La Belle Rouge de Poppy Z. Brite

La Belle Rouge

La Belle Rouge de Poppy Z. Brite

Au Diable Vauvert, Titre original : Prime, 2009, 488 pages

Résumé : A La Nouvelle-Orléans, le restaurant sur la thématique de l’Alcool de Rickey et G-Man est un succès, pourtant Humphrey Wildblood, le critique gastronomique du Cornet les descend en flèche dans sa dernière critique. Les deux jeunes chefs tentent d’en comprendre la cause. Dans le même temps, ils espèrent pouvoir se passer de leur encombrant actionnaire, Lenny Duveteaux. C’est pourquoi, Rickey décide de se rendre à Dallas pour une mission de consulting très bien payée, afin de relancer un établissement en difficulté. Il est loin de se douter que cette mission, en apparence anodine, va lui attirer les pires ennuis…

Critique : Après le sympathique et délicieux Alcool, Poppy Z. Brite poursuit avec La Belle Rouge les aventures du couple de cuisiniers le plus en vue de La Nouvelle-Orléans, Rickey et G-Man. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à leur corps défendant, ils ont le don de se mettre dans les pires situations.

Entre les combines mafieuses de leur associé et le sauvetage périlleux d’un restaurant à Dallas, ce second volet apporte autant de péripéties et de rebondissements que le précédent. Le suspense est mieux tenu, même si l’on peut regretter encore quelques longueurs. Mais qu’importe, on s’est pris d’amitié pour Rickey et G-Man dès le premier tome et l’on veut connaître la suite de leurs aventures.

Après l’alcool de Louisiane, c’est au tour de la viande du Texas d’être à l’honneur. On aimerait presque que l’auteure insiste davantage sur ce terroir américain trop souvent relégué au second plan derrière la nourriture industrielle et la malbouffe. Je me suis laissé prendre par ce second tome, même si l’on reste dans un schéma narratif relativement proche du premier. Les 100 dernières pages se dévorent et, après tout, on n’en attend pas plus d’un roman policier réussi.

Une lecture agréable, que je vous conseille, pour redécouvrir, au-delà des clichés, l’atmosphère du sud des Etats-Unis.

4/5

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Les faibles et les forts de Judith Perrignon

Les faibles et les forts

Les faibles et les forts

Editions Stock, LGF, Le livre de poche, 2013, 148 pages.

Résumé : Un matin, la police a débarqué chez Dana, fouillant au corps son fils aîné, Marcus, et retournant toute la maison afin de trouver, sans succès, de la drogue. Les membres de la famille, choqués, décident cependant de maintenir leur pique-nique au bord de la rivière. Comme tous les étés en Louisiane la chaleur est insoutenable et tous souhaitent pouvoir se rafraîchir et oublier les événements de la matinée. Pourtant, trois adolescents de la famille et trois de la famille voisine mourront noyés dans la Red River sous les yeux de leurs proches, impuissants. Comme la plupart des adolescents noirs du Sud des Etats-Unis, ils ne savaient pas nager. Ce livre s’inspire d’un fait divers survenu à Shreveport en août 2010.

Critique : Ce court roman inspiré d’un fait divers réel met en parallèle la ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis dans les années 40-50, en s’appuyant sur le personnage de la grand-mère, et ses conséquences encore prégnantes dans la société américaine actuelle. A partir d’un constat « 60% des enfants afro-américains ne savent pas nager », Judith Perrignon démontre comment un système s’est perpétué sur plusieurs générations malgré les lois. C’est en même temps une démonstration admirable qu’un droit acquis dans la loi doit, ensuite, être conquis dans les faits.

Ce roman est l’une des œuvres les plus admirables et les plus efficaces qu’il m’ait été donné de lire sur le thème de la lutte contre le racisme. Le système ségrégationniste se perpétue, dans les faits, plus de 50 ans après les combats victorieux des droits civiques. D’ailleurs, les émeutes du printemps dernier à Baltimore, sur la côte Est, ont rappelé douloureusement que les violences policières et les injustices à l’encontre des afro-américains restent de mise. Ce roman reste, malheureusement, d’une actualité brûlante.

La construction habile du récit permet de passer du point de vue d’un personnage à l’autre tout en progressant dans l’intrigue. J’ai été saisi par ce drame bouleversant qui donne beaucoup à réfléchir sur le chemin qu’il reste encore à accomplir dans la lutte contre le racisme. Au-delà de l’histoire, l’écriture aussi est admirable, les pages les plus prenantes étant celles où l’on se retrouve dans les pensées de la grand-mère, Mary Lee. L’auteure s’efface totalement derrière ses personnages, elle va à l’essentiel, dans un récit court, sans fioriture, d’une efficacité redoutable, qui sonne comme un uppercut.

Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce court roman, incontournable et important.

4,25/5

Alcool de Poppy Z. Brite

Alcool

Alcool

Editions Au Diable Vauvert, 2008, 461 pages

Résumé : Rickey et G-man deux excellents cuisiniers, mais totalement fauchés, souhaitent ouvrir un restaurant thématique à La Nouvelle Orléans où chaque plat sera relevé par un alcool. Pour cela, il va leur falloir trouver des investisseurs, un local, une équipe, quitte à se rapprocher de personnes pas toujours très fréquentables. Mais surtout, ils vont découvrir qu’ils n’ont pas que des amis autour d’eux et qu’on les attend au tournant.

Critique : Poppy Z. Brite, l’auteure de romans horrifiques de La Nouvelle-Orléans, fille spirituelle d’Anne Rice, se lance dans une trilogie culinaire gay décalée dont Alcool est la mise en bouche.

L’écriture est efficace et rapidement on se prend de sympathie pour ce couple de loosers attachants, Rickey et G-man. Ce roman nous plonge dans l’atmosphère si particulière de cette ville pas comme les autres.

Alors que je m’attendais à un roman policier assez violent, à l’image des précédents romans de l’auteure que j’avais pu lire, il n’en est rien. L’intrigue policière est minime et n’est clairement pas le cœur de l’histoire. Ici, il est plutôt question de la cuisine cajun remise au goût du jour et généreusement arrosée d’alcools. On suit toutes les étapes de la création de ce restaurant, les nombreux obstacles que vont devoir surmonter Rickey et G-man et les quelques personnages louches avec lesquels ils vont devoir frayer.

Une lecture sympathique, agréable et originale, où j’ai juste regretté le trop faible suspense, mais qui se laisse boire sans modération.

4/5

Ceux qui rêvent de Pierre Bordage

Ceux qui rêvent

Ceux qui rêvent

J’ai Lu, Flammarion, 2010, 316 pages

Résumé : Un an après la répression sanglante, Jean et Clara vivent toujours dans la clandestinité. Un soir Clara est enlevée par son père pour être mariée de force à l’homme le plus puissant de la Nouvelle-France, l’un des 5 royaumes d’Amérique du Nord. Jean se lance dans une course contre la montre à travers l’Atlantique et l’Amérique afin de retrouver celle qu’il aime. Dans le même temps, Élan Gris, jeune indien d’Amérique quitte la réserve, où son peuple est parqué, afin de rejoindre le pays de ses visions.

Critique : J’avais été globalement bluffé par le premier volume de cette uchronie, « Ceux qui sauront » et je me suis donc plongé dans la suite des aventures de Jean et Clara. Pierre Bordage propose cette fois-ci une course poursuite à travers les États-Unis, divisés en cinq royaumes suite à la guerre de reconquête menée par les européens.

Si j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver les deux jeunes héros, le contexte politique qui faisait le sel du roman précédent n’est là qu’un prétexte un peu artificiel. En effet, l’auteur ne donne que peu de détails sur la guerre de reconquête et s’attarde assez peu sur le système politique mis en place en dehors du royaume du Sud, assez proche de ce qu’aurait pu être la Louisiane si elle n’avait pas été vendue par Napoléon…

Pour le reste peu de surprise. L’auteur profite de sa traversée de l’Atlantique pour ajouter un protagoniste à son histoire, un jeune amérindien. Là encore, l’uchronie n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Au fond, ce deuxième roman aurait très bien pu se passer dans l’Amérique du 19e siècle ou du début du 20e siècle sans que cela apporte de grande différence dans son déroulement. On est entraînés dans une course poursuite à travers les ex-États-Unis jusqu’au dernier îlot de liberté subsistant autour de la Californie.

L’action est omniprésente et cela permet à Pierre Bordage de conclure pleinement son récit, même s’il laisse la porte ouverte à un possible troisième tome. Au final, il en reste une lecture agréable mais moins surprenante et fouillée que pour le premier volume.

3/5

Le Domaine Blackwood d’Anne Rice

Chronique des vampires : le domaine Blackwood

Plon, 2009, 583 pages

Résumé : Tarquin Blackwood va à la rencontre de Lestat afin qu’il l’aide à se libérer d’un double maléfique qui le hante depuis son enfance. A mesure qu’il conte son histoire, celle de sa famille et du domaine qu’elle occupe en Louisiane depuis des décennies, le danger se fait plus pressant. Sa quête de vérité a fait ressurgir d’abominables secrets et les lourds liens du sang mettent en danger toute la famille Blackwood.

Critique : C’est à un nouvel épisode monumental que nous convie Anne Rice avec ce Domaine Blackwood, avant-dernier tome de la série vampirique démarrée avec Entretien avec un vampire.

Si l’on peut une nouvelle fois reprocher à Anne Rice d’étirer un peu trop son propos en longueur (elle aurait pu facilement gagner une centaine de pages), force est de constater que ce volume est malgré tout très réussi. Sur le fond, il est, comme toujours, riche de détails et de recherches, l’écrivain ne cachant pas son goût pour les arts et la culture européenne.

Ensuite, elle sait installer peu à peu le mystère et l’angoisse, ménageant un réel suspense et distillant les révélations comme dans un roman policier. On se laisse prendre par la qualité d’un récit enfin retrouvée après plusieurs tomes inégaux. D’ailleurs, point n’est besoin d’avoir lu les tomes précédents pour comprendre le récit.

Ici, les inquiétants marais de Louisiane constituent un personnage à part entière, quant au jeune Tarquin, il est un grand personnage romanesque qui jouera à coup sûr un rôle majeur dans le dénouement de la série aux côté du désormais célèbre Lestat.

4,25/5