En Syrie de Joseph Kessel

En Syrie

En Syrie de Joseph Kessel

Editions Gallimard, 2014, 87 pages

Résumé : Reportage de Joseph Kessel en Syrie, alors sous mandat français, publié en 1926. Il décrit les forces et faiblesses de l’administration française et explique les conflits qui agitent alors ce pays complexe aux « 27 religions » et à l’histoire millénaire.

Critique : Ce texte, assez court, est un remarquable témoignage sur une page trop peu connue de notre histoire récente et nos liens avec la Syrie et le Liban. On se souvient tous d’avoir vu, dans nos manuels scolaires, cette présence française sur des cartes de l’entre-deux-guerres, après l’implosion de l’Empire Ottoman. Mais peu connaissent le contenu de ce mandat, délivré par la Société des Nations, et la responsabilité de la France qui est intervenue, y compris militairement, dans cette région.

Joseph Kessel pose admirablement bien les enjeux, décrit le travail des hommes, notamment des militaires, et dénonce les erreurs de gestion de l’administration française. Certes, le texte a vieilli du fait de sa vision impérialiste, liée à une époque, pourtant son contenu montre les germes de conflits qui se sont poursuivis dans ces deux pays tout au long du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ses descriptions permettent de comprendre la complexité de ce pays divisé entre de nombreuses minorités ethniques et religieuses. Mais c’est lorsqu’il met la France face à ses responsabilités que le texte est le plus fort, y compris dans le Post Scriptum et dans l’article ajouté après publication. Le texte est presque prophétique lorsque Joseph Kessel met en garde notre pays sur son manque de vision dans la région sur le long terme et lorsqu’il décrit une armée sclérosée par ses vieux généraux. Comment ne pas voir les prémices de ce qui sera la cause de la débâcle de 1940 ?

A tous points ce texte est remarquable, il montre un journaliste maitrisant parfaitement son sujet et reste un témoignage historique d’une grande richesse. A découvrir d’urgence pour tous ceux qui souhaitent mieux connaître la Syrie dans sa marche vers l’indépendance et mieux comprendre les principales lignes de force qui ont conduit au conflit actuel.

4,25/5

Un homme accidentel de Philippe Besson

Titre : Un homme accidentel

Auteur : Philippe Besson

Editions Julliard, collection « 10/18 », 2007, 243 pages

Résumé : L’un est un inspecteur de police de Los Angeles, marié et sans histoires. L’autre est la nouvelle coqueluche d’Hollywood, celui dont les tabloïds s’arrachent les photos. Sans l’assassinat d’un jeune prostitué dans un parc de Beverly Hills, ils ne se seraient jamais rencontrés. Peu à peu, l’enquête policière va révéler bien plus que l’identité du coupable et pousser les deux hommes dans un jeu dangereux où leur attirance violente va les porter au-delà de la morale et des lois.

Critique : Après les magnifiques En l’absence des hommes et Un garçon d’Italie, je poursuis ma découverte de l’œuvre de Philippe Besson avec Un homme accidentel. Il nous emmène, cette fois, dans le Los Angeles du début des années 1990. La chaleur, le soleil, Venice Beach et Beverly Hills, toute l’atmosphère de la mégapole américaine et des grands romans noirs est parfaitement retranscrite par Philippe Besson grâce à une écriture fluide et efficace.

D’un côté, il y a le narrateur, un jeune flic de la ville, de l’autre Jack Bell, la nouvelle coqueluche d’Hollywood, soupçonné du meurtre d’un jeune prostitué. Rapidement une attirance irrépressible va poindre entre les deux hommes. On suit ce jeu sensuel alors que les pièces d’un puzzle macabre se mettent peu à peu en place.

Au-delà de l’aspect policier du roman, ce sont bien les sentiments entre les deux protagonistes qui intéressent Philippe Besson. La passion au-delà de tout et une sensualité à fleur de peau qui mettent à nu toutes les fêlures de ces deux personnages. Philippe Besson nous interroge sur les limites de l’amour et sur ce que l’on est prêt à faire pour lui, il nous emmène au bord d’un précipice où l’on se laisse mener tant son écriture est maîtrisée.

4/5

Charlotte de David Foenkinos

Charlotte

Charlotte

Gallimard, collection « nrf », 2014, 220 pages.

Prix Renaudot et prix Goncourt des lycéens 2014.

Résumé : La vie romancée de Charlotte Salomon, artiste peintre juive qui a fui l’Allemagne nazie, où elle était exclue de la société, afin de s’installer en France. Enfermée dans le camp de Gurs avec son grand-père, ils peuvent rejoindre la Côte d’Azur. En 1943, à l’âge de 26 ans, elle est arrêtée et déportée, enceinte, à Auschwitz où elle est assassinée dès son arrivée.

Critique : Avec son parti pris formel tout à fait original (une phrase par ligne), la première chose qui frappe à la lecture de cet ouvrage est le rythme original que David Foenkinos impose à son lecteur pour raconter la vie d’une peintre méconnue, au destin tragique, Charlotte Salomon. Il y a une obligation de concision par ce choix qui fait que l’auteur va à l’essentiel, dans un style dépouillé mais poétique.

J’ai aimé ce portrait touchant d’une jeune femme qui ne vit que pour son art et que les événements historiques vont rattraper, l’obligeant à fuir l’Allemagne nazie, l’antisémitisme et l’exclusion, pour Nice, où elle sera à nouveau victime de l’Occupation. Un destin tragique pour un parcours que, malheureusement, nombre de juifs allemands ont connu à cette période.

Au-delà de la grande histoire, la vie de cette jeune femme est tout simplement bouleversante et c’est ce qui fait l’intérêt premier de cette biographie romancée, une famille sans doute bipolaire aux multiples suicides, une histoire d’amour inconditionnelle, l’art, la peinture, comme unique moyen d’expression et la tragédie historique s’empare d’elle.

En parallèle, David Foenkinos explique son travail, ses recherches, sur les traces de Charlotte Salomon. C’est pour moi le seul bémol de cet ouvrage. Si je peux comprendre le besoin de l’auteur d’expliquer son parcours sur les traces de la jeune artiste et la sincérité de son propos, ce travail pédagogique aurait pour moi davantage trouvé sa place dans un film documentaire réalisé en parallèle. Ce sont, sans doute, les passages les moins convaincants du livre car ils créent des digressions inutiles dans une mise en scène qui nous éloigne du sujet.

Cette biographie romancée est malgré tout une belle réussite, d’une grande profondeur, bouleversante, originale dans sa forme, qui met en lumière une artiste trop peu connue.

4,25/5

Autoportrait de Charlotte Salomon (Source : Wikipédia)

Des amants de Daniel Arsand

Des amants

Des amants

Stock, 2008, 173 pages

Résumé : En 1749, le jeune Sébastien Faure réanime le prince Balthazar de Créon, tombé de cheval. Entre les deux hommes, l’attirance est immédiate. Plus rien d’autre que leur amour ne compte à leurs yeux, ni les parents de Sébastien qui le désavouent, ni les rumeurs de la cour qui goûte peu cette liaison, ni le roi avec lequel le jeune prince est en froid. Seule la mère de Balthazar tente de sauver les apparences. Mais, peu à peu, les amants, retirés du monde, s’enferment dans un piège aux conséquences irréversibles.

Critique : Avec Des Amants, Daniel Arsand nous plonge dans la société d’Ancien Régime corsetée et codifiée. Il décrit un monde du paraître entre prégnance de l’Eglise, intolérance et absolutisme royale. L’hypocrisie d’une société, en voie de délitement, qui se satisfait des non-dits mais qui ne pardonne pas le scandale.

Mais ce qui est au cœur de ce roman, et du drame qui va se jouer, c’est l’amour absolu et destructeur d’un Prince pour un jeune homme du peuple au-delà de toutes les conventions sociales. Cet amour impossible est tendre, beau, absolu, violent, étourdissant, plus fort que tout. Daniel Arsand va à l’essentiel, le style est simple, direct et sans fioriture à l’image de cet amour.

J’ai été ému par ce texte court, puissant, parfois dérangeant, mais jamais impudique. Une belle découverte dont je ne peux que conseiller la lecture.

4,25/5

Et je danse, aussi d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Et je danse aussi

Et je danse, aussi

Fleuve éditions, 2015, 279 pages.

Résumé : Pierre-Marie, romancier à succès en panne d’inspiration, reçoit une enveloppe expédiée par une de ses lectrices. Pensant qu’il s’agit d’un manuscrit, il choisit de ne pas l’ouvrir, mais écrit une réponse à son expéditrice, Adeline Parmelan. Peu à peu, une riche correspondance électronique se développe et une nouvelle amitié se crée. Mais le contenu de l’enveloppe ne risque-t-il pas de tout remettre en cause ?

Critique : Ce roman écrit à 4 mains, par deux auteurs estampillés littérature jeunesse et adolescente, propose une relecture intéressante du genre épistolaire. D’un côté Jean-Claude Mourlevat, auteur du magnifique Combat d’hiver, du Chagrin du roi mort, ou encore de Silhouette. De l’autre Anne-Laure Bondoux, auteure des Larmes de l’assassin et Tant que nous sommes vivants.

Si les auteurs tâtonnent quelque peu au début, on se demande bien où ils veulent en venir, peu à peu le suspense se met en place. Je me suis laissé prendre par cette histoire beaucoup plus complexe qu’elle ne semblait l’être au premier abord, réservant nombre de rebondissements entre faux-semblants et non-dits.

Le dialogue qui s’instaure entre les deux protagonistes est souvent drôle, spirituel, parfois même coquin et se moque sympathiquement des convenances. Surtout, les auteurs nous tiennent en haleine grâce à des révélations savamment distillées au fil des pages. L’histoire gagne alors en profondeur et en émotion. Il est d’ailleurs difficile d’en dire beaucoup sur cette histoire sans risquer d’en déflorer le contenu.

Pierre-Marie et Adeline sont tour à tour attachants ou agaçants, mais ils sont avant tout humains dans leurs qualités comme dans leurs défauts. C’est ce qui fait le charme de ce roman, à savoir d’aborder avec beaucoup de finesse les relations humaines dans ce qu’elles ont de plus riche, l’amitié, l’amour, les relations familiales et la confiance que l’on peut accorder aux personnes qui nous sont chères.

Objet hybride, fruit d’un travail en commun, ce roman est incontestablement une belle réussite où l’on dévore chaque page avec un plaisir non dissimulé.

4/5

Les faibles et les forts de Judith Perrignon

Les faibles et les forts

Les faibles et les forts

Editions Stock, LGF, Le livre de poche, 2013, 148 pages.

Résumé : Un matin, la police a débarqué chez Dana, fouillant au corps son fils aîné, Marcus, et retournant toute la maison afin de trouver, sans succès, de la drogue. Les membres de la famille, choqués, décident cependant de maintenir leur pique-nique au bord de la rivière. Comme tous les étés en Louisiane la chaleur est insoutenable et tous souhaitent pouvoir se rafraîchir et oublier les événements de la matinée. Pourtant, trois adolescents de la famille et trois de la famille voisine mourront noyés dans la Red River sous les yeux de leurs proches, impuissants. Comme la plupart des adolescents noirs du Sud des Etats-Unis, ils ne savaient pas nager. Ce livre s’inspire d’un fait divers survenu à Shreveport en août 2010.

Critique : Ce court roman inspiré d’un fait divers réel met en parallèle la ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis dans les années 40-50, en s’appuyant sur le personnage de la grand-mère, et ses conséquences encore prégnantes dans la société américaine actuelle. A partir d’un constat « 60% des enfants afro-américains ne savent pas nager », Judith Perrignon démontre comment un système s’est perpétué sur plusieurs générations malgré les lois. C’est en même temps une démonstration admirable qu’un droit acquis dans la loi doit, ensuite, être conquis dans les faits.

Ce roman est l’une des œuvres les plus admirables et les plus efficaces qu’il m’ait été donné de lire sur le thème de la lutte contre le racisme. Le système ségrégationniste se perpétue, dans les faits, plus de 50 ans après les combats victorieux des droits civiques. D’ailleurs, les émeutes du printemps dernier à Baltimore, sur la côte Est, ont rappelé douloureusement que les violences policières et les injustices à l’encontre des afro-américains restent de mise. Ce roman reste, malheureusement, d’une actualité brûlante.

La construction habile du récit permet de passer du point de vue d’un personnage à l’autre tout en progressant dans l’intrigue. J’ai été saisi par ce drame bouleversant qui donne beaucoup à réfléchir sur le chemin qu’il reste encore à accomplir dans la lutte contre le racisme. Au-delà de l’histoire, l’écriture aussi est admirable, les pages les plus prenantes étant celles où l’on se retrouve dans les pensées de la grand-mère, Mary Lee. L’auteure s’efface totalement derrière ses personnages, elle va à l’essentiel, dans un récit court, sans fioriture, d’une efficacité redoutable, qui sonne comme un uppercut.

Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce court roman, incontournable et important.

4,25/5

Les irréguliers de Patrick Autréaux

Les Irréguliers

Les Irréguliers

Éditions Gallimard, collection « nrf », 2015, 130 p.

Résumé : Apprenant que son ami Virgilio, sans-papiers, a été arrêté en vue de son expulsion, Ivan part le rejoindre au centre de rétention de Vincennes. Il espère pouvoir échanger encore quelques mots avec lui. Cette séparation qui s’annonce fait ressurgir chez Ivan le souvenir de son demi-frère et de sa mère morts sans qu’il ait pu se réconcilier avec eux et pour lesquels il n’a jamais pu véritablement mener son travail de deuil.

Critique : J’ai découvert cette œuvre grâce à une opération masse critiques du site Babelio, que je remercie, ainsi que les éditions Gallimard.

Cela est rare mais me voilà très embêté pour rédiger une critique de ce court roman intimiste. Alors que je m’attendais à la description d’une histoire d’amour contrariée entre deux hommes, dont l’un sans-papiers est en passe d’être expulsé, j’ai rapidement compris que cet élément de l’histoire ne serai qu’un prétexte pour l’auteur qui préfère nous proposer une psychanalyse de son personnage principal, Ivan.

Jamais la liaison entre Ivan et Virgilio n’est abordée, elle n’est qu’esquissée, et il faut attendre plus de la moitié de l’ouvrage pour avoir droit à une furtive rencontre. Ce sera la seule et elle est tant attendue qu’elle en est presque décevante car trop désincarnée et trop vite expédiée. Alors que le thème pouvait ouvrir à une vision intéressante et originale sur la situation des sans-papiers en France, il n’en est malheureusement rien. Les personnages auraient pu être hétéros ou simplement amis que cela n’aurait pas changé grand-chose au récit. Quant à la situation des sans-papiers, là encore ce n’est qu’un prétexte et il faudra se contenter d’une simple description extérieure d’un centre de rétention, pas de quoi faire évoluer les mentalités sur une situation pourtant globalement abominable.

En fait, l’essentiel de ce roman est consacré à la relation entre Ivan, sa mère et son demi-frère. Tous deux sont décédés alors qu’Ivan était brouillé avec l’un comme avec l’autre, je n’en dirai pas plus pour ne pas en dévoiler davantage. Patrick Autréaux utilise la séparation entre Ivan et Virgilio pour permettre à Ivan de réaliser enfin son travail de deuil familial. En soi, ce n’est pas inintéressant, mais cette histoire que j’attendais universelle, relève finalement de l’intime. Or cette intimité-là ne m’a ni touché, ni passionné. Pour moi, l’auteur est passé à côté d’un grand sujet de roman et s’est perdu dans une psychanalyse familiale assez décevante.

Quant à la forme, même si le style aurait mérité d’être plus précis et concis, je retiens cependant quelques belles fulgurances dans la plume qui démontrent un indéniable talent. Au final, un roman inabouti et qui rate sa cible.

2,75/5

Billie d’Anna Gavalda

Billie

Billie

Editions Le Dilettante, 2013, 222 p.

Résumé : Billie et Franck, partis pour une ballade dans les Cévennes, sont tombés dans une crevasse et attendent l’arrivée des secours. Franck est blessé, presque inconscient. La nuit est tombée. Billie se souvient de leur amitié scellée à l’adolescence, lorsqu’ils ont dû jouer ensemble une scène d’ « On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset. Depuis, ils sont inséparables.

Critique : Après Marc Levy, dont le roman Et si c’était vrai… m’avait laissé totalement de marbre, je m’attaque pour la première fois à une autre auteure de best-sellers, Anna Gavalda. Je ne sais pas si c’est par ce roman qu’il fallait débuter pour découvrir l’œuvre de cette auteure mais le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été particulièrement emballé.

D’abord pour les deux personnages principaux, pas crédibles très longtemps, on pourrait les voir comme un casting stéréotypé de jeunes un peu paumés tout droit sortis de la téléréalité. Mais rapidement, le style pseudo populaire qu’Anna Gavalda utilise pour faire parler Billie apparaît comme superficiel et largement faux.

Les références culturelles et le phrasé de cette Billie, personnage au demeurant pas antipathique, semblent tellement éloignés de ce quart-monde, que tente de décrire l’auteure, que j’ai été rapidement agacé par autant d’artificialité. Si elle veut décrire l’extrême pauvreté sociale et culturelle, je ne peux que lui conseiller la lecture du roman d’autofiction d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, tellement plus intéressant sur le fond comme sur la forme.

Et puis, j’aurais dû m’en douter en voyant la couverture, que cette histoire est cucul la praline et pétrie de bons sentiments. Après tout, vous allez me dire pourquoi pas, il en faut pour tous les goûts et puis cela rend les deux héros sympathiques. Mais le problème est qu’à force de faire dans l’histoire gentillette et généreuse, Anna Gavalda fait perdre à son récit toute crédibilité et tout enjeu dramatique. Il n’y a aucune surprise, aucun suspense, tant et si bien qu’en refermant ce roman, on se demande… Tout ça pour ça ? Heureusement, ce roman est vite lu, mais il est encore plus vite oublié.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas avec Billie qu’Anna Gavalda m’aura convaincu, une autre fois peut-être…

1,75/5

En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

En finir avec Eddy Bellegueule

Seuil, 2014, 219 p.

Résumé : Eddy Bellegueule grandit dans une petite ville ouvrière de Picardie. Trop délicat et sensible, il est l’objet de moqueries, d’humiliations et de violence de la part de ses camarades de classe. Ce n’est pas dans sa famille, ignorant son mal être, où les propos racistes et homophobes fusent, qu’il peut trouver du réconfort. Pourtant, Eddy tente tout, même d’avoir une petite amie pour faire illusion. Il témoigne de cette enfance sacrifiée, des persécutions dont il a été victime, dans ce roman d’autofiction.

Critique : En débutant ce livre, je m’attendais à un énième ouvrage traitant de l’homophobie à l’adolescence et de la difficulté de se construire pour un jeune gay dans un univers totalement hétéronormé. C’est bien sûr, la thématique central de ce livre à mi-chemin entre fiction et réalité. Edouard Louis (Eddy Bellegueule de son vrai nom) décrit les violences qu’il a subies avec une plume directe et âpre.

Pour autant, ce sont plutôt les passages traitant du conditionnement social et de la déstructuration du monde ouvrier qui sont les plus réussis et passionnants. Le chômage, la pauvreté et le déterminisme social sont au cœur de cet ouvrage qui pourrait même apporter quelques clés pour comprendre ce monde ouvrier en déliquescence, abandonné à lui-même, sans perspective et qui se réfugie dans le machisme, la haine de l’autre et les extrêmes.

Enfin, les relations avec ses parents, son père en particulier, sont traitées avec beaucoup de dureté, sans doute Edouard Louis avait un certain nombre de comptes à régler, mais on ressent à chaque page, et de manière très poignante, ce besoin d’un enfant d’être aimé, malgré tout, par ses parents. Dans les dernières pages, on sent même poindre une possibilité de relations familiales plus apaisées, malgré un certain manque de recul.

Un premier roman fort, émouvant et troublant, en dépit de toutes ses maladresses. Un auteur à suivre.

4/5

Monde sans oiseaux de Karin Serres

Monde sans oiseaux

Monde sans oiseaux

Stock, collection La Forêt, 2013, 112 p.

Résumé : « Petite boîte d’Os » vit avec sa famille sur les bords d’un lac qui ne cesse de s’étendre. Elle grandit avec son amie Blanche, découvre l’amour avec le Vieux Joseph et vieillit. Pourtant, dans ce monde en apparence si beau, les oiseaux ont disparu et dans le lac où nagent les cochons fluorescents, sont immergés les cercueils des morts du village. L’eau monte inexorablement annonçant la fin d’un monde.

Critique : A la fois fable écologique et roman d’anticipation, j’ai été pour le moins circonspect à la lecture de ce très court roman. L’écriture est belle et poétique à n’en pas douter mais je n’ai pas adhéré à l’histoire qui pourrait se résumer à la vie d’une femme en 100 pages.

L’ensemble est trop court pour être convaincant, les ellipses trop nombreuses font perdre toute vie au récit. Les accidents d’une vie, les deuils et même les quelques moments heureux sont expédiés trop rapidement pour permettre toute empathie pour les personnages, pour créer de l’émotion.

Quant au titre, jamais il n’est expliqué pourquoi les oiseaux ont disparu. Je passerai outre les cochons génétiquement modifiés, amphibies et fluorescents, après tout pourquoi pas… En revanche, j’aurais aimé en savoir plus sur cette ville, sur ce monde futuriste, sur la montée des eaux, autant d’éléments jamais explicités. Au final, un récit qui manque de chaleur et qui souffre du manque d’ambition de son auteure. Cela dit, une belle plume à suivre…

2/5