Des jours sans fin de Sebastian Barry

Des jours sans fin

Auteur : Sebastian Barry

Joëlle Losfeld éditions, Gallimard, 2018, 258 pages.

Résumé : Jeune émigré irlandais, orphelin avant l’âge de 15 ans, Thomas McNulty cherche sa place dans l’Amérique du milieu du XIXème siècle. Du rude milieu des grandes plaines de l’Ouest, où il est confronté aux combats contre les indiens, à son engagement du côté de l’Union dans la guerre de Sécession, il est confronté à la violence de l’histoire. Son destin est lié à celui de John Cole, l’ami et l’amour de sa vie. Ensemble, ils construisent une famille différente avec Winona, leur fille adoptive Sioux.

Critique : Je lis rarement des romans historiques, aussi je remercie les éditions Gallimard et Joëlle Losfeld de m’avoir fait parvenir Des jours sans fin de Sebastian Barry dans le cadre d’une opération Masse Critique du site Babelio. Je les remercie d’autant plus que je me suis laissé totalement embarquer par ce roman ambitieux, au souffle épique détonnant et d’une grande modernité sur le fond.

Le narrateur est le jeune Thomas McNulty personnage ambivalent, à l’identité de genre ambigüe, qui aime se travestir et vivre habillé en femme, tout en s’engageant comme soldat de l’Union confronté aux violences les plus extrêmes dans la lutte contre les indiens de l’Ouest ou dans la Guerre de Sécession. Sebastian Barry n’hésite pas à décrire dans les moindre détails le quotidien des soldats, la boue, le froid, les excréments, la violence et les atrocités épouvantable au jour le jour.

Face à cette dureté, parfois à la limite de l’insupportable, il y a ces scènes de vie quotidienne avec son amant John Cole et leur fille adoptive Winona, qui prennent le lecteur à contre-pied par leur douceur et leur humanité. Ensemble, ils forment une famille d’une grande modernité dans une Amérique qui peine à sortir de l’esclavage dans le Sud et qui massacre les indiens par milliers dans l’Ouest.

Ce roman prend aux tripes le lecteur et ne le lâche pas à un seul moment grâce à son rythme soutenu et à la volonté de Sebastian Barry de se mettre à hauteur d’hommes. Il ressort de ce roman un grand humanisme et une critique viscérale de la violence et de la guerre. A chaque page, l’absurdité et l’inutilité des massacres est mise en avant. J’ai été souvent bouleversé par ce roman. Incontestablement une grande réussite que je vous conseille de découvrir.

4,5/5

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Treize façons de voir de Colum McCann

Treize façons de voir

Treize façons de voir de Colum McCann

Belfond, 2016, 305 pages.

Résumé : Un court roman et quatre nouvelles portant sur les diverses formes de violences mais aussi sur l’espoir, le temps qui passe, le pardon.

Mon avis : Ce recueil de nouvelles est le premier ouvrage de Colum McCann que je lis. Une occasion de découvrir cet auteur qui a rencontré plusieurs succès critiques et publics. Je remercie les éditions Belfond et le site Babelio qui m’ont fait parvenir Treize façons de voir dans le cadre d’une opération « Masse critique ».

J’ai assez peu l’habitude de lire des recueils de nouvelles, mais je dois dire qu’en cette période de montée insupportable des haines, cette thématique de la violence vue à travers différents prismes a éveillé mon intérêt. Mais si la thématique se veut identique, ces cinq textes sont pourtant très divers tant sur la forme que sur le fond. Au-delà de la violence, Colum McCann analyse ses conséquences entre vengeance et pardon, grâce à une construction psychologique des personnages particulièrement réussie.

D’abord l’ouvrage débute par un court roman qui donne son nom au recueil. Il constitue à lui seul plus de la moitié de l’ouvrage. C’est un texte poignant où est abordée la relation complexe entre un père et son fils. On plonge littéralement dans la psychologie de ce vieil homme qui aime son fils mais en même temps désapprouve ce qu’il est devenu. C’est un texte fort et émouvant dont je n’ai regretté que la fin expédiée un peu rapidement.

Il est suivi par un second texte, très court, plus anodin. Son seul intérêt est de montrer les étapes de la construction d’un texte par un écrivain. J’ai trouvé qu’il s’agissait plus d’une ébauche que d’une nouvelle en tant que telle. Bref, un passage décevant, heureusement très court.

Avec Sh’khol, Colum McCann aborde, cette fois, la relation mère-fils et l’angoisse de la disparition. Ce texte, plus long, est une réussite, même si pour moi, la fin est totalement ratée et quelque peu hors-sujet par rapport au thème traité. C’est dommage car l’étude psychologique de cette mère adoptive est passionnante.

Le quatrième texte, Traité, est une réussite totale, peut-être même le meilleur de ce recueil. La réflexion autour de la reconstruction psychologique d’une nonne, victime d’un traumatisme, est particulièrement forte et émouvante. Je me suis laissé prendre dans cette histoire qui est assurément un grand texte, éprouvant mais d’une rare puissance. Ces 50 pages justifient à elles seules la lecture de ce livre.

La dernière nouvelle, Comme s’il y avait des arbres, est en revanche une déception. Très courte, un peu brouillonne, peu claire, l’auteur est passé à côté de son propos sur la violence sociale et la pauvreté.

Au final, je retiens un recueil de nouvelles globalement inégal avec des fulgurances mais aussi quelques ratages. Une série de textes malgré tout passionnants à lire, souvent émouvants, que je vous conseille de découvrir.

3,5/5