En mai fais ce qu’il te plaît ***

En mai fais ce qu'il te plaît : Affiche

La débâcle française et l’exode de mai 1940 sont au cœur du nouveau film de Christian Carion, réalisateur de Joyeux Noël. Comme pour ce précédent film qui abordait les tranchées de la Première Guerre mondiale, la reconstitution est appliquée pour ce deuxième mélodrame de l’année, après Suite française, à s’intéresser à cette période de l’histoire. Ici, Christian Carion fait le choix d’aborder la vie d’un village et de ses habitants poussés à l’exode par les événements.

La galerie de portrait est quelque peu stéréotypée (le maire, la bistrotière, l’institutrice, l’ivrogne…) pourtant le casting fait le job de manière appliquée. Si Olivier Gourmet et Mathilde Seigner sont dans des registres assez habituels, leur nom devant permettre au film d’obtenir une certaine exposition, je retiens davantage les prestations d’August Diehl en père courage et surtout d’Alice Isaaz qui campe une institutrice d’une incroyable humanité. Elle est pour moi LA révélation du film.

Pour le reste, la réalisation est ample, l’histoire est émouvante malgré de nombreuses invraisemblances. Sans être exceptionnel, En mai fais ce qu’il te plaît est un assez bon drame historique comme sait en produire le cinéma français. Classique sur la forme, consensuel sur le fond, il sera le divertissement populaire idéal d’un dimanche soir en famille. Un film agréable à voir qui raconte une belle histoire à travers la grand histoire mais auquel il manque un peu d’aspérités et de parti pris pour totalement convaincre.

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Charlotte de David Foenkinos

Charlotte

Charlotte

Gallimard, collection « nrf », 2014, 220 pages.

Prix Renaudot et prix Goncourt des lycéens 2014.

Résumé : La vie romancée de Charlotte Salomon, artiste peintre juive qui a fui l’Allemagne nazie, où elle était exclue de la société, afin de s’installer en France. Enfermée dans le camp de Gurs avec son grand-père, ils peuvent rejoindre la Côte d’Azur. En 1943, à l’âge de 26 ans, elle est arrêtée et déportée, enceinte, à Auschwitz où elle est assassinée dès son arrivée.

Critique : Avec son parti pris formel tout à fait original (une phrase par ligne), la première chose qui frappe à la lecture de cet ouvrage est le rythme original que David Foenkinos impose à son lecteur pour raconter la vie d’une peintre méconnue, au destin tragique, Charlotte Salomon. Il y a une obligation de concision par ce choix qui fait que l’auteur va à l’essentiel, dans un style dépouillé mais poétique.

J’ai aimé ce portrait touchant d’une jeune femme qui ne vit que pour son art et que les événements historiques vont rattraper, l’obligeant à fuir l’Allemagne nazie, l’antisémitisme et l’exclusion, pour Nice, où elle sera à nouveau victime de l’Occupation. Un destin tragique pour un parcours que, malheureusement, nombre de juifs allemands ont connu à cette période.

Au-delà de la grande histoire, la vie de cette jeune femme est tout simplement bouleversante et c’est ce qui fait l’intérêt premier de cette biographie romancée, une famille sans doute bipolaire aux multiples suicides, une histoire d’amour inconditionnelle, l’art, la peinture, comme unique moyen d’expression et la tragédie historique s’empare d’elle.

En parallèle, David Foenkinos explique son travail, ses recherches, sur les traces de Charlotte Salomon. C’est pour moi le seul bémol de cet ouvrage. Si je peux comprendre le besoin de l’auteur d’expliquer son parcours sur les traces de la jeune artiste et la sincérité de son propos, ce travail pédagogique aurait pour moi davantage trouvé sa place dans un film documentaire réalisé en parallèle. Ce sont, sans doute, les passages les moins convaincants du livre car ils créent des digressions inutiles dans une mise en scène qui nous éloigne du sujet.

Cette biographie romancée est malgré tout une belle réussite, d’une grande profondeur, bouleversante, originale dans sa forme, qui met en lumière une artiste trop peu connue.

4,25/5

Autoportrait de Charlotte Salomon (Source : Wikipédia)

Max de Sarah Cohen-Scali

Max

Max

Editions Gallimard, collection Scripto, 2012, 472 pages.

Résumé : 1936, dans une maternité créée par les nazis, nait Max, le premier enfant du programme Lebensborn. Initié par Hitler et Himmler, ce programme vise à faire naître des enfants répondant parfaitement aux critères de la race aryenne. Elevés dans des centres spéciaux, ils sont endoctrinés au sein des jeunesses hitlériennes. Max, « pur » produit de l’idéologie nazie, raconte son parcours de sa naissance à l’effondrement du régime.

Critique : Ce roman a beau être classé en ouvrage de littérature jeunesse, préparez-vous à recevoir une très grosse claque en le lisant. Cette plongée au cœur du système d’endoctrinement nazi fait froid dans le dos.

Ce roman est parfaitement documenté et l’on ne peut que saluer le travail de recherche colossal réalisé par l’auteure, Sarah Cohen-Scali, afin de donner à son récit toute sa véracité historique. Au-delà de tout manichéisme, on suit la description froide de ce régime, de sa cruauté et de son eugénisme programmé par l’intermédiaire du jeune Max / Konrad.

Ce sont les Lebensborn, ces usines à produire en masse de l’aryen défenseur du Reich, qui sont au cœur de cet ouvrage montrant une autre facette, moins connue, du nazisme et de sa folie raciste. Tout au long de ce livre, j’ai été saisi par un sentiment de malaise face à ce personnage ambivalent de Max à la fois enfant naïf et porte-parole assumé d’un régime abjecte. C’est pour cette raison que je le déconseillerais à un adolescent de moins de 15 ans malgré sa publication dans une collection de littérature jeunesse. On suit son parcours jusqu’à la fin de la guerre où il sera accompagné de son ami et « grand frère », Lukas.

Préparez-vous à avoir le cœur bien accroché car Sarah Cohen-Scali ne nous épargne rien. J’ai été fortement marqué par cet ouvrage qui m’habitera pendant très longtemps et que je ne peux que vous conseiller de découvrir. Un ouvrage incontournable sur le nazisme.

4,25/5

Batchalo de Michaël Le Galli et Arnaud Bétend

Batchalo

Batchalo

Delcourt, 2012, 73 pages.

Résumé : En Bohême, en 1939, Josef le gadjo et Silenka la romni partent ensemble à la recherche d’enfants du village mystérieusement disparus. Au-delà des préjugés, Josef découvre, dans ce long périple, le peuple tsigane. Ensemble, ils vont tout mettre en œuvre pour retrouver les enfants et connaître l’horreur de la déportation et des camps de concentration nazis.

Critique : Les expérimentations « médicales » nazies et le génocide des tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale sont au cœur de cette bande dessinée très instructive. On suit le parcours de Josef et Silenka partis à la recherche d’enfants disparus et qui, pour découvrir la vérité, vont devoir surmonter l’enfer des camps nazis.

Le récit très didactique permet d’en savoir plus sur cet autre génocide commis par les nazis et pendant longtemps resté sous silence. Au-delà du scénario qui réserve peu de surprises, on sent très clairement la volonté des auteurs, Michaël Le Galli et Arnaud Bétend, d’informer leurs lecteurs sur ces faits historiques. L’ouvrage est donc très documenté et s’appuie sur des recherches fouillées sur le sujet.

Les dessins sont finement travaillés. Les tons sépia, à défaut d’être très originaux, correspondent parfaitement à la période historique et aux faits décrits.

Une bande dessinée utile sur des faits historiques trop longtemps tenus sous silence.

4/5

Voyage à Pitchipoï de Jean-Claude Moscovici

Voyage à Pitchipoï

L’école des Loisirs, collection « Médium », 1995, 138 pages

Résumé : En 1942, l’auteur a 6 ans. Fils d’une famille juive, il raconte comment une nuit de juillet ses parents ont été arrêtés. Deux semaines plus tard, c’est à son tour de vivre la déportation au camp de Drancy avec sa petite sœur de 2 ans, puis bientôt la clandestinité avec leur mère. A la Libération, ils ont retrouvé leur maison, mais leur père ne devait jamais revenir.

Critique : La littérature sur les enfants juifs cachés ou déportés abonde. Cet ouvrage apporte un témoignage précis de la participation active des autorités françaises de l’époque dans ce crime odieux. Très pédagogique, l’ouvrage décrit les événements, sans chercher d’effets superflus, tout en les replaçant dans leur contexte historique. C’est un livre facile à lire, idéal pour de jeunes lecteurs, qui permet une bonne introduction sur la période de l’Occupation et les persécutions antisémites du régime nazi et de ses alliés de Vichy. Ceux qui ont déjà lu des témoignages sur le même thème n’apprendront pas grand-chose, l’auteur préférant proposer un récit accessible aux plus jeunes. En ce sens, Voyage à Pitchipoï est un récit autobiographique intéressant, souvent émouvant mais jamais voyeuriste à conseiller pour une première approche de la déportation des juifs de France.

3,75/5