Billie d’Anna Gavalda

Billie

Billie

Editions Le Dilettante, 2013, 222 p.

Résumé : Billie et Franck, partis pour une ballade dans les Cévennes, sont tombés dans une crevasse et attendent l’arrivée des secours. Franck est blessé, presque inconscient. La nuit est tombée. Billie se souvient de leur amitié scellée à l’adolescence, lorsqu’ils ont dû jouer ensemble une scène d’ « On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset. Depuis, ils sont inséparables.

Critique : Après Marc Levy, dont le roman Et si c’était vrai… m’avait laissé totalement de marbre, je m’attaque pour la première fois à une autre auteure de best-sellers, Anna Gavalda. Je ne sais pas si c’est par ce roman qu’il fallait débuter pour découvrir l’œuvre de cette auteure mais le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été particulièrement emballé.

D’abord pour les deux personnages principaux, pas crédibles très longtemps, on pourrait les voir comme un casting stéréotypé de jeunes un peu paumés tout droit sortis de la téléréalité. Mais rapidement, le style pseudo populaire qu’Anna Gavalda utilise pour faire parler Billie apparaît comme superficiel et largement faux.

Les références culturelles et le phrasé de cette Billie, personnage au demeurant pas antipathique, semblent tellement éloignés de ce quart-monde, que tente de décrire l’auteure, que j’ai été rapidement agacé par autant d’artificialité. Si elle veut décrire l’extrême pauvreté sociale et culturelle, je ne peux que lui conseiller la lecture du roman d’autofiction d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, tellement plus intéressant sur le fond comme sur la forme.

Et puis, j’aurais dû m’en douter en voyant la couverture, que cette histoire est cucul la praline et pétrie de bons sentiments. Après tout, vous allez me dire pourquoi pas, il en faut pour tous les goûts et puis cela rend les deux héros sympathiques. Mais le problème est qu’à force de faire dans l’histoire gentillette et généreuse, Anna Gavalda fait perdre à son récit toute crédibilité et tout enjeu dramatique. Il n’y a aucune surprise, aucun suspense, tant et si bien qu’en refermant ce roman, on se demande… Tout ça pour ça ? Heureusement, ce roman est vite lu, mais il est encore plus vite oublié.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas avec Billie qu’Anna Gavalda m’aura convaincu, une autre fois peut-être…

1,75/5

En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

En finir avec Eddy Bellegueule

Seuil, 2014, 219 p.

Résumé : Eddy Bellegueule grandit dans une petite ville ouvrière de Picardie. Trop délicat et sensible, il est l’objet de moqueries, d’humiliations et de violence de la part de ses camarades de classe. Ce n’est pas dans sa famille, ignorant son mal être, où les propos racistes et homophobes fusent, qu’il peut trouver du réconfort. Pourtant, Eddy tente tout, même d’avoir une petite amie pour faire illusion. Il témoigne de cette enfance sacrifiée, des persécutions dont il a été victime, dans ce roman d’autofiction.

Critique : En débutant ce livre, je m’attendais à un énième ouvrage traitant de l’homophobie à l’adolescence et de la difficulté de se construire pour un jeune gay dans un univers totalement hétéronormé. C’est bien sûr, la thématique central de ce livre à mi-chemin entre fiction et réalité. Edouard Louis (Eddy Bellegueule de son vrai nom) décrit les violences qu’il a subies avec une plume directe et âpre.

Pour autant, ce sont plutôt les passages traitant du conditionnement social et de la déstructuration du monde ouvrier qui sont les plus réussis et passionnants. Le chômage, la pauvreté et le déterminisme social sont au cœur de cet ouvrage qui pourrait même apporter quelques clés pour comprendre ce monde ouvrier en déliquescence, abandonné à lui-même, sans perspective et qui se réfugie dans le machisme, la haine de l’autre et les extrêmes.

Enfin, les relations avec ses parents, son père en particulier, sont traitées avec beaucoup de dureté, sans doute Edouard Louis avait un certain nombre de comptes à régler, mais on ressent à chaque page, et de manière très poignante, ce besoin d’un enfant d’être aimé, malgré tout, par ses parents. Dans les dernières pages, on sent même poindre une possibilité de relations familiales plus apaisées, malgré un certain manque de recul.

Un premier roman fort, émouvant et troublant, en dépit de toutes ses maladresses. Un auteur à suivre.

4/5