Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris

Vous n’aurez pas ma haine

Auteur : Antoine Leiris

Editions Fayard, 2016, 144 pages

Impossible de ne pas être bouleversé par la lecture de ce texte d’une rare force, prolongement d’un texte posté sur les réseaux sociaux dans les jours qui ont suivi l’attentat du Bataclan au cours duquel Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris. Il explique, sans détour, l’angoisse dans les heures qui ont suivi l’attentat, la solitude, le deuil.

Ce qui fait la puissance de Vous n’aurez pas ma haine est qu’Antoine Leiris, touché au plus profond, s’adresse à son jeune fils de 17 mois, orphelin de mère, auquel il explique son amour infini pour cette femme. Face à la mort, il préfère parler de la vie.

Les meurtriers ne sont pas au cœur de ce texte, la colère n’est pas au cœur de ce texte. Au contraire, au milieu des invectives et des cris de haine, Antoine Leiris choisit de répondre par la dignité et l’amour. Cela rend son texte encore plus juste, touchant et indéniablement universel.

Il est difficile d’en dire plus sans être submergé par l’émotion ou sans en galvauder le propos. L’unique façon de découvrir Vous n’aurez pas ma haine, c’est de le lire.

4,5/5 ©Lionel Four. lionelfour

Le chaos en marche. Tome 2 : le cercle et la flèche de Patrick Ness

Le chaos en marche. Tome 2 : le cercle et la flèche

Gallimard Jeunesse, Pôle fiction, 2011, 560 pages

Résumé : Todd et Viola fuient une armée qui marche implacablement vers eux. Ils sont faits prisonniers et se retrouvent séparés. Todd est enfermé dans une tour et Viola conduite dans un dispensaire tenu par des femmes. Dans une ville occupée où se font face un régime totalitaire et un groupe terroriste, ils rêvent de se retrouver. Mais peuvent-ils encore se faire confiance ?

Critique : Après une haletante course-poursuite, nos deux jeunes héros se retrouvent enfermés dans une ville occupée. L’usage de la violence par un pouvoir politique extrêmiste (tortures, humiliations, génocides, négation de l’humanité…), la peur des démocraties face aux fanatismes et même la résistance utilisant l’arme du terrorisme, toutes ces questions sont abordées par Patrick Ness avec un réel sens du récit et du suspense.

Volontiers provocateur, l’auteur nous interroge, la faim justifie-t-elle les moyens ?

Rarement manichéen, il arrive à concilier une nouvelle fois l’intelligence de la réflexion politique et l’efficacité d’une histoire diabolique et complexe où les alliances et les amitiés sont parfois bousculées par les événements, les mensonges et les traitrises. L’ensemble est sombre, terrifiant, violent et décrit parfaitement la grande médiocrité des êtres humains dès qu’il s’agit de conquérir ou de conserver le pouvoir. Jamais caricaturaux, les principaux protagonistes du conflit sont parfaitement décrits.

Mais l’auteur conserve une lueur d’espoir grâce à ses deux héros qui doivent tester la confiance et l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre, même si à longue les « Viola » et « Todd » qui fusent à chaque page sont un peu lassants. Ce deuxième tome est malgré tout une belle réussite et propulse cette série parmi les toutes meilleures de la littérature jeunesse de ces dernières années.

4,5/5