La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker

La vérité sur l'affaire Harry Quebert

La vérité sur l’affaire Harry Quebert

Editions de Fallois / L’Âge d’Homme, 2007, 667 pages

Prix Goncourt des lycéens 2012, Grand Prix du roman de l’Académie française

Résumé : En 1975, à Aurora dans le New Hampshire, Nola Kellergan, une adolescente de 15 ans, disparaît mystérieusement. En 2008, le cadavre de la jeune fille est retrouvé enterré dans le jardin du célèbre écrivain, Harry Quebert. Il est immédiatement arrêté par la police et accusé du meurtre. Marcus Goldman, jeune auteur, en mal d’inspiration après le succès de son premier roman, décide de mettre sa carrière entre parenthèse pour venir en aide à son mentor et ami, Harry. Mais Marcus est loin de se douter que son enquête va réveiller des vieux démons.

Critique : Voilà, sans aucun doute, LE grand succès littéraire de l’année 2012-2013. Pour son deuxième roman, Joël Dicker propose un polar totalement addictif dont on dévore les plus de 600 pages à vitesse grand V.

Dès les premières pages, j’ai été embarqué par cette histoire dont le mode narratif n’est pas sans faire penser à un épisode de Cold Case. La construction du récit est très habile entre les divers flash-back à des périodes différentes, le suspense est habilement maintenu avec des rebondissements très nombreux.

Ajoutez à cela une réflexion intéressante sur ce qu’est le travail de l’écrivain et la création littéraire, beaucoup d’humour et d’autodérision, une écriture fluide et agréable, et vous obtenez un excellent roman à découvrir de toute urgence.

4,5/5

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Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

Actes Sud, 2010, 153 pages

Prix Goncourt des lycéens, 2010.

Résumé : En mai 1506, Michel-Ange débarque à Constantinople désormais occupée par les ottomans. Il répond à l’invitation du sultan Bajazet qui lui demande de construire un pont sur la Corne d’Or. Loin de Rome et de son pape mauvais payeur, l’artiste découvre une autre civilisation, flamboyante, qui influencera son art.

Critique : Pour ce roman, Mathias Enard propose une plongée étourdissante dans la Renaissance et dresse le portrait d’un de ses plus célèbres artistes, Michel-Ange. Il s’appuie sur une courte période, peu connue, de la vie de l’artiste qui n’est en fait qu’un prétexte pour nous plonger dans l’atmosphère d’une Constantinople en transition, en passe de basculer dans le monde ottoman.

Ce sont d’ailleurs les passages sur la découverte de ce monde oriental par Michel-Ange qui sont les plus intéressants dans le roman et l’on pourra reprocher à Enard de ne pas s’y attarder suffisamment préférant la noire poésie d’un triangle amoureux destructeur, ou encore la relation souvent conflictuelle entre artiste et mécène. Ces hésitations en font un roman hybride à l’écriture parfois un peu trop empesée.

J’en suis ressorti avec un goût d’inachevé mais, malgré tout, ce roman est d’une puissance et d’une poésie rare entre langueur orientale, jalousie amoureuse et processus créatif. Une œuvre qui mérite indéniablement qu’on s’y arrête.

3,75/5

La meilleure part des hommes de Tristan Garcia

La meilleure part des hommes

Gallimard, 2008, 305 pages

Prix de Flore, 2008.

Résumé: A la fin des années 1990, l’affrontement de deux personnalités du milieu homosexuel après les années SIDA, Dominique Rossi, fondateur de l’association Stand, et William Miller, écrivain scandaleux à la mode. Ils s’aiment et se haïssent sous les yeux de la narratrice, Elizabeth Levallois, journaliste à Libération, et de son amant, Jean-Michel Leibowitz, intellectuel médiatique.

Critique: A la croisée des chemins entre fiction et réalité, Tristan Garcia a choisi, pour son premier roman, de mettre en scène l’amour et la haine qui ont réuni et opposé deux personnages du monde littéraire et intellectuel parisien, Didier Lestrade (Dominique Rossi), fondateur d’Act Up (Stand), et Guillaume Dustan (William Miller).

L’auteur, à juste titre, se garde bien du moindre jugement de valeur, il se fait le témoin de ces relations pour le moins houleuses à travers le personnage de la journaliste et de son amant Jean-Michel Leibowitz (Alain Finkielkraut). Mais, il n’hésite pas à prendre ses distances avec la réalité afin de mener une réflexion plus profonde sur la haine et le pouvoir médiatique. Ce sont ces passages qui sont les plus intéressants.

Si j’ai peiné, d’abord, à suivre la mise en place pour le moins laborieuse des pions qui vont constituer cette tragédie, je me suis peu à peu laissé prendre par ce récit ambitieux et complexe qui donne à voir la fine frontière qui sépare l’amour de la haine la plus profonde. Ce roman, parfois agaçant par son formalisme, pourra faire fuir ceux qui n’appartiennent pas au milieu intellectuel parisien, pourtant, il est passionnant sur le fond.

Autour du SIDA et du changement de millénaire, Tristan Garcia nous donne à voir la fin d’une période et le début d’une autre. Il nous expose ce que sont les rapports de force dans ce qu’ils ont de plus nobles et de plus vils. Jusqu’aux émouvantes dernières pages, où il exprime toute la complexité et les contradictions du personnage de William, auteur qui s’est perdu dans son obsession pathologique de l’autofiction et ses délires paranoïaques.

4/5

Sacs de pluie de Lionel Armand

 

Sacs de pluie

L’Harmattan, coll. Théâtre des 5 continents, 2012, 114 pages

Pièce en 1 acte pour une femme et 4 hommes

Résumé : Gildas, le délégué syndical risque d’être remis en cause par Tanguy lors des prochaines élections. Rodolphe et Maxime hésitent à remettre en cause leur ami et à dénoncer un système qui les protège. Mais on parle de licenciements et d’argent détourné. Et puis il y a la belle et jeune Axelle qui fait tourner les cœurs et les têtes…

Critique : Appréciant son travail de metteur en scène dans une compagnie de théâtre proche de chez moi, je me suis plongé avec intérêt dans la lecture de cette pièce de théâtre. Elle est à son image, radicale et sans concession, avec un regard plein d’espoir mais souvent désabusé sur le monde du travail et l’humanité de manière plus générale. Le texte mérite du temps pour être absorbé et propose une analyse juste de l’effondrement progressif des luttes sociales. Les crédits à payer, l’évolution des modes de consommation, la peur du chômage… Peu à peu, le monde ouvrier a accepté le recul de ses droits, se berçant de l’illusion du progrès social. Le drame se noue peu à peu autour de beaux monologue, entre rivalités syndicales ou amoureuses et détournements d’argent. Une pièce émouvante qui crie la désespérance sociale ouvrière.

4/5

Le Plongeon d’Olivier Delorme

Le Plongeon

H&O Editions, 2002, 313 pages

Résumé : Iris, Marc et Mathias se retrouvent, comme chaque été, dans leur maison, sur une île de la mer Egée. Ils retrouvent les plaisirs de la mer et de la table. Marc doit écrire un article sur une étrange découverte archéologique. Mais les présences de Loukas et d’Iannis, un Grec exilé dont le père a disparu lors du coup d’Etat des Colonels, viennent perturber l’équilibre amoureux du trio. Et puis le volcan gronde, la terre tremble. Mme Eva, la patronne du village de vacances voisin, est vitriolée. Les soupçons du capitaine de gendarmerie, nostalgique de la dictature, se portent sur « les étrangers ». Chacun devra accomplir, cet été-là, un parcours initiatique afin de chasser ses vieux démons et changer sa vie.

Critique : J’avais découvert Olivier Delorme il a quelques années, avec La Quatrième révélation, roman qualifié en son temps de Da Vinci Code gay. S’il en possédait incontestablement le souffle épique, le roman de Delorme présentait l’intérêt d’être bien plus fouillé sur le plan historique. Après ce succès, je me suis plongé (c’est le cas de le dire) dans un autre de ses romans, plus ancien, Le Plongeon.

L’auteur est assurément un grand connaisseur de la Grèce ancienne et moderne et il nous mène dans un drame policier mêlant l’art de vivre du pays, l’histoire de la dictature anti-communiste et la mythologie antique. Si tout cela permet sans doute de mieux connaître et comprendre un pays dont on parle beaucoup depuis la crise de la dette, Delorme oublie un peu ses personnages en cours de route et peine un peu à les faire exister et à nous les rendre sympathiques.

Le récit, trop touffu, manque globalement de cohérence passant d’un sujet à un autre sans véritable lien. Les recoupements sont un peu trop artificiels et l’on finit par se lasser de cette histoire, certes très riche sur le fond, mais mal construite sur la forme. Le style est un peu trop brouillon. Bref, un coup d’essai pour l’auteur qui a depuis proposé des choses bien meilleures.

2,25/5

Un garçon d’Italie de Philippe Besson

Un garçon d’Italie

Pocket, 2003, 221 pages

Résumé : L’été se termine à Florence, un homme Luca a disparu. Deux personnes le recherchent, Anna sa compagne et Leo, jeune homme mystérieux qui drague et se prostitue aux abords de la gare. Luca est mort, mais il se dévoile enfin aux yeux de ceux qui l’aiment…

Critique : Encore un roman de Besson à l’écriture puissante, intelligente et sans fioriture. On suit à tour de rôle les trois personnages Luca, Anna et Leo qui expriment leur vision des événements et lèvent peu à peu le voile sur cet enchaînement qui a conduit à la mort de Luca. Le roman est bouleversant quant à sa capacité à décortiquer, au scalpel, le travail de deuil de ceux qui restent. Il est âpre dans sa façon de décrire la mort dans ses aspects corporels. La construction du récit, où chaque personnage écrit peu à peu sa vérité, donne au roman un rythme et un suspense presque policier. On est pris dès la première page et jusqu’à la dernière ligne. Une superbe réussite, un grand roman à découvrir d’urgence.

4,5/5