Frères de sang de Mikaël Ollivier

Frères de sang

Frères de sang

Thierry Magnier, Roman, 2006, 142 pages

Résumé : La famille Lemeunier vit très heureuse dans un quartier huppé. Le père est chirurgien, la mère publicitaire. Brice, le fils aîné, fait des études de cinéma. Martin, le plus jeune, a de bons résultats au collège. Pourtant, un soir, la police sonne à la porte. Brice est arrêté, accusé d’avoir commis cinq meurtres. Rapidement, les preuves s’accumulent, sa culpabilité semble de faire aucun doute. Malgré tout, Martin reste persuadé de l’innocence de son frère. Il décide d’enquêter quitte à mettre sa vie en danger.

Critique : Ce roman de Mikaël Ollivier, à l’écriture directe, concise et efficace fait davantage penser à un scénario de film qu’à un roman. Au cours de la lecture, on comprend mieux pourquoi il a été adapté pour la télévision (France 2). Ce lien fraternel puissant est décrit avec beaucoup de tendresse et je me suis très facilement laissé prendre par ce récit. J’ai cependant regretté le manque d’originalité d’une histoire très balisée, cousue de fil blanc, dont on devine très rapidement les clés. Un ouvrage à réserver aux adolescents, plutôt collégiens, très petits lecteurs, qui vont à coup sûr adorer cette diabolique machination.

3,25/5

L’inconnu du lac ***

L'Inconnu du lac : Affiche

Dans ses œuvres, Alain Guiraudie aime filmer les marges, une France du sud-ouest, ouvrière, homo-bi-sexuelle, aux acteurs très éloignés des critères physiques communément utilisés dans le cinéma gay. Du cinéma naturaliste, généreux, jamais misérabiliste qui avait déjà été remarqué à la quinzaine des réalisateurs en 2009 avec Le Roi de l’évasion.

Son Inconnu du Lac, prix de la mise en scène dans la sélection Un certain regard du dernier Festival de Cannes, s’inscrit dans la même veine à travers cette vision d’un monde gay de province, caché, sans visibilité… Un gay des champs marginal, très éloigné du Marais parisien et de l’intégration sociale des grandes agglomérations. S’inscrivant dans une veine purement naturaliste, Guiraudie montre la solitude affective de ces lieux de drague à travers des personnages attachants qu’il filme avec tendresse, sans fausse pudeur. Les rencontres y sont furtives, sexuelles, risquées, sans engagement.

Les habitudes sont exprimées à travers ce ballet quotidien des voitures, les habitués qui se retrouvent tous les jours ou presque, et les dialogues dont la simplicité a de quoi déstabiliser. Guiraudie imprime ici un rythme lancinent à son récit forcément différent de ce que l’on peut voir habituellement. Mais peu à peu, il instille le venin du drame à la façon d’un Chabrol en faisant entrer le grand méchant loup à la fois si tentant et si dangereux au milieu de la berge-rie.

Un film minimaliste, d’une simplicité désarmante, aux acteurs sensuels, où le charnel côtoie la mort. Un film d’amour noir, riche de ses qualités et de ses défauts, qui continue de vous hanter longtemps après l’avoir vu.

Public Enemies ***

Michael Mann réalisateur des formidables Heat et Collateral, revisite avec Public Enemies le film de gangsters en s’intéressant à une figure du crime des années 30 aux Etats-Unis, John Dillinger. Le résultat est visuellement très abouti et l’on retrouve cette construction du récit qu’apprécie Mann avec une montée progressive de la tension pour aboutir à des scènes de fusillades étourdissantes et éblouissantes. Pourtant l’ensemble reste souvent un peu froid pour totalement convaincre.  En effet, des passages très introspectifs font que l’on est plus proche d’un film comme L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford que des Incorruptibles. Du coup, ceux qui s’attendent à un film de gangsters classique avec beaucoup d’action seront déçus.

Non, ce qui intéresse Mann c’est cette confrontation psychologique entre Dillinger (flamboyant Johnny Depp) et l’agent du FBI chargé de son arrestation (très austère Christian Bale), passant au second plan certains enjeux dramatiques du récit ou restant un peu trop elliptique sur certains choix des personnages. L’histoire d’amour avec la magnifique Marion Cotillard n’est, en ce sens, pas assez approfondie et lyrique pour donner une dimension plus humaine au criminel.

Au final, ce film est un magnifique écrin pour un diamant un peu froid. Il ne faut cependant pas bouder son plaisir devant une telle réunion de talent portée par la musique blues de l’époque. Un très beau film manquant manquant juste parfois d’un peu d’humanité.

Zodiac ****

 
Enfin un grand film américain cette année! Je commençais un peu à désespérer… Face à cette avalanche de suites, certes sympathiques, mais pas transcendantes, je commençais à me dire que les scénaristes d’outre-Atlantique étaient définitivement en panne d’inspiration. Et puis est arrivé le Zodiac de David Fincher. Sur le papier, l’affiche était déjà pour le moins alléchante. Un excellent réalisateur de polars, qui sait se donner les moyens de ses envies (Seven, Panic Room, Fight Club) et manier avec intelligence grand spectacle et réflexion sociétale. Et puis au niveau casting, là on touche au top niveau avec un Jake Gyllenhaal (Brokeback Mountain, Jarhead, Donnie Darko, Le Jour d’après…) formidable qui multpilie les excellents choix et est sans aucun doute devenu l’acteur incontournable du Hollywood des 15 prochaines années, Mark Ruffalo, plus habitué aux seconds rôles, qui peut enfin exprimer ici l’étendue de son talent et Robert Downey Jr. comme toujours parfait en journaliste écorché vif.
 
Le résultat est à la hauteur des espérences! En 2h40 de film, sans temps mort, on se laisse porter par cette histoire de tueur en série qui terrorisa la Baie de San Francisco à la fin des années 60 et au début des années 70. Cette histoire vraie est éminemment cinématographique dans ses rebondissements (un tueur en série avide de notoriété qui n’a jamais été arrêté), mais elle en plus portée par les magnifiques paysages de cette agglomération. Car plus qu’une vulgaire histoire de tueur en série (comme on en a déjà tant vues depuis que le genre a été remis à la mode par Fincher lui-même avec Seven!), ce qui intéresse ici le réalisateur c’est cette angoisse, ce sentiment de panique qui s’insinue dans la population puis, lorsque le tueur ne fait plus parler de lui, c’est cette quête impossible et obessionnelle de ces trois hommes pour résoudre l’énigme, au point de perdre sur le chemin famille et carrière. Au fil du temps on voit le visage de la ville changer, les techniques policières évoluer, aucun détail n’est oublié.
 
Mais bien sûr pour captiver l’attention du spectateur, le scénario multplie les pistes pour mieux nous perdre ensuite. Elles sont mêmes tellement nombreuses que certaines sont un peu sous-exploitées et nous laisse un brin frustrés! Mais qu’importe car l’angoisse est là parfaitement distillée dans quelques scènes d’anthologie, les suspects principaux font froid dans le dos mais, ce qui nous fait vibrer, c’est le processus de réflexion de nos trois héros et en particulier de Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal). En plus, il est porté par la réalisation impeccable d’un David Fincher virtuose au sommet de son art, une image léchée qui évolue dans la chronologie et une musique excellente.
 
Au final, un film brillant et bouleversant dont on ressort ébloui, un jeu du chat et de la souris implacable où le "méchant" a su se montrer le plus intelligent, mais sans aucun doute le meilleur policier qu’il m’ait été donné de voir depuis très longtemps! Un bon conseil, ne ratez pas cette leçon de cinéma signée David Fincher!