Reproduction non autorisée de Marc Vilrouge

Reproduction non autorisée

Points Seuil, 2005, 155 pages

Résumé : Le désir d’enfant peut-il s’inscrire hors de la sexualité ? Le narrateur et sa meilleure amie veulent y croire. Lui a la trentaine, homosexuel désabusé, elle la quarantaine, célibataire encore féconde. Débute une fécondation pas tout à fait dans la norme pour un couple qui ne l’est pas non plus.

Critique : A l’heure du débat sur le mariage pour tous et les familles homoparentales, ce petit livre, écrit il y a déjà presque une décennie, apportait déjà bon nombre de réponses et démontrait, s’il en était besoin, que l’envie de fonder une famille et d’avoir des enfants savait passer outre les lois. La loi ne fera que reconnaître et surtout simplifier des situations déjà existantes. Ici, l’auteur livre un témoignage drôle mais efficace avec deux personnages un peu paumés mais très attachants.

L’écriture est simple et directe, et devrait convaincre même les petits lecteurs. Le propos, sans fausse pudeur, propose une série d’anecdotes au cours de ce parcours du combattant. Le résultat est d’une efficacité redoutable, presque trop court, mais on s’attache à ces deux personnages et à leurs fêlures. Le récit utile d’une parentalité en devenir au-delà de pseudo tabous imposés par la société.

4,5/5

Jack de A.M. Homes

Jack

Actes Sud Junior, Romans ADO, 2011, 278 pages

Résumé : Après plusieurs années de séparation et de relations très tendues, les choses semblent enfin se calmer entre les parents de Jack. Ce dernier espère pouvoir avoir une vie normale d’adolescent. Mais lorsque son père lui annonce qu’il est gay et qu’il vit avec son « vieil ami » Bob, tout déraille dans la vie de Jack.

Critique : A l’heure où la très catholique France semble découvrir les familles homoparentales, il est passionnant de se plonger dans ce roman américain qui date de 1989 et qui n’est pourtant paru chez nous qu’en 2011… Et de constater que nous avons 20 ans de retard sur une question de société déjà réglée dans la plupart des pays occidentaux. Oui, il existe pour les gays et les lesbiennes de multiples moyens de fonder des familles et d’avoir des enfants que la loi les y autorise ou non…

Ici, un adolescent découvre donc sur le tard l’homosexualité de son père. Cela est l’occasion pour l’auteure de dénoncer les processus de normalisation sociale et le conservatisme qui impose des tabous là où il ne devrait pas y en avoir. Elle décrit avec clarté les effets destructeurs que peuvent avoir les non-dits et les silences au nom d’une soi-disant protection d’un enfant qui n’est finalement demandeur que de vérité, de sincérité et de confiance.

A. M. Homes s’intéresse aussi aux nombreux conflits intérieurs de ce jeune Jack qui doit composer tardivement avec l’homosexualité d’un père à l’heure de ses premiers émois hétérosexuels. Oui, oui, pour ceux qui en douteraient encore un fils d’homo peut être hétéro… Mais Jack découvrira qu’aucune famille n’est parfaite et que ce qui compte avant tout c’est l’amour et le respect que l’on a les uns envers les autres.

S’il est certes parfois un peu balisé, mais l’auteure n’avait alors que 19 ans, ce joli roman démontre avec intelligence que l’équilibre dans une famille n’est pas lié à l’orientation sexuelle mais à la franchise, à la confiance et à l’amour. L’ensemble est tendre et touchant et le style remarquable tant dans la description des relations familiales, des riches portraits des personnages, que dans les confrontations de basket-ball.

4/5