Emprisonnés de Sylvain Matoré

Emprisonnés

Auteur : Sylvain Matoré

Le mot et le reste, 2019, 234 pages.

Résumé : Depuis la mort de sa mère, Jennifer vit seule avec son père, Jean-Marc. Très jolie fille, elle est appréciée de tous au lycée où elle redouble sa terminale. Jean-Marc est un père aimant mais qui a du mal à se reconstruire depuis la mort de sa femme. Il alterne parties de chasse dans la forêt des Landes, où ils vivent, et litres de pastis. Grégory, garçon complexé par son surpoids, est amoureux en secret de Jennifer. Son père, Michel, buraliste du village, est distant avec son fils. Il partage ses soirées entre tournées au bar et envies inavouables. Ce quotidien morose se voit bouleversé brutalement et leur destin va basculer, une nuit, au cœur de la forêt des Landes.

Mon avis : Avec Emprisonnés, je découvre un jeune auteur que je ne connaissais pas, Sylvain Matoré, et une maison d’édition, Le mot et le reste. Merci à Babelio et à l’éditeur pour l’envoi de ce roman en échange d’un avis objectif.

Entre thriller et drame intimiste, j’ai découvert un roman intéressant, habilement construit. On commence d’entrée de jeu par la soirée du drame avec assez peu de détails pour appâter le lecteur, puis l’auteur remonte quelques jours auparavant. Du coup, dès la première page, je me suis laissé prendre par cette histoire et son rythme. A chacun des chapitres, très courts, on passe d’un protagoniste à l’autre et les pièces du puzzle se mettent peu à peu en place. Lire la suite

La ligne droite d’Hubert et Marie Caillou

La ligne droite

Glénat, collection « 1000 feuilles », 2013, 121 pages

Résumé : Hadrien vit dans un petit village de Bretagne. Il doit composer avec une mère stricte et un lycée catholique aux méthodes pédagogiques réactionnaires. Son seul espace d’évasion, ce sont les livres. Bien que solitaire, Hadrien se rapproche peu à peu de Jérémie, un garçon très populaire au lycée, avec lequel il se découvre des points communs. Leur complicité donne naissance à des sentiments plus forts.

Critique : Sous l’apparente simplicité du dessin se cache une bande dessinée d’une grande qualité où est abordée, avec beaucoup de tact, la question de l’homosexualité à l’adolescence. Ses auteurs ont un parti pris très clair, largement relevé par les associations de lutte contre l’homophobie, à savoir que la difficulté de s’assumer en tant qu’homosexuel à l’adolescence n’est pas liée à l’homosexualité en elle-même, mais bien à l’homophobie sociale que subit l’adolescent.

Ici, le jeune Hadrien doit s’assumer dans le milieu catholique traditionaliste de la campagne bretonne. Certes, ce choix peut paraître véhiculer certains clichés, mais il peut tout à fait se transposer dans d’autres milieux, le propos étant totalement universel. J’ai été touché par cette découverte d’un amour et par cette histoire forte et émouvante. Le dessin aux lignes simples permet d’entrer pleinement dans l’histoire et de se concentrer pleinement sur les personnages et leurs conflits intérieurs. J’ai été très bouleversé par cette histoire et par le personnage attachant d’Hadrien.

Une bande dessinée très réussie.

4/5

Quand on a 17 ans ****

Quand on a 17 ans : Affiche

Quand on a 17 ans marque le grand retour d’André Téchiné aux amours adolescentes plus de 20 ans après son chef d’œuvre qu’étaient Les Roseaux sauvages. Une génération d’écart entre ces deux films et pourtant le réalisateur n’a rien perdu de sa capacité à filmer et à comprendre ces jeunes. Il garde une acuité et une justesse dans son regard qui fait de son nouvel opus une grande réussite. L’acceptation, l’amour, la relation aux parents, le deuil, la construction d’une identité et le passage à l’âge adulte sont autant d’éléments que Téchiné aborde avec tact et justesse.

Ce film est charnel, puissant, étourdissant, porté par deux jeunes comédiens en état de grâce, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila. Une fois de plus, le réalisateur démontre sa capacité à faire émerger des jeunes comédiens talents. Tous les deux sont incroyables de violence contenue, de sensualité et sentiments refoulés. Une relation passionnelle comme on en a peu vues au cinéma. Au milieu de ce duo à couteaux tirés, Sandrine Kiberlain, au sommet de son art, campe une mère courage sur le fil.

Là où Les Roseaux sauvages étaient insouciants, Quand on a 17 ans est à l’image de cette jeune génération tout en ambivalences, désenchantée mais pleine d’espoir, sérieuse mais maladroite, réservée mais portée par ses désirs, passionnée mais violente. Un film audacieux et d’une grande modernité qui montre qu’André Téchiné garde un regard singulier mais très actuel. Un grand film.

Moi Simon 16 ans homo sapiens de Becky Albertalli

Moi Simon 16 ans Homo Sapiens

Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens

Titre original : Simon vs. The Homo Sapiens Agenda

Hachette Livre, 2015, 314 pages.

Résumé : Simon Spier est un adolescent, apprécié de tous, qui vit avec sa famille dans la banlieue d’Atlanta. Sur le Tumblr du lycée, il a fait la connaissance de Blue un autre élève de son lycée. Ils savent tout l’un de l’autre, sauf leur identité. Ils sont homosexuels mais personne n’est au courant. Alors, quand Martin Addison découvre par hasard les e-mails de Simon et Blue et menace de tout révéler au lycée, pour Simon c’est le début des complications.

Critique : L’homosexualité est devenue une thématique récurrente dans la littérature pour adolescents avec ses passages obligés autour de la découverte et de l’acceptation et des incontournables conflits familiaux que cela engendre. Surprise, Becky Albertalli propose un roman plus original et débarrassé de tous les stéréotypes du genre. En effet, l’homosexualité de Simon est un fait acquis dès le début et son orientation sexuelle ne constitue pas le cœur du récit. Quant au coming-out auprès de la famille et des amis, forcé par les événements, il provoquera plus soutien et encouragements que conflits.

L’auteure peut dès lors centrer son récit sur le portrait d’un adolescent attachant, équilibré, le tout avec humour et tendresse. Pour maintenir le lecteur en haleine, elle distille un peu de suspense autour de l’identité du mystérieux Blue avec lequel Simon échange par mail sans le connaître. Le récit est fluide, admirablement écrit, avec beaucoup de tact, et j’ai ri à de nombreuses reprises des situations et des réflexions de cet adolescent comme les autres. Bien sûr, il y a beaucoup de légèreté dans ce récit, mais il est aussi très agréable de lire un roman au ton résolument positif et optimiste, riche en émotions.

Un final un récit plutôt réaliste qui dédramatise avec habileté l’homosexualité chez les adolescents. A lire et à faire lire aux ado en questionnement mais aussi à leurs parents. Je le vois comme un roman gay à l’heure de l’acceptation et de l’égalité des droits, un roman du droit à l’indifférence où la tolérance et l’acceptation sont de mise. Un vrai plaisir de lecture à découvrir !

4,5/5

Edit du 28 avril 2018 : De nombreux romans de littérature ado et young adults sortent actuellement au cinéma. C’est le cas de ce roman qui sortira en France sous le titre de Love, Simon au mois de juin 2018… Découvrez la bande annonce !

En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

En finir avec Eddy Bellegueule

Seuil, 2014, 219 p.

Résumé : Eddy Bellegueule grandit dans une petite ville ouvrière de Picardie. Trop délicat et sensible, il est l’objet de moqueries, d’humiliations et de violence de la part de ses camarades de classe. Ce n’est pas dans sa famille, ignorant son mal être, où les propos racistes et homophobes fusent, qu’il peut trouver du réconfort. Pourtant, Eddy tente tout, même d’avoir une petite amie pour faire illusion. Il témoigne de cette enfance sacrifiée, des persécutions dont il a été victime, dans ce roman d’autofiction.

Critique : En débutant ce livre, je m’attendais à un énième ouvrage traitant de l’homophobie à l’adolescence et de la difficulté de se construire pour un jeune gay dans un univers totalement hétéronormé. C’est bien sûr, la thématique central de ce livre à mi-chemin entre fiction et réalité. Edouard Louis (Eddy Bellegueule de son vrai nom) décrit les violences qu’il a subies avec une plume directe et âpre.

Pour autant, ce sont plutôt les passages traitant du conditionnement social et de la déstructuration du monde ouvrier qui sont les plus réussis et passionnants. Le chômage, la pauvreté et le déterminisme social sont au cœur de cet ouvrage qui pourrait même apporter quelques clés pour comprendre ce monde ouvrier en déliquescence, abandonné à lui-même, sans perspective et qui se réfugie dans le machisme, la haine de l’autre et les extrêmes.

Enfin, les relations avec ses parents, son père en particulier, sont traitées avec beaucoup de dureté, sans doute Edouard Louis avait un certain nombre de comptes à régler, mais on ressent à chaque page, et de manière très poignante, ce besoin d’un enfant d’être aimé, malgré tout, par ses parents. Dans les dernières pages, on sent même poindre une possibilité de relations familiales plus apaisées, malgré un certain manque de recul.

Un premier roman fort, émouvant et troublant, en dépit de toutes ses maladresses. Un auteur à suivre.

4/5

Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier

Le faire ou mourir

Le faire ou mourir

Le Rouergue, collection DoAdo, 2011, 102 p.

Résumé : Damien est un solitaire à la sensibilité exacerbée qui a peur de tout et surtout des autres. Souffre-douleur des skateurs au lycée, incompris par ses parents, il n’arrive pas à exprimer ce qu’il ressent. Alors quand la pression est trop forte, il s’isole pour se scarifier. Pour ne pas faire du mal aux autres, il préfère s’en faire à lui-même. Un jour Damien rencontre Samy et ses amis gothiques. Samy le protège comme personne ne l’avait fait avant lui. Un nouveau monde s’ouvre pour Damien mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Critique : Plusieurs thèmes sont abordés dans ce livre, court, mais dense pour un ouvrage de littérature jeunesse. La construction de l’identité et le mal-être à l’adolescence, la confusion des sentiments entre amour et amitié, le dialogue familial difficile, la sensibilité, la violence, l’orientation sexuelle, sont autant de sujets abordés dans à peine 100 pages.

Damien est un personnage attachant dans ses doutes, ses peurs et sa relation avec Samy est traitée avec beaucoup de sensibilité. Dommage que les personnages du père et de la sœur soient un peu trop caricaturaux pour convaincre. La mère, inexistante tout au long du roman, est sauvée dans les toutes dernières pages.

Évidemment, tout est excessif à l’image de cet adolescent mais l’auteure, sur le fil, évite le dérapage grâce à une double fin plutôt intéressante. Un beau roman pour ado, sans doute trop excessif pour convaincre les plus âgés…

3,5/5

Le monde de Charlie de Stephen Chbosky

Le monde de Charlie

Le monde de Charlie

Titre original : The Perks of being a Wallflower.

Sarbacane, collection Exprim’, 2012, 252 pages. 1ère édition sous le titre « Pas raccord », 2008.

Résumé : Au lycée, Charlie est jugé comme un garçon bizarre, trop sensible. Il se contente de rester dans son coin, jusqu’au jour où Patrick et la jolie Sam, élèves de terminale, le prennent sous leur aile et lui font découvrir la musique, les filles, les fêtes… Une nouvelle vie commence alors pour Charlie.

Critique : L’histoire trouble et émouvante d’un adolescent considéré comme différent par ses camarades qui se confie par le biais de lettres qu’il envoie à un « ami » qu’il ne connait pas directement. C’est un choix original de l’auteur puisqu’en général ce genre de récit est plutôt construit sous la forme d’un journal intime.

L’écriture est fine et sensible, à l’image du jeune narrateur, très attachant. La solitude et le mal être de l’adolescence sont décrits avec beaucoup de pudeur sans jamais sombrer dans les stéréotypes. J’ai été touché par cette histoire et ses personnages et pris dans l’histoire de bout en bout.

On pourra simplement regretter que cette correspondance épistolaire soit à sens unique limitant la diversité des points de vue même si cela permet de resserrer l’intrigue autour du jeune Charlie.

4/5

A noter que ce livre a été adapté récemment au cinéma… Je vous laisse découvrir la bande-annonce…

Carrie de Stephen King

Carrie

J’ai Lu, 1978, 252 pages.

Résumé : Carrie White, adolescente de 17 ans, timide et solitaire, subit le fanatisme religieux de sa mère et le harcèlement de ses camarades de classe. Elle possède le don de télékinésie qu’elle maîtrise difficilement et qui l’oblige à se refermer encore plus sur elle-même. Afin d’aider Carrie à aller vers les autres, Susan Snell, très populaire au lycée, demande à son petit ami, Tommy Ross, de l’inviter au bal de printemps. Carrie reprend confiance en elle. Mais cette invitation ne cache-t-elle pas un piège cruel ?

Critique : Carrie marque ma première rencontre avec Stephen King, auteur incontournable de la littérature fantastique et d’angoisse. Je m’étonne d’ailleurs moi-même de l’avoir négligé si longtemps. En même temps les adaptations que j’avais pu voir de ses livres ne m’avaient jamais totalement convaincues…

L’ouvrage se présente comme une suite de rapports d’enquête et de témoignages qui nous permettent de progresser dans l’intrigue. La forme du récit est donc assez originale mais ce choix présente un inconvénient, sa froideur factuelle et sa vision clinique des événements. En effet, il empêche toute empathie pour l’héroïne ou les principaux protagonistes de l’histoire alors que l’intérêt du personnage de Carrie réside justement dans ce trop plein d’émotions contenues qui vont se déchaîner lors d’une funeste soirée. Le résultat est qu’à aucun moment je me suis senti impliqué dans cette histoire.

Reste, malgré tout, le propos en filigrane avec une dénonciation forte du harcèlement scolaire et de la difficulté pour les jeunes « différents » à s’intégrer à un âge où seule la norme compte. Un autre thème fort, est la mise en cause du fondamentalisme religieux, notamment dans l’éducation, et de ses dégâts pour les enfants qui en sont les victimes. Ces deux éléments méritent à eux seuls de s’intéresser à ce roman. Mais pour ceux qu’une approche documentaire ou biographique dans une œuvre de fiction peut rebuter, passez votre chemin.

3/5

Le premier qui pleure a perdu de Sherman Alexie

Sherman Alexie at the Texas Book Festival, Aus...

Sherman Alexie at the Texas Book Festival, Austin, Texas, United States. (Photo credit: Wikipedia)

Le premier qui pleure a perdu

Albin Michel, Wiz, 2008, 280 pages

Résumé: Junior est un jeune indien Spokane de 14 ans qui vit avec les siens dans une réserve. Différent, depuis sa naissance il cumule les handicaps : de l’eau dans le cerveau, myope, maigre et premier de la classe. En dehors de son ami Rowdy, il est le souffre-douleur de ses camarades. Il se réfugie dans le dessin pour exprimer ses émotions. Rapidement, il comprend qu’il n’a aucun avenir s’il reste dans son lycée, à l’intérieur d’une réserve où la pauvreté et l’alcoolisme font des ravages. Il décide de rejoindre le lycée des blancs à quelques kilomètres de là. A mi-chemin entre deux mondes, il découvre les possibilités que lui offre la vie.

Critique: Récit initiatique à la fois drôle et émouvant, on se prend rapidement d’affection pour ce Junior que la vie n’épargne pas. Malgré toutes les difficultés, il reste un grand optimiste. Outre ce personnage très attachant, ce roman est avant tout remarquablement écrit, de manière simple et fluide, poétique et abordable.

Au-delà du simple parcours d’un adolescent, Sherman Alexie nous offre ici un remarquable roman sur la différence et aborde frontalement l’acculturation des populations amérindiennes et ses corollaires que sont le racisme, l’exclusion, la pauvreté et l’alcoolisme.

Un récit magnifique et bouleversant, quasi autobiographique, porté par les dessins pleins d’humour de Junior qui nous permettent de nous imprégner de son ressenti. Un grand roman à découvrir de toute urgence.

4,5/5

Sexy de Joyce Carol Oates

Sexy

Gallimard, Folio, 2006, 237 pages

Résumé : Darren a 16 ans, il est l’un des espoirs de l’équipe de natation de son lycée. Très séduisant, sa beauté attire et le rend très populaire. Son professeur d’anglais, M. Tracy est lui aussi fasciné. Lorsque celui-ci fait renvoyer l’un des membres de l’équipe de natation, les amis de Darren décident de se venger et envoient un courrier anonyme accusant Tracy de pédophilie. Rapidement la machine judiciaire s’emballe.

Critique : La rumeur et la calomnie sur fond de préjugés homophobes sont au cœur de ce roman de Joyce Carol Oates. L’auteure décrit avec force la violence normative de l’adolescence qui exclut sans remords tous ceux qui sont différents. Elle n’est jamais dans un schéma binaire, noir ou blanc, comme le sont souvent les ouvrages de la littérature américaine. Au contraire, elle joue ici avec les stéréotypes pour mieux troubler ses lecteurs. J’ai été totalement absorbé par cette histoire à l’écriture concise et nerveuse. Rien n’est ici superflu. Oates va à l’essentiel. La progression de son personnage principal, Darren qui, confronté au drame, deviendra adulte, est passionnante. Un roman puissant et dérangeant.

4,25/5