Emprisonnés de Sylvain Matoré

Emprisonnés

Auteur : Sylvain Matoré

Le mot et le reste, 2019, 234 pages.

Résumé : Depuis la mort de sa mère, Jennifer vit seule avec son père, Jean-Marc. Très jolie fille, elle est appréciée de tous au lycée où elle redouble sa terminale. Jean-Marc est un père aimant mais qui a du mal à se reconstruire depuis la mort de sa femme. Il alterne parties de chasse dans la forêt des Landes, où ils vivent, et litres de pastis. Grégory, garçon complexé par son surpoids, est amoureux en secret de Jennifer. Son père, Michel, buraliste du village, est distant avec son fils. Il partage ses soirées entre tournées au bar et envies inavouables. Ce quotidien morose se voit bouleversé brutalement et leur destin va basculer, une nuit, au cœur de la forêt des Landes.

Mon avis : Avec Emprisonnés, je découvre un jeune auteur que je ne connaissais pas, Sylvain Matoré, et une maison d’édition, Le mot et le reste. Merci à Babelio et à l’éditeur pour l’envoi de ce roman en échange d’un avis objectif.

Entre thriller et drame intimiste, j’ai découvert un roman intéressant, habilement construit. On commence d’entrée de jeu par la soirée du drame avec assez peu de détails pour appâter le lecteur, puis l’auteur remonte quelques jours auparavant. Du coup, dès la première page, je me suis laissé prendre par cette histoire et son rythme. A chacun des chapitres, très courts, on passe d’un protagoniste à l’autre et les pièces du puzzle se mettent peu à peu en place.

Certes, du fait du faible nombre de protagonistes, j’ai compris assez vite où l’auteur voulait en venir et je pense que les amateurs de purs romans policiers seront quelque peu frustrés par un suspense relativement limité. Mais là où ce roman trouve sa plus-value c’est dans son aspect dramatique grâce à la construction de ses personnages et à une ambiance particulière.

Ainsi, la forêt des Landes devient un personnage à part entière du récit dans ce que ce paysage peut avoir de fermé et d’oppressant. Le drame se joue à huis clos au cœur de cet espace pseudo naturel construit par l’homme. Au milieu de la forêt, quelques villages et hameaux, éloignés de tout, oubliés des politiques et mourant peu à peu tant sur le plan économique que démographique. Cette description de la France des oubliés est réussie.

Quant aux personnages, même s’ils manquent parfois d’un peu d’épaisseur (le roman est court), tous parviennent à exister à travers leurs fêlures et sont émouvants dans leurs imperfections et leurs névroses. C’est surtout lorsque l’auteur s’attarde sur les relations psychologiques complexes entre les pères et leurs enfants adolescents que le récit est intéressant et prend toute sa dimension.

Au final, j’en retiens un roman agréable, assez prenant, facile à lire qui plaira aussi bien aux grands adolescents qu’aux adultes. Pas forcément un coup de cœur mais une belle découverte et sans aucun doute un auteur à suivre.

3,5/5

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American Gods de Neil Gaiman

American Gods

Auteur : Neil Gaiman

J’ai lu, 2004, 603 pages.

Résumé : A peine sorti de prison, Ombre rencontre Voyageur, un personnage intrigant. Est-il un Dieu antique, un fou furieux ou bien un simple arnaqueur ? Il propose à Ombre d’entrer à son service. Dès lors, Ombre se retrouve plongé au milieu d’un conflit opposant héros mythologique de l’Ancien Monde et idoles profanes de l’Amérique. Une guerre dont il ne sortira pas indemne et où il aura bien du mal à démêler le vrai du faux.

Mon avis : Ayant beaucoup apprécié L’étrange vie de Nobody Owens, dont j’ai chroniqué la lecture il y a déjà quelques temps, je me suis laissé tenter par cet autre ouvrage de Neil Gaiman, mêlant lui aussi fantastique et monde réel, mais cette fois à destination d’un public adulte. Sur le papier, tous les éléments étaient réunis pour me plaire, un auteur dont j’avais déjà apprécié la plume, une histoire mêlant pop-culture et mythologie antique, un aspect fantastique et mystérieux, et même une adaptation en série télé que je n’ai pas encore vue. Voilà de quoi aiguiser ma curiosité et me mettre dans de bonnes dispositions.

Si le début s’avérait prometteur force est de constater que j’ai rapidement déchanté. Pire, à l’image des péripéties sans fins et des situations abracadabrantes dans lesquelles se retrouve le personnage principal, Ombre, cette lecture est rapidement devenue un long chemin de croix où il m’a fallu beaucoup de persévérance pour en venir à bout. Lire la suite

Jackaby de William Ritter

Jackaby

Auteur : William Ritter

Bayard, 2018, 342 pages

Résumé : Abigail Rook, 17 ans, débarque en Amérique à la fin du 19e siècle. Elle découvre la ville de New Fiddleham et se met rapidement en quête d’un emploi afin de pouvoir se nourrir et se loger. Elle tombe par hasard sur l’annonce d’un certain Jackaby, détective privé, qui recherche un assistant. Abigail voit là, la possibilité de réaliser ses rêves d’aventure. Mais entre meurtres et phénomènes surnaturels, il apparaît rapidement que cette nouvelle vie comporte de nombreux risques.

Mon avis : Voilà une belle surprise de Babelio et des éditions Bayard qui m’ont fait parvenir ce roman, qui s’annonce comme le premier tome des aventures d’Abigail Rook, fille d’un paléontologue anglais. Elle devient l’acolyte du détective privé Jackaby, plus ou moins médium, qui possède le don de voir des créatures invisibles aux yeux de tous.

C’est une lecture très sympathique et agréable et plutôt une bonne surprise. Pour moi il y a deux influences incontournables, Sherlock Holmes pour l’aspect policier du récit avec ce duo Jackaby-Rook, qui fait penser à celui de Holmes-Watson, et les Créatures Fantastiques pour ces êtres imaginaires, l’aspect magie en moins.

Le récit est de bonne tenue, très bien écrit et devrait plaire aux jeunes adolescents. Ce roman est idéal pour la découverte du genre policier. Bon rapidement, on comprend où l’auteur veut en venir et la liste des suspects n’est pas si longue, mais l’ensemble est bien mené et on se laisse prendre par le récit. On veut savoir ce qui se cache derrière cette série de meurtres.

C’est un tome qui a le mérite de nous faire découvrir les héros de cette future série. On regrettera cependant de ne pas en savoir plus sur ce M. Jackaby et son don particulier à la fin du récit. A n’en pas douter, les suites permettront de mieux connaître ce personnage énigmatique. En tous les cas, j’ai très envie de découvrir la suite et de savoir à quelles créatures ils vont être confrontés. A ce titre, ce roman est une réussite.

Une agréable entrée en matière. ©Lionel Four. lionelfour

3,5/5

Jamais de Bruno Duhamel

Jamais

Auteur : Bruno Duhamel

Bamboo, 2018, 56 pages.

Résumé : A Troumesnil, en Normandie, la falaise est grignotée par la mer à chaque tempête. Le maire du village a fait évacuer les habitations les plus menacées. Seule Madeleine, une nonagénaire, aveugle de naissance, refuse de partir. Elle continue à vivre avec son chat et le souvenir de son mari dans sa maison en équilibre au-dessus du vide. Le maire décide d’employer les grands moyens pour l’expulser mais Madeleine a bien l’intention de résister.

Mon avis : Quel plaisir que de découvrir ce personnage de Madeleine, nonagénaire, aveugle, qui vit dans sa maison au bord de la falaise, dans le souvenir de son mari disparu en mer. Une force de la nature à la fois drôle et émouvante qui va faire vivre mille misères au maire de son village.

Si le traitement de cette histoire se veut comique, derrière les situations souvent drôles et les dialogues percutants apparaissent des thématiques beaucoup plus sérieuses. La vieillesse, la solitude et le handicap sont abordés avec beaucoup de tact et de justesse. Au fil des pages, on comprend pourquoi cette vieille dame ne veut pas quitter sa maison qui menace pourtant de s’abîmer en mer à chaque tempête. Qui l’emportera entre Madeleine et le principe de précaution ?

Cette histoire drôle et émouvante est portée par un dessin remarquable, notamment le paysage de cette falaise normande, aux couleurs agréables, ce qui rend la lecture de cette bande dessinée encore plus plaisante. Un très belle découverte que je vous conseille vivement.

4/5 ©Lionel Four. lionelfour

Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris

Vous n’aurez pas ma haine

Auteur : Antoine Leiris

Editions Fayard, 2016, 144 pages

Impossible de ne pas être bouleversé par la lecture de ce texte d’une rare force, prolongement d’un texte posté sur les réseaux sociaux dans les jours qui ont suivi l’attentat du Bataclan au cours duquel Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris. Il explique, sans détour, l’angoisse dans les heures qui ont suivi l’attentat, la solitude, le deuil.

Ce qui fait la puissance de Vous n’aurez pas ma haine est qu’Antoine Leiris, touché au plus profond, s’adresse à son jeune fils de 17 mois, orphelin de mère, auquel il explique son amour infini pour cette femme. Face à la mort, il préfère parler de la vie.

Les meurtriers ne sont pas au cœur de ce texte, la colère n’est pas au cœur de ce texte. Au contraire, au milieu des invectives et des cris de haine, Antoine Leiris choisit de répondre par la dignité et l’amour. Cela rend son texte encore plus juste, touchant et indéniablement universel.

Il est difficile d’en dire plus sans être submergé par l’émotion ou sans en galvauder le propos. L’unique façon de découvrir Vous n’aurez pas ma haine, c’est de le lire.

4,5/5 ©Lionel Four. lionelfour

Appelle-moi par ton nom d’André Aciman

Appelle-moi par ton nom

Auteur : André Aciman

Grasset, 2018, 332 pages

Paru en 2008 aux éditions de l’Olivier, sous le titre « Plus tard ou jamais« 

Résumé : A l’été de ses 17 ans, les parents d’Elio accueillent Oliver, un jeune professeur de philosophie, dans leur villa sur la côte italienne. Cet Américain brillant fait forte impression sur Elio. Les jours passent entre attirance réciproque et évitement. Elio est tiraillé entre Oliver et sa voisine, Marzia. Oliver travaille sur son manuscrit et mène une vie nocturne dont Elio se sent exclu et qu’il jalouse. Pourtant, le temps d’un été ils cèdent à un sentiment plus grand qu’eux.

Critique : Peu de temps après avoir apprécié la magnifique adaptation de ce roman au cinéma, je me suis attaqué au texte d’André Aciman réédité à cette occasion par Grasset. J’ai découvert un roman riche, puissant et érudit où l’apparente simplicité du propos est portée par un style foisonnant et complexe.

On peut être dérouté de passer de descriptions d’histoire de l’art ou de réflexions philosophiques, à des scènes plus triviales sur l’évolution de la relation entre Elio et Oliver. Pourtant, je me suis laissé prendre par l’atmosphère particulière de cet ouvrage. La torpeur de cet été italien, les valses-hésitations entre Elio et Oliver sont largement retranscrits à travers le regard d’Elio. Ce garçon est attachant autant qu’il est parfois agaçant ce qui apporte chair et épaisseur à ce récit. On suit son yoyo émotionnel dans une intimité telle que je me suis demandé à de nombreuses reprises s’il n’y avait pas dans ce texte une dimension autobiographique.

Bien sûr, on pourra reprocher quelques longueurs, une intrigue un peu diluée et pas assez resserrée, des digressions inutiles, mais ce roman est un tel foisonnement tant dans sa dimension émotionnelle qu’artistique qu’il embarque le lecteur. Et si l’on retrouve quelques scènes clés du film Call me by your name, l’ouvrage va plus loin dans le récit, notamment sur le plan chronologique, rendant donc sa lecture postérieure tout à fait passionnante et peu gênante.

Un beau roman doux et tolérant à découvrir. ©Lionel Four. lionelfour

4/5

Des jours sans fin de Sebastian Barry

Des jours sans fin

Auteur : Sebastian Barry

Joëlle Losfeld éditions, Gallimard, 2018, 258 pages.

Résumé : Jeune émigré irlandais, orphelin avant l’âge de 15 ans, Thomas McNulty cherche sa place dans l’Amérique du milieu du XIXème siècle. Du rude milieu des grandes plaines de l’Ouest, où il est confronté aux combats contre les indiens, à son engagement du côté de l’Union dans la guerre de Sécession, il est confronté à la violence de l’histoire. Son destin est lié à celui de John Cole, l’ami et l’amour de sa vie. Ensemble, ils construisent une famille différente avec Winona, leur fille adoptive Sioux.

Critique : Je lis rarement des romans historiques, aussi je remercie les éditions Gallimard et Joëlle Losfeld de m’avoir fait parvenir Des jours sans fin de Sebastian Barry dans le cadre d’une opération Masse Critique du site Babelio. Je les remercie d’autant plus que je me suis laissé totalement embarquer par ce roman ambitieux, au souffle épique détonnant et d’une grande modernité sur le fond.

Le narrateur est le jeune Thomas McNulty personnage ambivalent, à l’identité de genre ambigüe, qui aime se travestir et vivre habillé en femme, tout en s’engageant comme soldat de l’Union confronté aux violences les plus extrêmes dans la lutte contre les indiens de l’Ouest ou dans la Guerre de Sécession. Sebastian Barry n’hésite pas à décrire dans les moindre détails le quotidien des soldats, la boue, le froid, les excréments, la violence et les atrocités épouvantable au jour le jour.

Face à cette dureté, parfois à la limite de l’insupportable, il y a ces scènes de vie quotidienne avec son amant John Cole et leur fille adoptive Winona, qui prennent le lecteur à contre-pied par leur douceur et leur humanité. Ensemble, ils forment une famille d’une grande modernité dans une Amérique qui peine à sortir de l’esclavage dans le Sud et qui massacre les indiens par milliers dans l’Ouest.

Ce roman prend aux tripes le lecteur et ne le lâche pas à un seul moment grâce à son rythme soutenu et à la volonté de Sebastian Barry de se mettre à hauteur d’hommes. Il ressort de ce roman un grand humanisme et une critique viscérale de la violence et de la guerre. A chaque page, l’absurdité et l’inutilité des massacres est mise en avant. J’ai été souvent bouleversé par ce roman. Incontestablement une grande réussite que je vous conseille de découvrir.

4,5/5

M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit de Robin Sloan

M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit

Auteur : Robin Sloan

Points, 2015, 384 pages

Résumé : Graphiste-designer au chômage, Clay erre dans San Francisco en réfléchissant à la direction qu’il pourrait donner à son avenir professionnel. Le hasard le mène à l’étrange librairie de M. Pénombre qui cherche un vendeur de nuit. Tard le soir, les membres d’un club de lecture viennent y emprunter les volumes cryptés du fonds du fond. Appartiennent-ils à une secte ? Sont-ils des lecteurs d’un genre nouveau ? Embauché, Clay est bien décidé à percer le mystère de ces érudits.

Critique : A mi-chemin entre roman policier et roman à énigme, voilà une lecture de détente très sympathique. On se prend d’amitié pour Clay, le geek antihéros, un peu loser, typique, mais pourtant très attachant.

Dans un premier temps, on se laisse rapidement piéger dans cette histoire mystérieuse de confrérie secrète de lecteurs, bel hommage à la beauté de la lecture et des livres. Robin Sloan sait maintenir très habilement le suspense et distiller peu à peu les révélations pour maintenir l’intérêt de ses lecteurs et faire tourner à fond leur imagination !

La seconde partie du roman avec ses longs passages à la gloire de Google, m’a en revanche moins convaincu, même si la confrontation entre culture papier et culture numérique réserve quelques moments savoureux. Si l’histoire est parfaitement construite, le style, lui n’a cependant rien de très original, malgré l’usage très développé des termes geeks. Quant au final, dont je me garderai bien de parler, il ne sera évidemment pas celui que l’on pense.

J’en retiens une lecture amusante et agréable sur le fond, mais finalement sans grande originalité sur la forme.

3,25/5

La ligne droite d’Hubert et Marie Caillou

La ligne droite

Glénat, collection « 1000 feuilles », 2013, 121 pages

Résumé : Hadrien vit dans un petit village de Bretagne. Il doit composer avec une mère stricte et un lycée catholique aux méthodes pédagogiques réactionnaires. Son seul espace d’évasion, ce sont les livres. Bien que solitaire, Hadrien se rapproche peu à peu de Jérémie, un garçon très populaire au lycée, avec lequel il se découvre des points communs. Leur complicité donne naissance à des sentiments plus forts.

Critique : Sous l’apparente simplicité du dessin se cache une bande dessinée d’une grande qualité où est abordée, avec beaucoup de tact, la question de l’homosexualité à l’adolescence. Ses auteurs ont un parti pris très clair, largement relevé par les associations de lutte contre l’homophobie, à savoir que la difficulté de s’assumer en tant qu’homosexuel à l’adolescence n’est pas liée à l’homosexualité en elle-même, mais bien à l’homophobie sociale que subit l’adolescent.

Ici, le jeune Hadrien doit s’assumer dans le milieu catholique traditionaliste de la campagne bretonne. Certes, ce choix peut paraître véhiculer certains clichés, mais il peut tout à fait se transposer dans d’autres milieux, le propos étant totalement universel. J’ai été touché par cette découverte d’un amour et par cette histoire forte et émouvante. Le dessin aux lignes simples permet d’entrer pleinement dans l’histoire et de se concentrer pleinement sur les personnages et leurs conflits intérieurs. J’ai été très bouleversé par cette histoire et par le personnage attachant d’Hadrien.

Une bande dessinée très réussie.

4/5

Pride d’Erik Rémès

Pride : chroniques de la révolution gay 1992-2005 d’Erik Rémès

La Musardine, collection « L’attrape-corps », 2017, 367 pages

Mon avis :

Ces derniers temps, alors que je suis plutôt un lecteur de romans, me voilà parti à lire des essais. Celui-ci m’a été offert par La Musardine en échange d’une critique objective dans le cadre d’une opération Masse critique du site Babelio. Je les remercie de m’avoir permis de découvrir Erik Rémès, un auteur que je connaissais de nom, précédé de sa réputation sulfureuse, mais que je n’avais jamais lu.

Cet ouvrage est un essai, ou plutôt devrait-on dire une compilation de textes écrits entre 1992 et 2005 sur les grandes questions et débats qui ont agité les communautés LGBTQ au cours de cette période charnière de leur histoire. Ces textes sont parus dans des publications communautaires ou sur des média nationaux gay-friendly tels que Libération. Plutôt qu’un classement chronologique, Erik Rémès a préféré un classement thématique des textes, choix judicieux qui permet de faire répondre les textes les uns avec les autres avec quelques années d’intervalle.

Au fil des pages, malgré quelques répétitions sur certains sujets, on voit une vraie cohérence dans la pensée où sont abordés tous les thèmes sans fausse pudeur. L’écriture est simple, fluide et directe ce qui n’empêche pas la profondeur sur le fond. Erik Rémès aborde tour à tour la visibilité, le mariage, les débats politiques, le SIDA, le sexe (safe ou non), la drogue, la « subversion », etc. dans une période riche de débats et d’avancées.

Certaines pages sur l’hécatombe liée au SIDA dans la première moitié des années 90 sont bouleversantes, mais à la lecture on voit bien que le procès qui lui a été fait de promotion des pratiques à risques à l’occasion de la sortie du roman Serial Fucker : journal d’un barebacker, relève largement de la mauvaise foi. Si Erik Rémès aborde tous les sujets, sans pudibonderie mais aussi sans jugement, le message de prévention est pourtant bien présent à chaque page.

J’ai aimé ce livre, utile et incontournable, qui fait le point sur plus d’une décennie de combats d’une communauté face à la maladie, face aux conservatismes sociaux, face à des gouvernements réactionnaires, face à des politiques inadaptées. Plus d’une décennie de combats pour la liberté, pour la visibilité, pour l’égalité. Plus d’une décennie où Erik Rémès a été le poil à gratter d’une communauté pour le pire mais aussi pour le meilleur.

4,25/5