Plaire, aimer et courir vite ***

Plaire, aimer et courir vite : Affiche

Plaire, aimer et courir vite

Réalisateur : Christophe Honoré

Au début des années 1990, un jeune étudiant breton (excellent Vincent Lacoste) rencontre un écrivain (non moins excellent Pierre Deladonchamps) qui se sait condamné par la maladie. Le temps d’un été, ils vont s’aimer ; une éducation sentimentale pour l’un, un dernier amour pour l’autre.

Sur ce thème plus ou moins autobiographique, Christophe Honoré compose l’un de ses meilleurs films, brillant dans sa mise en scène, dans sa recomposition d’une époque et dans le portrait qu’il trace d’une génération fauchée par le SIDA. A mi-chemin entre Call Me By Your Name et 120 Battements par minute, Christophe Honoré propose sa vision d’une époque marquée par l’urgence et l’omniprésence de la mort.

Vincent Lacoste, lumineux, apporte ce qu’il faut de légèreté pour éviter que le récit soit complètement plombé par le propos. Face à lui, Pierre Deladonchamps est dans un registre plus complexe dans ce rôle d’écrivain aux portes de la mort, qui doit accepter de vivre une dernière histoire d’amour. Tout en frustrations et en colère, il semble bien souvent antipathique. C’est Denis Podalydès, exceptionnel en voisin et meilleur ami, qui lui apporte ce qu’il faut d’humanité. Ce trio d’acteurs porte magnifiquement ce film.

Passer après les chefs d’œuvres de Luca Guadagnino et de Robin Campillo était un défi que Christophe Honoré relève avec tendresse et humanité. Un très beau film que je vous conseille. ©Lionel Four. lionelfour

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L’inconnu du lac ***

L'Inconnu du lac : Affiche

Dans ses œuvres, Alain Guiraudie aime filmer les marges, une France du sud-ouest, ouvrière, homo-bi-sexuelle, aux acteurs très éloignés des critères physiques communément utilisés dans le cinéma gay. Du cinéma naturaliste, généreux, jamais misérabiliste qui avait déjà été remarqué à la quinzaine des réalisateurs en 2009 avec Le Roi de l’évasion.

Son Inconnu du Lac, prix de la mise en scène dans la sélection Un certain regard du dernier Festival de Cannes, s’inscrit dans la même veine à travers cette vision d’un monde gay de province, caché, sans visibilité… Un gay des champs marginal, très éloigné du Marais parisien et de l’intégration sociale des grandes agglomérations. S’inscrivant dans une veine purement naturaliste, Guiraudie montre la solitude affective de ces lieux de drague à travers des personnages attachants qu’il filme avec tendresse, sans fausse pudeur. Les rencontres y sont furtives, sexuelles, risquées, sans engagement.

Les habitudes sont exprimées à travers ce ballet quotidien des voitures, les habitués qui se retrouvent tous les jours ou presque, et les dialogues dont la simplicité a de quoi déstabiliser. Guiraudie imprime ici un rythme lancinent à son récit forcément différent de ce que l’on peut voir habituellement. Mais peu à peu, il instille le venin du drame à la façon d’un Chabrol en faisant entrer le grand méchant loup à la fois si tentant et si dangereux au milieu de la berge-rie.

Un film minimaliste, d’une simplicité désarmante, aux acteurs sensuels, où le charnel côtoie la mort. Un film d’amour noir, riche de ses qualités et de ses défauts, qui continue de vous hanter longtemps après l’avoir vu.