’a proposé de découvrir cette biographie signée Brigitte Hemmerlin et Vanessa Pontet, en tant que fan j’ai sauté sur l’occasion. Merci aux éditions de L’Archipel pour cet envoi en échange d’une critique objective. Lire la suite

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Monkey Me de Mylène Farmer

En cette fin d’année, Monkey Me marque le grand retour de Mylène Farmer accompagnée de son compositeur de toujours et pygmalion, Laurent Boutonnat. Après la parenthèse Bleu Noir où la chanteuse avait innové en allant chercher Moby, Darius Keeler du groupe Archive, ou RedOne, elle semble s’amuser cette fois-ci à un retour aux sources et nous propose un passage en revue de sa riche carrière avec de multiples références. Les fans seront ravis de retrouver leur artiste qui dit beaucoup d’elle sur cet album.

L’album débute avec le très fort et réussi, Elle a dit, l’histoire d’une fille qui assume son homosexualité, comme une forme d’hommage à ses nombreux fans LGBT. Le texte est beau, le rythme entêtant, l’album commence très fort ! Suit le premier single, A l’ombre, un titre up-tempo très réussi, où la chanteuse semble nous raconter sa jeunesse entre rêves de célébrité, hivers canadiens et érables, mais aussi le temps qui passe…

Le titre suivant sonne léger et décalé… Monkey Me où Mylène parle de son singe récemment disparu. Les paroles sont drôles, le rythme mid-tempo très entêtant, la voix très travaillée, une nouvelle fois un titre excellent. Malgré des synthé un peu envahissant, Tu ne le dis pas est aussi une réussite. Un refrain entraînant, des paroles reprenant les angoisses de l’artiste autour de la fragilité du monde et de la vie.

Le titre suivant, Love Dance, fait débat. Trop léger pour certains, je le vois comme un hommage sympathique et dansant à Maryline Monroe entre paroles décalées en anglais,  » Happy Birthday  » en fin de chanson et coupe de cheveux blonde inattendue pour la plus célèbre des rousses…

Quand est une ballade aux paroles alambiquées et assez sombres. La fin d’un amour ? Les références et symboles sont multiples, notamment autour de Saturne (le froid, le changement, la morosité), avec l’influence de Pierre de Brach (poète de la fin du 16e siècle). Un son simple et efficace avec un beau pont musical de saxo. Une pause bienvenue au milieu de l’album.

On regrettera une transition un peu violente avec le titre J’ai essayé de vivre… et ses accords de synthé-guitare un peu trop agressifs dans les premières secondes. Dommage car le reste du titre, plutôt rock, est très bon et les paroles assez riches font échos aux anciens albums de l’artiste.

Suivent deux titres assez moyens, pour moi les moins bons de l’album : Ici-bas et A-t-on jamais. Ici bas est une sorte de prière à Marie, flirtant vers le rap, où l’on retrouve le thème du libre arbitre, le pantin de bois (de Sans contrefaçon ?). Si le rythme est imparable, je ne suis pas franchement convaincu par le titre… Sans surprise. Même chose pour A-t-on jamais, un refrain un peu planant, mais un titre globalement bien plat.

Plus surprenant et inattendu est le titre Nuit d’hiver qui propose un sample d’une chanson culte de l’album Cendres de Lune, Chloé. Un titre sombre, presque expérimental, qui joue à fond la carte de la nostalgie. Un OVNI total comme seule Mylène sait nous en proposer.

A force de… est une belle chanson à l’image de cet album, plutôt optimiste, avec une voix très travaillée, des rythmes entêtants mais un synthé un poil trop agressif.

Avec Je te dis tout, l’album se termine en beauté. Mylène nous propose l’une de ses plus belles ballades. Un piano voix somptueux, soutenu par quelques violons et des arrangements magnifiques. Des paroles superbes et émouvantes. Ce dernier titre mérite à lui seul le détour.

Au final, malgré un petit passage à vide au milieu, ce Monkey Me est une réussite. Mylène Farmer nous propose un album de très grande qualité, plutôt optimiste qui devrait faire mouche lors des concerts à venir.

Jacquou le Croquant ***

 
C’est reparti pour une nouvelle année cinéma et rien de mieux pour redémarrer qu’une grande fresque historique et romanesque!
 
Jacquou le Croquant signe le grand retour au cinéma de Laurent Boutonnat, 13 ans après Giorgino. Cette adaptation du roman d’Eugène Le Roy, qui avait déjà donné une mini-série télévisée dans les années 60, nous plonge dans la France de la Restauration, la période contre-révolutionnaire et très réactionnaire qui a suivi la chute de Napoléon. L’aristocratie tente de réimposer le retour à l’ordre de l’Ancien Régime, les opposants sont arrêtés et déportés dans les bagnes. Sur ce plan, la reconstitution est soignée, on voit la pauvreté de la paysannerie au lendemain des guerres révolutionnaires, les enfants (orphelins) livrés à eux-mêmes, le manque de nourriture, la dureté de l’hiver 1815.
 
Car le film suit le parcours de Jacquou sur deux périodes, en 1815 il a alors une dizaine d’année, la Restauration est triomphante et il devra faire face à la mort successive de ses parents. Cette partie, dont Laurent Boutonnat, voulait consacrer un film à part entière (malheureusement, les producteurs s’y sont opposés) compose la première moitié de l’oeuvre. Elle est particulièrement dure et sombre et l’on est à plusieurs reprises pris à la gorge. L’émotion est là et la réalisation est particulièrement soignée, la caméra virevolte avec bonheur et l’on est emporté par le rythme et la musique somptueuse. Rares sont ceux qui retiendront leurs larmes dans la scène de l’orage, magnifique, où la mère demande à son fils de jurer de venger son père. On retrouve certains des codes spécifiques à Boutonnat, que l’on a dans les meilleurs clips de Mylène Farmer, le froid, la neige, les loups et corbeaux, les costumes soignés, les chevaux, les ralentis, les gros plans sur certains détails, les enfants espiègles aux grands yeux. Ce qui donne à l’oeuvre une dimension naturaliste qui n’est pas sans rappeler les films de Terrence Malick, sans pour autant alourdir le sujet ou ralentir le rythme. Autant le dire, cette première moitié est un pur chef d’oeuvre, somptueuse, romantique, désespérée.
 
Puis on fait un bon dans le temps, 15 ans plus tard. La transition est un peu facile et il est vrai qu’elle aurait été plus aisée s’il y avait eu un second film pour cette période. Cette fois-ci nous sommes en 1830, la Restauration est au bord du gouffre, la population n’accepte plus les vexations, les tentatives répétées de détruire les libertés individuelles et les conditions de vies toujours aussi dures. Là, le film prend une dimension et un message révolutionnaires pas si courants dans les fresques grand public. Mais cette partie est un peu plus inégale avec le meilleur du film et le moins bon… Le meilleur avec la scène du bal, virvoltante, laissant passer une véritable tension, on est litéralement scotché par cette scène qui vaut à elle seule le déplacement. C’est une éblouissante leçon de cinéma que Boutonnat nous donne là! Autre morceau de bravoure, la scène du puits est aussi une grande réussite. Dans ces deux scènes, Gaspard Ulliel (Jacquou) superbe nous embarque avec lui. A l’inverse, la dernière partie du film, dans le château, est elle plus décevante. Boutonnat perd de l’ampleur dans sa façon de filmer, comme s’il avait épuisé son budget, la réalisation est plus molle et Ulliel manque incroyablement de charisme (ce qui tranche vraiment avec les scènes précédentes où il nous proposait un jeu d’acteur excellent!). On s’attend tellement à un final grandiose, à l’image du reste du film, qu’on reste un peu sur notre faim (fin!).
 
Au final, on aurait malgré tout tort de faire la fine bouche car ce film est une grande oeuvre romanesque et ambitieuse comme on en voit trop peu dans le cinéma français. On se laisse embarquer par le rythme et la magnifique musique (au passage restez pour le générique de fin, dans lequel Mylène Farmer vient pousser la chansonnette, dans un excellent titre inédit, Devant-soi), on pleure, on vibre. Bref, c’est du grand cinéma, riche en émotions! Et c’est ça le principal…