Et je danse, aussi d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Et je danse aussi

Et je danse, aussi

Fleuve éditions, 2015, 279 pages.

Résumé : Pierre-Marie, romancier à succès en panne d’inspiration, reçoit une enveloppe expédiée par une de ses lectrices. Pensant qu’il s’agit d’un manuscrit, il choisit de ne pas l’ouvrir, mais écrit une réponse à son expéditrice, Adeline Parmelan. Peu à peu, une riche correspondance électronique se développe et une nouvelle amitié se crée. Mais le contenu de l’enveloppe ne risque-t-il pas de tout remettre en cause ?

Critique : Ce roman écrit à 4 mains, par deux auteurs estampillés littérature jeunesse et adolescente, propose une relecture intéressante du genre épistolaire. D’un côté Jean-Claude Mourlevat, auteur du magnifique Combat d’hiver, du Chagrin du roi mort, ou encore de Silhouette. De l’autre Anne-Laure Bondoux, auteure des Larmes de l’assassin et Tant que nous sommes vivants.

Si les auteurs tâtonnent quelque peu au début, on se demande bien où ils veulent en venir, peu à peu le suspense se met en place. Je me suis laissé prendre par cette histoire beaucoup plus complexe qu’elle ne semblait l’être au premier abord, réservant nombre de rebondissements entre faux-semblants et non-dits.

Le dialogue qui s’instaure entre les deux protagonistes est souvent drôle, spirituel, parfois même coquin et se moque sympathiquement des convenances. Surtout, les auteurs nous tiennent en haleine grâce à des révélations savamment distillées au fil des pages. L’histoire gagne alors en profondeur et en émotion. Il est d’ailleurs difficile d’en dire beaucoup sur cette histoire sans risquer d’en déflorer le contenu.

Pierre-Marie et Adeline sont tour à tour attachants ou agaçants, mais ils sont avant tout humains dans leurs qualités comme dans leurs défauts. C’est ce qui fait le charme de ce roman, à savoir d’aborder avec beaucoup de finesse les relations humaines dans ce qu’elles ont de plus riche, l’amitié, l’amour, les relations familiales et la confiance que l’on peut accorder aux personnes qui nous sont chères.

Objet hybride, fruit d’un travail en commun, ce roman est incontestablement une belle réussite où l’on dévore chaque page avec un plaisir non dissimulé.

4/5

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Le monde de Charlie de Stephen Chbosky

Le monde de Charlie

Le monde de Charlie

Titre original : The Perks of being a Wallflower.

Sarbacane, collection Exprim’, 2012, 252 pages. 1ère édition sous le titre « Pas raccord », 2008.

Résumé : Au lycée, Charlie est jugé comme un garçon bizarre, trop sensible. Il se contente de rester dans son coin, jusqu’au jour où Patrick et la jolie Sam, élèves de terminale, le prennent sous leur aile et lui font découvrir la musique, les filles, les fêtes… Une nouvelle vie commence alors pour Charlie.

Critique : L’histoire trouble et émouvante d’un adolescent considéré comme différent par ses camarades qui se confie par le biais de lettres qu’il envoie à un « ami » qu’il ne connait pas directement. C’est un choix original de l’auteur puisqu’en général ce genre de récit est plutôt construit sous la forme d’un journal intime.

L’écriture est fine et sensible, à l’image du jeune narrateur, très attachant. La solitude et le mal être de l’adolescence sont décrits avec beaucoup de pudeur sans jamais sombrer dans les stéréotypes. J’ai été touché par cette histoire et ses personnages et pris dans l’histoire de bout en bout.

On pourra simplement regretter que cette correspondance épistolaire soit à sens unique limitant la diversité des points de vue même si cela permet de resserrer l’intrigue autour du jeune Charlie.

4/5

A noter que ce livre a été adapté récemment au cinéma… Je vous laisse découvrir la bande-annonce…

Inconnu à cette adresse de Kathrine Kressmann Taylor

Inconnu à cette adresse

J’ai Lu, 2012, 85 pages

Nouvelle publiée pour la première fois aux Etats-Unis en 1938

Résumé : La correspondance, de 1932 à 1934, entre deux amis allemands. En 1932, Martin choisit de rentrer en Allemagne avec sa famille. Max, juif, préfère rester en Californie, mais s’inquiète pour sa sœur, actrice, qui mène sa carrière entre Vienne et Berlin. Au cours de leurs échanges, Martin adhère peu à peu à l’idéologie nazie et s’éloigne de Max.

Critique : Devenue un succès au théâtre, cette nouvelle a connu ces derniers mois un fort regain d’intérêt. Sur la forme comme sur le fond, elle est remarquable. Le choix, par son auteure, du récit épistolaire lui permet d’aller droit à l’essentiel, c’est-à-dire, en l’espace de quelques mois, l’acceptation et le soutien massif de la population allemande des années 30 à une idéologie raciste et mortifère.

Certes, format de la nouvelle oblige, la conversion à l’idéologie nazie de Martin est un peu simpliste et rapide, mais elle reste crédible sur le fond. Évacuée de toute description inutile, la confrontation glaçante entre ces deux personnages est passionnante. En s’appuyant sur cette forme, Kathrine Kressmann Taylor évacue tout jugement de valeur quant aux actes de ses personnages. Elle laisse le lecteur seul juge de cette amitié qui vole en éclat, l’entraînant dans un piège macabre étourdissant et inattendu.

Ce récit interpelle d’autant plus qu’il a été écrit dès 1938, comme une terrifiante mise en garde de l’ignominie se mettant peu à peu en place en Europe. Une courte nouvelle que j’ai trouvée passionnante, à découvrir d’urgence.

4,5/5