Le fils de Saul ****

Le Fils de Saul : Affiche

Le Fils de Saul, premier long métrage du jeune réalisateur hongrois Laszlo Nemes est un coup de maître et le propulse d’ores et déjà parmi les plus grands. Grand Prix du jury au festival de Cannes, largement mérité, ce film est un uppercut comme j’en ai rarement reçu au cinéma.

Cette histoire poignante nous plonge au cœur de la machine nazie d’extermination des juifs d’Europe, et plus particulièrement hongrois, dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Un homme, faisant partie d’un Sonderkommando, pense reconnaître son fils parmi les victimes de la chambre à gaz et cherche à lui offrir des obsèques traditionnelles. On ne saura jamais s’il s’agit réellement de son fils ou les conséquences d’une rupture psychologique.

Filmé à hauteur d’homme, à travers les yeux de ce père, c’est tout le processus industriel de l’extermination dans le camp d’Auschwitz-Birkenau qui défile. Aucun effet superflus, aucune surenchère, des images souvent flous et des suggestions hors-champ qui donnent à suggérer plus qu’à voir. L’ensemble est extrêmement respectueux des victimes et de leur souvenir, sans pourtant jamais édulcorer le propos. Cette représentation de la Shoah est sans aucun doute la plus réaliste qui ait été présentée au cinéma.

Ce film est oppressant, dérangeant, brutal et direct à la fois dans l’image, mais surtout dans le son. Ce que le réalisateur ne nous montre pas, il nous donne à l’entendre renforçant le sentiment de malaise. Par ce procédé de mise en scène, par ces choix radicaux pleinement assumés, Laszlo Nemes réussit un film d’une puissance rare, bouleversant. Un film qui fera date.

Charlotte de David Foenkinos

Charlotte

Charlotte

Gallimard, collection « nrf », 2014, 220 pages.

Prix Renaudot et prix Goncourt des lycéens 2014.

Résumé : La vie romancée de Charlotte Salomon, artiste peintre juive qui a fui l’Allemagne nazie, où elle était exclue de la société, afin de s’installer en France. Enfermée dans le camp de Gurs avec son grand-père, ils peuvent rejoindre la Côte d’Azur. En 1943, à l’âge de 26 ans, elle est arrêtée et déportée, enceinte, à Auschwitz où elle est assassinée dès son arrivée.

Critique : Avec son parti pris formel tout à fait original (une phrase par ligne), la première chose qui frappe à la lecture de cet ouvrage est le rythme original que David Foenkinos impose à son lecteur pour raconter la vie d’une peintre méconnue, au destin tragique, Charlotte Salomon. Il y a une obligation de concision par ce choix qui fait que l’auteur va à l’essentiel, dans un style dépouillé mais poétique.

J’ai aimé ce portrait touchant d’une jeune femme qui ne vit que pour son art et que les événements historiques vont rattraper, l’obligeant à fuir l’Allemagne nazie, l’antisémitisme et l’exclusion, pour Nice, où elle sera à nouveau victime de l’Occupation. Un destin tragique pour un parcours que, malheureusement, nombre de juifs allemands ont connu à cette période.

Au-delà de la grande histoire, la vie de cette jeune femme est tout simplement bouleversante et c’est ce qui fait l’intérêt premier de cette biographie romancée, une famille sans doute bipolaire aux multiples suicides, une histoire d’amour inconditionnelle, l’art, la peinture, comme unique moyen d’expression et la tragédie historique s’empare d’elle.

En parallèle, David Foenkinos explique son travail, ses recherches, sur les traces de Charlotte Salomon. C’est pour moi le seul bémol de cet ouvrage. Si je peux comprendre le besoin de l’auteur d’expliquer son parcours sur les traces de la jeune artiste et la sincérité de son propos, ce travail pédagogique aurait pour moi davantage trouvé sa place dans un film documentaire réalisé en parallèle. Ce sont, sans doute, les passages les moins convaincants du livre car ils créent des digressions inutiles dans une mise en scène qui nous éloigne du sujet.

Cette biographie romancée est malgré tout une belle réussite, d’une grande profondeur, bouleversante, originale dans sa forme, qui met en lumière une artiste trop peu connue.

4,25/5

Autoportrait de Charlotte Salomon (Source : Wikipédia)

Voyage à Pitchipoï de Jean-Claude Moscovici

Voyage à Pitchipoï

L’école des Loisirs, collection « Médium », 1995, 138 pages

Résumé : En 1942, l’auteur a 6 ans. Fils d’une famille juive, il raconte comment une nuit de juillet ses parents ont été arrêtés. Deux semaines plus tard, c’est à son tour de vivre la déportation au camp de Drancy avec sa petite sœur de 2 ans, puis bientôt la clandestinité avec leur mère. A la Libération, ils ont retrouvé leur maison, mais leur père ne devait jamais revenir.

Critique : La littérature sur les enfants juifs cachés ou déportés abonde. Cet ouvrage apporte un témoignage précis de la participation active des autorités françaises de l’époque dans ce crime odieux. Très pédagogique, l’ouvrage décrit les événements, sans chercher d’effets superflus, tout en les replaçant dans leur contexte historique. C’est un livre facile à lire, idéal pour de jeunes lecteurs, qui permet une bonne introduction sur la période de l’Occupation et les persécutions antisémites du régime nazi et de ses alliés de Vichy. Ceux qui ont déjà lu des témoignages sur le même thème n’apprendront pas grand-chose, l’auteur préférant proposer un récit accessible aux plus jeunes. En ce sens, Voyage à Pitchipoï est un récit autobiographique intéressant, souvent émouvant mais jamais voyeuriste à conseiller pour une première approche de la déportation des juifs de France.

3,75/5