Matin Brun de Franck Pavloff

Matin brun

Matin brun

Editions Cheyne, 1998, 11 pages

Résumé : Le narrateur et Charlie vivent la montée d’un régime politique extrême, l’État brun. Alors que les lois racistes et liberticides se multiplient, eux se disent qu’ils sont en sécurité, protégés par ce nouveau régime. Pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux. Mais ne risquent-ils pas de payer le prix de leurs petites lâchetés quotidiennes ?

Critique : Cette très courte nouvelle de Franck Pavloff décrit parfaitement, en quelques pages (onze seulement), le processus de mise en place d’un régime totalitaire et d’élimination des opposants.

L’auteur montre comment personne ne réagit à la perte progressive des libertés et comment l’étau se referme peu à peu sur chaque citoyen qui devient suspect par défaut et coupable jusqu’à preuve du contraire. L’absurdité des régimes fascistes et de leur xénophobie est parfaitement décrite en quelques lignes.

Cette nouvelle est une merveille d’intelligence qui dit l’essentiel sans profusion de mots. Sans indication temporelle ou spatiale, ces quelques pages sont universelles. Elles sont un plaidoyer simple et efficace pour la liberté de penser et le droit à la différence.

En ces temps de montée des populismes et des haines abjectes, à découvrir et à faire découvrir, notamment aux jeunes lecteurs.

4,25/5

Inconnu à cette adresse de Kathrine Kressmann Taylor

Inconnu à cette adresse

J’ai Lu, 2012, 85 pages

Nouvelle publiée pour la première fois aux Etats-Unis en 1938

Résumé : La correspondance, de 1932 à 1934, entre deux amis allemands. En 1932, Martin choisit de rentrer en Allemagne avec sa famille. Max, juif, préfère rester en Californie, mais s’inquiète pour sa sœur, actrice, qui mène sa carrière entre Vienne et Berlin. Au cours de leurs échanges, Martin adhère peu à peu à l’idéologie nazie et s’éloigne de Max.

Critique : Devenue un succès au théâtre, cette nouvelle a connu ces derniers mois un fort regain d’intérêt. Sur la forme comme sur le fond, elle est remarquable. Le choix, par son auteure, du récit épistolaire lui permet d’aller droit à l’essentiel, c’est-à-dire, en l’espace de quelques mois, l’acceptation et le soutien massif de la population allemande des années 30 à une idéologie raciste et mortifère.

Certes, format de la nouvelle oblige, la conversion à l’idéologie nazie de Martin est un peu simpliste et rapide, mais elle reste crédible sur le fond. Évacuée de toute description inutile, la confrontation glaçante entre ces deux personnages est passionnante. En s’appuyant sur cette forme, Kathrine Kressmann Taylor évacue tout jugement de valeur quant aux actes de ses personnages. Elle laisse le lecteur seul juge de cette amitié qui vole en éclat, l’entraînant dans un piège macabre étourdissant et inattendu.

Ce récit interpelle d’autant plus qu’il a été écrit dès 1938, comme une terrifiante mise en garde de l’ignominie se mettant peu à peu en place en Europe. Une courte nouvelle que j’ai trouvée passionnante, à découvrir d’urgence.

4,5/5