Ma vie avec Liberace ***

Ma vie avec Liberace : Affiche

Après avoir mis ses acteurs à nu (au sens propre) dans Magic Mike, Steven Soderbergh s’intéresse à l’une des stars du Music Hall américain des années 70-80, homosexuel dans le placard, Liberace. Tant et si bien qu’on se demande si le réalisateur ne serait pas en train de nous faire son coming-out par films interposés ! Plus sérieusement, ce film est d’une richesse inouïe tant dans son contenu, que dans le jeu des acteurs, ou dans la reconstitution d’une époque. Ma vie avec Liberace est une indéniable réussite, l’un des meilleurs films de l’année qui n’a pourtant pas eu droit à une sortie en salle aux Etats-Unis, car jugé trop « gay », on croit rêver…

Au-delà de cette histoire d’amour entre un Michael Douglas exceptionnel et un Matt Damon non moins excellent, Soderbergh propose un drame puissant, au kitsch excessif assumé et à l’humour féroce. A travers ce personnage excentrique, le réalisateur propose la satyre d’une société américaine schizophrène, obnubilée par le succès, se régalant des excès de ses célébrités mais prompte à les condamner au moindre scandale. En quête d’une éternelle jeunesse, Liberace, tel un vampire, monstre dominateur profitant de sa richesse et de son statut, croque les jeunes hommes, les façonne à son image pour mieux les jeter dès qu’ils se sont brûlés les ailes à son contact.

Cette histoire d’amour vouée à l’échec est au final très prévisible, mais cette esthétique et ces personnages flamboyants et excessifs nous entraînent dans une descente aux enfers vertigineuse. On pourra reprocher à la dernière partie du film, très mélodramatique, d’être un peu agaçante sur la forme et moins originale, mais cela ne gâche en rien ce biopic d’une densité rare. A mi-chemin du cinéma indépendant, Soderbergh démontre une nouvelle fois qu’il est un très grand réalisateur, d’autant plus lorsqu’il s’affranchit de l’influence des grands studios hollywoodiens…

Elysium ***

Elysium : Affiche

Ce film de science-fiction, efficace et ambitieux, marque le retour du génie sud-africain Neill Blomkamp après le succès de District 9. Le réalisateur, visiblement, marqué par l’Apartheid, continue dans Elysium à dénoncer avec force et efficacité les inégalités sociales et raciales. A la tête d’un casting 4 étoiles, il propose l’un des blockbusters les plus intéressants de l’année. La force de ce film d’anticipation est d’abord d’être effroyablement crédible avec une Terre apocalyptique, invivable, abandonnée par les plus riches, quand les plus pauvres, réduits à l’état de quasi esclaves, meurent par milliers de la violence et de l’absence de soins.

Matt Damon retrouve ici un rôle musclé, à sa mesure, quand Jodie Foster prend visiblement un pied fou à jouer une garce avide de pouvoir. Alors, certes, tout cela est très manichéen, parfois un poil simpliste, mais qu’il est bon de se trouver face à une grosse production portant un message social et politique fort. Les effets spéciaux sont impressionnants. On retrouve toutes les qualités techniques et le sens du rythme du précédent film du réalisateur. Au final, comme pour District 9, je n’ai regretté que le combat final aussi bruyant qu’inutile dans ce film par ailleurs admirablement construit et visuellement réussi. Mais cela plaira sans aucun doute aux ados, indispensables pour rentabiliser un tel film.

En ces heures où les studios de cinéma américains semblent manquer cruellement d’inspiration, se contentant d’épuiser des filons commerciaux sous forme de suites, de franchises ou d’adaptations de séries littéraires pour ados, cet Elysium fait figure d’exception et de bouffée d’air bienvenue. Son succès en salle démontre que public est en demande d’inventivité et d’originalité. Un bon film pop corn, à voir !

Contagion ***

Contagion : affiche

En 2001, avec Traffic, Steven Soderbergh signait l’un de ses meilleurs films, si ce n’est le meilleur. Il revient à la même veine avec Contagion, à savoir un problème international (un virus après la drogue) et différents points de vue en fonction des diverses zones géographiques. Le but reste le même, être au plus proche de la réalité et dénoncer l’hypocrisie de certains qui profite de la situation par ambition personnelle.

Avec Contagion, le résultat est glaçant, d’autant plus que Soderbergh ne tombe jamais dans les effets faciles ou les scènes de panique courantes dans ce genre de films. Il cherche au contraire à rester le plus crédible possible, quitte à parfois perdre un peu en proximité avec ses personnages. Qu’importe, lorsque le simple fait de toucher un objet devient mortel, on est pris de vertige. Le film est assurément à déconseiller aux hypocondriaques, surtout à l’approche des épidémies de grippe ! Tout cela est donc d’une redoutable efficacité et en sortant, on se surprend à ne plus regarder les gens qui toussent de la même façon !

Il faut dire que Soderbergh prend un plaisir presque sadique à faire mourir ses acteurs, à ce jeu de massacre, Gwyneth Paltrow ne fait pas long feu ! Pourtant, on aurait aimé un peu plus de temps pour apprécier chacun de ces personnages car en les multipliant, le réalisateur perd un peu en profondeur psychologique. Le casting est pourtant impeccable, avec en tête un Matt Damon formidable, dans son rôle le plus adulte à ce jour. C’est pourquoi, on aurait aimé partager un peu plus leurs angoisse car on sent ce potentiel trop peu exploité. Reste un oeil intéressant posé sur les angoisse américaines post-11 septembre.

La vengeance dans la peau ***

 

Un film d’une efficacité renversante qui clôt magistralement la trilogie Jason Bourne grâce à la caméra virtuose de Paul Greengrass qui filme ses acteurs au plus près. On retrouve, là, la patte réaliste de son génial Bloody Sunday. On est tout le long du film au plus près de Jason Bourne, on court avec lui, on souffre pour lui, mieux on souffre avec lui! Beaucoup plus réaliste que la série des James Bond (Même si le dernier a un peu changé la donne), cette trilogie, on la gardera "dans la peau" comme l’une des meilleures séries de thrillers high Tech, d’espionnage de ces dernières années! Non, les agents secrets ne sont pas morts… Ils tuent encore! Le scénario complexe, multiplie les rebondissements et retournements de situations en restant toujours très cohérent. Quant à Matt Damon, il démontre une puissante présence physique qu’on ne lui connaissait pas jusqu’à présent. Avec, également, son très grand rôle dans Raisons d’Etat de De Niro, il confirme qu’il est l’acteur incontournable actuellement à Hollywood!

Raisons d’état ***

Pas moins de 13 ans après Il était une fois dans le Bronx, Robert De Niro revient pour notre plus grand plaisir à la réalisation. Il nous propose un film glacial et complexe sur la vie d’Edward Wilson, l’un des fondateurs de CIA. Oui, il ne faut pas mettre d’article avant CIA, vous en aurez l’explication en allant voir le film! On suit la vie de cet homme, responsable du contre-espionnage, surnommé Mother, magistralement interprété par Matt Damon qui trouve là sans aucun doute l’un de ses plus beaux rôles et qui prend une épaisseur jamais atteinte jusqu’à ce jour!
 
La construction chronologique est particulièrement habile puisqu’on se ballade sur une vingtaine d’années entre la Seconde Guerre Mondiale, Londres sous le Blitz et Berlin en ruine, jusqu’à l’élection de Kennedy et l’échec calamiteux du débarquement dans la Baie des Cochons à Cuba. De la lutte contre les Nazy à celle contre les soviétiques, on suit par d’intelligents allers-retours, les changements d’alliance, les double jeux, où rien n’est tout noir ou tout blanc. Non, ce film se situe dans les multiples nuances de gris où l’ami d’hier devient ennemi et inversement.
 
Alors oui, c’est un film fleuve (près de trois heures!), très loin des James Bond, auquel on pourrait trouver quelques longueurs et qui nécessite une attention toujours soutenue (celui qui décroche ne serait-ce que quelques minutes sera complètement paumé!). Ne vous attendez pas à voir des effets pyrotechniques avec des espions qui se poursuivent en voiture ou qui réalisent des casacades incroyables, ici, on se trouve dans le réel, avec des luttes d’influences et des stratégies, où sont sacrifiés des pions comme sur un immense jeu d’échecs mondial. Car chaque scène a son importance dans le déroulement et la compréhension de l’action, rien n’est là pour rien… C’est ce qui fait la force et la complexité incroyable de ce film.
 
L’élégance de la réalisation et la qualité de la reconstitution en font un très grand film d’une précision clinique, glaçant le sang de bout en bout! La force de De Niro est d’arriver à mêler grande histoire et vie familiale, double-jeu des personnages maintenant toujours une tension incroyable dans tous les dialogues et quelques scènes choc très fortes, ébouriffantes.
 
Bref, courez voir ce grand film!