Pride d’Erik Rémès

Pride : chroniques de la révolution gay 1992-2005 d’Erik Rémès

La Musardine, collection « L’attrape-corps », 2017, 367 pages

Mon avis :

Ces derniers temps, alors que je suis plutôt un lecteur de romans, me voilà parti à lire des essais. Celui-ci m’a été offert par La Musardine en échange d’une critique objective dans le cadre d’une opération Masse critique du site Babelio. Je les remercie de m’avoir permis de découvrir Erik Rémès, un auteur que je connaissais de nom, précédé de sa réputation sulfureuse, mais que je n’avais jamais lu.

Cet ouvrage est un essai, ou plutôt devrait-on dire une compilation de textes écrits entre 1992 et 2005 sur les grandes questions et débats qui ont agité les communautés LGBTQ au cours de cette période charnière de leur histoire. Ces textes sont parus dans des publications communautaires ou sur des média nationaux gay-friendly tels que Libération. Plutôt qu’un classement chronologique, Erik Rémès a préféré un classement thématique des textes, choix judicieux qui permet de faire répondre les textes les uns avec les autres avec quelques années d’intervalle.

Au fil des pages, malgré quelques répétitions sur certains sujets, on voit une vraie cohérence dans la pensée où sont abordés tous les thèmes sans fausse pudeur. L’écriture est simple, fluide et directe ce qui n’empêche pas la profondeur sur le fond. Erik Rémès aborde tour à tour la visibilité, le mariage, les débats politiques, le SIDA, le sexe (safe ou non), la drogue, la « subversion », etc. dans une période riche de débats et d’avancées.

Certaines pages sur l’hécatombe liée au SIDA dans la première moitié des années 90 sont bouleversantes, mais à la lecture on voit bien que le procès qui lui a été fait de promotion des pratiques à risques à l’occasion de la sortie du roman Serial Fucker : journal d’un barebacker, relève largement de la mauvaise foi. Si Erik Rémès aborde tous les sujets, sans pudibonderie mais aussi sans jugement, le message de prévention est pourtant bien présent à chaque page.

J’ai aimé ce livre, utile et incontournable, qui fait le point sur plus d’une décennie de combats d’une communauté face à la maladie, face aux conservatismes sociaux, face à des gouvernements réactionnaires, face à des politiques inadaptées. Plus d’une décennie de combats pour la liberté, pour la visibilité, pour l’égalité. Plus d’une décennie où Erik Rémès a été le poil à gratter d’une communauté pour le pire mais aussi pour le meilleur.

4,25/5

Jiminy Cricket d’Olivier Sillig

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Jiminy Cricket d’Olivier Sillig

Editions L’âge d’homme, collection « Contemporains », 2015, 182 pages

Résumé : Au milieu des années 1970, dans le Sud de la France, John, un anglais en voyage, rencontre par hasard le jeune Jérémie Crichon, ou plutôt Jiminy Cricket. Celui-ci l’invite à rejoindre une communauté très libre dont il assure l’équilibre par son magnétisme et sa sensualité. John va rapidement s’intégrer au groupe, dans ce hameau isolé où peu à peu un drame va se jouer.

Critique : Jiminy Cricket est un roman surprise et une très belle découverte pour laquelle je tiens à remercier les éditions L’Âge d’homme et Babelio.

Ce texte est d’abord une rencontre avec un personnage attachant et émouvant, Jérémie Crichon, ou plutôt Jiminy Cricket comme il sera surnommé tout au long du roman. Solaire et sensuel, il est le ciment d’une petite communauté hippie au milieu des années 1970 dans le Sud de la France. J’ai rarement ressenti autant de tendresse et d’empathie pour un personnage de roman que pour ce Jiminy. Il m’a réellement touché.

Évidemment, on s’en doute, ces communautés isolées ayant rarement survécu aux années 70, celle-ci ne fera probablement pas exception. Dès le début, l’auteur ne cache d’ailleurs pas une issue dramatique et l’on va suivre l’enchainement des événements vu à travers les yeux de John, le narrateur et dernier venu dans le groupe.

La construction du récit est particulièrement habile, nous tenant d’un bout à l’autre et réservant quelques surprises. Il souffle un vent de liberté très agréable tout au long des pages où il est question d’amitié, d’amour et de sexualité. Les références explicites à deux contes mélancoliques Pinocchio et le Petit Prince donnent au récit richesse et profondeur. L’écriture d’Olivier Sillig est fluide et agréable et je découvre un formidable auteur avec ce roman.

Bref, vous l’aurez compris ce Jiminy Cricket est un joli coup de cœur et une belle surprise. En ces temps de repli sur soi, de recul des libertés et de cynisme revendiqué, ce roman et ses personnages sont juste une bouffée d’air frais salvatrice. Une lecture vivement conseillée !

4,25/5

Une image de trop de Luc Rodet

Une image de trop de Luc Rodet

Editions ThoT, 2001, 345 pages

Résumé : En 2018, Andrew March, psychologue réputé de l’Université de Berkeley, participe au développement de nouveaux systèmes informatiques pour le compte du gouvernement fédéral de la Confédération américaine. Ses compétences sont souhaitées pour manipuler les envies et les émotions des utilisateurs afin de les rendre accrocs aux produits américains. Andrew découvre le pouvoir des images. Rapidement les dérapages et les violences se multiplient. Andrew se lance dans un dangereux double jeu.

Critique : Une amie m’a prêté deux ouvrages des éditions Thot, celui-ci est le premier que je lis. C’est le plus ancien. Il date déjà d’une quinzaine d’années et il semblerait que depuis cet éditeur ce soit un peu plus professionnalisé. Tant mieux, car ici les coquilles et les fautes grammaticales sont tellement nombreuses qu’elles m’ont largement gâché la lecture.

Dommage car j’ai trouvé cette histoire de psychologue cognitif modifiant les systèmes informatiques afin d’agir sur les pensées des utilisateurs plutôt originale. Voilà une thématique qui devrait plaire à tous les conspirationnistes ! Évidemment, dans ces ouvrages d’anticipation, avec le recul, il est amusant de voir sur quoi l’auteur s’est planté. Il nous parle de disquettes… C’est quoi ce truc ? Tout le monde a oublié ! Et surtout, il n’a pas du tout vu l’émergence des réseaux sociaux qui sont devenus incontournables sur Internet.

Pour le reste, cette histoire d’espionnage industriel généralisé est relativement bien vue. J’ai cependant regretté cette division en deux du récit, une première partie assez intéressante se déroulant à Berkeley, une seconde partie plus décevante se déroulant dans les environs de Grenoble. Bref, de bonnes idées mais un roman qui aurait gagné à être largement retravaillé pour gagner en densité et en qualité.

2,5/5

En Syrie de Joseph Kessel

En Syrie

En Syrie de Joseph Kessel

Editions Gallimard, 2014, 87 pages

Résumé : Reportage de Joseph Kessel en Syrie, alors sous mandat français, publié en 1926. Il décrit les forces et faiblesses de l’administration française et explique les conflits qui agitent alors ce pays complexe aux « 27 religions » et à l’histoire millénaire.

Critique : Ce texte, assez court, est un remarquable témoignage sur une page trop peu connue de notre histoire récente et nos liens avec la Syrie et le Liban. On se souvient tous d’avoir vu, dans nos manuels scolaires, cette présence française sur des cartes de l’entre-deux-guerres, après l’implosion de l’Empire Ottoman. Mais peu connaissent le contenu de ce mandat, délivré par la Société des Nations, et la responsabilité de la France qui est intervenue, y compris militairement, dans cette région.

Joseph Kessel pose admirablement bien les enjeux, décrit le travail des hommes, notamment des militaires, et dénonce les erreurs de gestion de l’administration française. Certes, le texte a vieilli du fait de sa vision impérialiste, liée à une époque, pourtant son contenu montre les germes de conflits qui se sont poursuivis dans ces deux pays tout au long du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ses descriptions permettent de comprendre la complexité de ce pays divisé entre de nombreuses minorités ethniques et religieuses. Mais c’est lorsqu’il met la France face à ses responsabilités que le texte est le plus fort, y compris dans le Post Scriptum et dans l’article ajouté après publication. Le texte est presque prophétique lorsque Joseph Kessel met en garde notre pays sur son manque de vision dans la région sur le long terme et lorsqu’il décrit une armée sclérosée par ses vieux généraux. Comment ne pas voir les prémices de ce qui sera la cause de la débâcle de 1940 ?

A tous points ce texte est remarquable, il montre un journaliste maitrisant parfaitement son sujet et reste un témoignage historique d’une grande richesse. A découvrir d’urgence pour tous ceux qui souhaitent mieux connaître la Syrie dans sa marche vers l’indépendance et mieux comprendre les principales lignes de force qui ont conduit au conflit actuel.

4,25/5

Treize façons de voir de Colum McCann

Treize façons de voir

Treize façons de voir de Colum McCann

Belfond, 2016, 305 pages.

Résumé : Un court roman et quatre nouvelles portant sur les diverses formes de violences mais aussi sur l’espoir, le temps qui passe, le pardon.

Mon avis : Ce recueil de nouvelles est le premier ouvrage de Colum McCann que je lis. Une occasion de découvrir cet auteur qui a rencontré plusieurs succès critiques et publics. Je remercie les éditions Belfond et le site Babelio qui m’ont fait parvenir Treize façons de voir dans le cadre d’une opération « Masse critique ».

J’ai assez peu l’habitude de lire des recueils de nouvelles, mais je dois dire qu’en cette période de montée insupportable des haines, cette thématique de la violence vue à travers différents prismes a éveillé mon intérêt. Mais si la thématique se veut identique, ces cinq textes sont pourtant très divers tant sur la forme que sur le fond. Au-delà de la violence, Colum McCann analyse ses conséquences entre vengeance et pardon, grâce à une construction psychologique des personnages particulièrement réussie.

D’abord l’ouvrage débute par un court roman qui donne son nom au recueil. Il constitue à lui seul plus de la moitié de l’ouvrage. C’est un texte poignant où est abordée la relation complexe entre un père et son fils. On plonge littéralement dans la psychologie de ce vieil homme qui aime son fils mais en même temps désapprouve ce qu’il est devenu. C’est un texte fort et émouvant dont je n’ai regretté que la fin expédiée un peu rapidement.

Il est suivi par un second texte, très court, plus anodin. Son seul intérêt est de montrer les étapes de la construction d’un texte par un écrivain. J’ai trouvé qu’il s’agissait plus d’une ébauche que d’une nouvelle en tant que telle. Bref, un passage décevant, heureusement très court.

Avec Sh’khol, Colum McCann aborde, cette fois, la relation mère-fils et l’angoisse de la disparition. Ce texte, plus long, est une réussite, même si pour moi, la fin est totalement ratée et quelque peu hors-sujet par rapport au thème traité. C’est dommage car l’étude psychologique de cette mère adoptive est passionnante.

Le quatrième texte, Traité, est une réussite totale, peut-être même le meilleur de ce recueil. La réflexion autour de la reconstruction psychologique d’une nonne, victime d’un traumatisme, est particulièrement forte et émouvante. Je me suis laissé prendre dans cette histoire qui est assurément un grand texte, éprouvant mais d’une rare puissance. Ces 50 pages justifient à elles seules la lecture de ce livre.

La dernière nouvelle, Comme s’il y avait des arbres, est en revanche une déception. Très courte, un peu brouillonne, peu claire, l’auteur est passé à côté de son propos sur la violence sociale et la pauvreté.

Au final, je retiens un recueil de nouvelles globalement inégal avec des fulgurances mais aussi quelques ratages. Une série de textes malgré tout passionnants à lire, souvent émouvants, que je vous conseille de découvrir.

3,5/5

Un homme accidentel de Philippe Besson

Titre : Un homme accidentel

Auteur : Philippe Besson

Editions Julliard, collection « 10/18 », 2007, 243 pages

Résumé : L’un est un inspecteur de police de Los Angeles, marié et sans histoires. L’autre est la nouvelle coqueluche d’Hollywood, celui dont les tabloïds s’arrachent les photos. Sans l’assassinat d’un jeune prostitué dans un parc de Beverly Hills, ils ne se seraient jamais rencontrés. Peu à peu, l’enquête policière va révéler bien plus que l’identité du coupable et pousser les deux hommes dans un jeu dangereux où leur attirance violente va les porter au-delà de la morale et des lois.

Critique : Après les magnifiques En l’absence des hommes et Un garçon d’Italie, je poursuis ma découverte de l’œuvre de Philippe Besson avec Un homme accidentel. Il nous emmène, cette fois, dans le Los Angeles du début des années 1990. La chaleur, le soleil, Venice Beach et Beverly Hills, toute l’atmosphère de la mégapole américaine et des grands romans noirs est parfaitement retranscrite par Philippe Besson grâce à une écriture fluide et efficace.

D’un côté, il y a le narrateur, un jeune flic de la ville, de l’autre Jack Bell, la nouvelle coqueluche d’Hollywood, soupçonné du meurtre d’un jeune prostitué. Rapidement une attirance irrépressible va poindre entre les deux hommes. On suit ce jeu sensuel alors que les pièces d’un puzzle macabre se mettent peu à peu en place.

Au-delà de l’aspect policier du roman, ce sont bien les sentiments entre les deux protagonistes qui intéressent Philippe Besson. La passion au-delà de tout et une sensualité à fleur de peau qui mettent à nu toutes les fêlures de ces deux personnages. Philippe Besson nous interroge sur les limites de l’amour et sur ce que l’on est prêt à faire pour lui, il nous emmène au bord d’un précipice où l’on se laisse mener tant son écriture est maîtrisée.

4/5

Kaleb. Saison 3 : fusion de Myra Eljundir

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Kaleb. Saison 3 : fusion

Editions Robert Laffont, collection « R », 2013, 439 pages

Résumé : Le don d’empathie de Kaleb ne cesse de s’accroître. Est-il l’élu dont la prophétie du volcan prédit l’avènement ? Le livre du volcan pourrait lui apporter des réponses sur ses origines et ses ancêtres, mais son pouvoir est destructeur. Il devra battre ses ennemis et sauver celle qu’il aime.

Critique : Avec ce troisième tome, Myra Eljundir ou plutôt Ingrid Desjours, clôt de façon étonnante sa saga des enfants du volcan. En effet, l’auteure choisit de proposer, au-delà de Kaleb, une histoire complète des origines de ces êtres aux pouvoirs surnaturels. Chacun des protagonistes se croit l’Elu de la prophétie et jusqu’au bout Ingrid Desjours maintient un suspense intense.

Pourtant, ce dernier volume m’a pour le moins désarçonné. En voulant, à tout prix expliquer toute l’histoire et les origines des Enfants du volcan, l’auteure perd de vue le cœur de son propos à savoir Kaleb qui n’a finalement qu’une présence secondaire. C’est à ce personnage que l’on s’est attaché et il semble ici totalement désincarné.

D’ailleurs les ellipses dans l’histoire contemporaine sont tellement nombreuses que certains passages, notamment dans l’affrontement final, manquent cruellement d’épaisseur, voire de vraisemblance, et m’ont fait passer à côté des enjeux qui étaient pourtant au cœur des deux premiers volumes. Je suis ici resté sur ma faim même si toutes les pièces du puzzle sont bien réunies. Tout va trop vite et manque de contenu comme si l’auteure s’était contrainte à ne pas faire trop long dans ce roman adressé aux adolescents et jeunes adultes. Dommage car toute cette histoire est passionnante et d’une grande richesse comme le prouve la richesse de la mythologie des enfants du volcan qui nous est totalement exposée. Une fin en demi-teinte.

3/5

Histoire de la violence d’Edouard Louis

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Histoire de la violence d’Edouard Louis

Seuil, 2016, 240 pages

Résumé : Edouard Louis rencontre Reda un soir de Noël. Le jeune homme l’aborde dans la rue alors qu’Edouard rentre chez lui, vers quatre heures du matin, après un repas entre amis. Edouard Louis lui propose de monter dans son studio. Reda lui raconte son enfance, l’arrivée de son père en France. Ils passent le reste de la nuit ensemble, ils discutent, font connaissance, font l’amour. Vers six heures du matin, Reda sort un revolver et menace Edouard. Le début d’un calvaire de plusieurs heures.

Critique : Après un premier roman d’autofiction, En finir avec Eddy Bellegueule, qui avait fait l’effet d’une bombe à sa sortie, Edouard Louis revient avec un autre récit personnel, celui d’une agression particulièrement violente que l’auteur a subi un soir de Noël. Pas trop fan de ces récits plus ou moins autobiographiques, souvent un peu trop égocentrés à mon goût, ils sont pour moi la version en livres de ce que sont les réseaux sociaux sur Internet et les émissions de téléréalité à la télévision.

Pourtant Eddy Bellegueule m’avait largement convaincu car le livre allait bien au-delà d’un simple témoignage et proposait une véritable lecture sociologique de la pauvreté et du déclassement ouvrier en France. Avec Histoire de la violence, ce n’est pas du tout le cas. Il y a bien quelques tentatives de réflexions sur l’immigration et l’intégration en France, mais l’auteur qui n’a sans doute pas encore surmonté le traumatisme lié à son agression, si tant est qu’on puisse le surmonter, peine à contextualiser son propos.

Il s’agit davantage d’un ouvrage post-traumatique, en forme de thérapie, qui parle à n’en pas douter aux victimes de violence et met en avant les capacités de résilience de chacun. A ce titre, Edouard Louis met bien valeur le parcours de la victime qui doit exprimer l’indicible, témoigner, se répéter encore et encore, parfois se justifier devant des membres des forces de l’ordre pas toujours très psychologues, mais aussi devant soi-même et ses proches… Sans complaisance avec lui-même, Edouard Louis fait d’ailleurs alterner son témoignage personnel avec la retranscription des propos tenus par sa sœur, pas toujours très tendres.

Histoire de la violence est donc un ouvrage très touchant, parfois gênant dans les détails qui sont livrés peu à peu au lecteur, mais parfaitement bien écrit sur la forme à la fois directe et crue. Je termine cette lecture avec la certitude qu’Edouard Louis est un grand auteur. La sincérité est là, à chaque page, dans ce dépouillement stylistique, même si cette intimité poussée à l’extrême a provoqué en moi un certain malaise. Mais après tout, n’est-ce-pas le propre des œuvres d’art de nous bousculer et de nous pousser dans nos retranchements ?

3,5/5

Le livre des Baltimore de Joël Dicker

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Le livre des Baltimore de Joël Dicker

Editions De Fallois, 2015, 475 pages

Résumé : Marcus est fasciné depuis toujours par ses riches cousins, les Goldman de Baltimore. A la recherche d’un thème pour son prochain roman, il décide de raconter l’histoire de sa famille et du drame qui l’a touchée 8 ans plus tôt. Il ne se doute pas qu’en remontant dans ses souvenirs, il va faire remonter d’anciens secrets de famille.

Critique : Le Livre des Baltimore marque le retour de Joël Dicker après le succès colossal de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert. Comme pour le précédent roman, Marcus Goldman est le narrateur de l’histoire. Dicker ne change pas une recette qui marche, il joue encore avec nos nerfs en s’amusant à alterner chapitres se déroulant dans le passé et chapitres se déroulant dans le présent.

Après avoir conté la vie de son professeur et mentor, Marcus Goldman revient sur l’histoire de sa famille, ses riches cousins de Baltimore. Certes le suspense est une fois de plus parfaitement maintenu tout au long de l’ouvrage, certes cette histoire de grandeur et décadence familiale possède tous les ingrédients des grands soaps opéras à l’américaine, j’ai cependant été cette fois beaucoup moins emballé par le style de Dicker. Pourquoi nous rappeler à chaque page ou presque qu’un drame va se produire ? Les premières fois ça fait croître l’intérêt, mais au bout de 30-40 fois, on a juste envie de lui dire, c’est bon on a compris, il va se passer quelque chose de terrible, arrête de radoter…

Pourtant je me suis attaché à ces personnages, l’oncle, les cousins, la petite amie. Il y a sans doute moins de surprises et de rebondissements que pour l’Affaire Harry Quebert mais l’ensemble reste efficace et la fin réussie (heureusement après nous l’avoir tant fait attendre !).

Au final, j’en retiens un livre qui plaira au plus grand nombre mais un peu moins original et étourdissant que le volume précédent. Un roman agréable, en dépit des tics d’écriture de son auteur, mais pas un grand livre.

3,75/5

Lettre à Hervé d’Eric Sagan

Lettre à Hervé

Lettre à Hervé d’Eric Sagan

Édité par l’auteur, 2016, 99 pages

Résumé : A travers une lettre adressée à Hervé, l’amour de sa vie, Eric Sagan raconte son enfance et son adolescence. Une lettre pour écrire qui il est et expliquer sa différence qu’il donnera également à ses parents avant de la partager avec le plus grand nombre.

Mon avis : Après quelques expériences décevantes, j’avais quelques a priori avec les ouvrages publiés à compte d’auteur. Pourtant, le thème de ce livre et la sincérité évidente de son auteur m’ont convaincu de m’y intéresser. J’ai reçu cet ouvrage avec un sympathique courrier d’Eric Sagan que je remercie ainsi que Babelio.

A la lecture, sur le plan du style, l’écriture est agréable en dépit de quelques tics d’écriture pas toujours très heureux, notamment les inutiles réflexions entre tirets. Malgré tout, ce texte court est d’une grande fluidité et se lit très rapidement.

Et là surprise, alors que je m’attendais, avec cette autobiographie, à un texte sur la découverte de l’homosexualité et la construction d’une identité, il s’agit plutôt de l’histoire d’une famille et d’une enfance. C’est certes très sympathique à lire mais j’ai trouvé cela trop anecdotique pour m’embarquer. C’est l’histoire d’un parcours comme il en existe beaucoup, sans grande originalité. Peut-être était-ce l’objectif de l’auteur, revendiquer cette normalité ? Les chapitres se suivent rapidement sans arriver à me convaincre sans doute à cause d’une construction narrative trop linéaire. C’est parfois plutôt drôle et enlevé comme le passage chez IBM, d’autres fois Eric Sagan aligne les lieux communs et les stéréotypes comme le paragraphe sur la gastronomie anglaise.

Il m’a fallu attendre les trois derniers chapitres et la dernière lettre pour que ce texte autobiographique atteigne enfin l’ampleur attendue. Ces vingt pages sont remarquables de force et d’émotion. Dommage que cela arrive si tard. Trop de questions restent sans réponse, trop d’éléments ne sont qu’effleurés. Finalement, le livre s’arrête au moment où j’aurais souhaité qu’il débute.

Pour conclure, une lecture agréable mais trop anecdotique et superficielle, que j’aurais sincèrement voulu aimer davantage.

2/5