La nouvelle guerre des boutons **

La Nouvelle guerre des boutons

A l’image de la Guerre des boutons, querelle de clocher opposant les gamins de villages voisins, on a assisté au mois de septembre à la même guerre sur les écrans de cinéma français. Deux guerres des boutons pour le prix d’une… Ah ben non, en fait il fallait payer pour les deux… Après valse hésitation, et surtout grâce à une invitation reçue, j’ai donc décidé d’aller voir la version de Christophe Barratier dont le titre a été judicieusement modifié par « La Nouvelle guerre des boutons« , histoire d’éviter toute méprise aux guichets désormais automatiques de nos salles de cinéma.

Je ne reviendrai pas sur cette guerre des films déjà largement traitée dans les médias pour m’intéresser plutôt au point de vue artistique, en particulier et ça me semble préférable, de la version que je suis allé voir… J’ai lu le livre (globalement très machiste) il y a quelques années et vu la première version cinématographique, aujourd’hui portée aux nues par les critiques, mais qui m’avait à l’époque prodigieusement ennuyé.

Fort de ces points de comparaison, il faut bien dire que Barratier s’éloigne très vite du modèle pour proposer quelque chose de très différent, avec de bonnes choses et d’autres moins. On le sait, le réalisateur des Choristes et de Faubourg 36 aime filmer l’enfance et les bons sentiments à coup de grands violons pour faire pleurer et rire les spectateurs. Sur ce plan là, il reste fidèle à lui même, les enfants lui apportant la légèreté nécessaire et l’époque dans laquelle il a choisi de placer son récit (en 1944) lui fournissant ce qu’il faut d’émotion. Alors bon effectivement, on ne s’ennuie pas…

Mais cet habile faiseur s’enlise à vouloir jouer à tout prix sur les deux tableaux. Certes, c’est intéressant de placer le roman de Louis Pergaud à cette époque où la violence des gamins fait échos à celle des adultes, mais avait-il besoin de la Guerre des boutons pour proposer cela ? Le résultat est, disons le un peu bancal. Le film hésite trop entre drame et comédie. Il ne faut pas blâmer les comédiens, jeunes ou adultes qui s’en sortent bien, c’est juste qu’il est des thèmes, tels que l’arrestation et la déportation des juifs, qui voisinent mal avec la comédie franchouillarde. Alors oui, la première moitié du film est plus comique et la suite plus dramatique, mais avec ces deux villages, tout à coup uniquement peuplés de résistants, le happy-end que nous propose Barratier prend un goût très amer…

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Public Enemies ***

Michael Mann réalisateur des formidables Heat et Collateral, revisite avec Public Enemies le film de gangsters en s’intéressant à une figure du crime des années 30 aux Etats-Unis, John Dillinger. Le résultat est visuellement très abouti et l’on retrouve cette construction du récit qu’apprécie Mann avec une montée progressive de la tension pour aboutir à des scènes de fusillades étourdissantes et éblouissantes. Pourtant l’ensemble reste souvent un peu froid pour totalement convaincre.  En effet, des passages très introspectifs font que l’on est plus proche d’un film comme L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford que des Incorruptibles. Du coup, ceux qui s’attendent à un film de gangsters classique avec beaucoup d’action seront déçus.

Non, ce qui intéresse Mann c’est cette confrontation psychologique entre Dillinger (flamboyant Johnny Depp) et l’agent du FBI chargé de son arrestation (très austère Christian Bale), passant au second plan certains enjeux dramatiques du récit ou restant un peu trop elliptique sur certains choix des personnages. L’histoire d’amour avec la magnifique Marion Cotillard n’est, en ce sens, pas assez approfondie et lyrique pour donner une dimension plus humaine au criminel.

Au final, ce film est un magnifique écrin pour un diamant un peu froid. Il ne faut cependant pas bouder son plaisir devant une telle réunion de talent portée par la musique blues de l’époque. Un très beau film manquant manquant juste parfois d’un peu d’humanité.

Australia ***

 

Baz Luhrmann est un réalisateur rare et chacun de ses films est de ce fait un événement… Et oui, Australia est seulement son quatrième film depuis 1991! Ce qui fait la force de ce réalisateur c’est la richesse de l’image, le sens du récit, le rythme échevelé et l’art de faire, à partir de simples histoires d’amour, de grandes fresques romantiques originales dans leur forme et leur construction.

Avec Australia, Luhrmann continue de tracer son sillon et après avoir revisité Shakespeare et les comédies musicales, s’intéresse cette fois à la grande fresque romantique d’aventures. Rien ne manque au cahier des charges du genre: de grands paysages somptueux, un couple glamour et sexy en diable (Nicole Kidman lumineuse et Hugh Jackman plus viril et musclé que jamais), des rebondissements à foison, de grandes scènes d’action étourdissantes, de grands morceaux de bravoure éblouissants. Bref du grand spectacle tel qu’on prend plaisir à le regarder, mais de plus en plus rare au cinéma. Alors ne boudons pas notre plaisir, en ce sens le nouveau Luhrmann est une immense réussite!

Le scénario est aussi l’occasion de se pencher sur diverses pages de l’histoire australienne pas forcément bien connues en dehors du pays : la vie des éleveurs dans l’Outback, le choc civilisationnel de l’anglaise dans cette région la plus rude et tropicale de l’île (à l’origine de rafraichissantes scènes de comédie!), les bombardements japonais de la Seconde Guerre Mondiale, le racisme contre les aborigènes et l’internement d’enfants métis coupés de leurs racines. Cette profusion de sujets est cependant habilement traitée et la petite histoire se mêle à la grande avec réussite. On pourra cependant regretter, et c’est sans doute le principal bémol sur ce film, qu’à force de multiplier les sujets et les références (des westerns à Pearl Harbor en passant par Out of Africa), la caméra de Baz Luhrmann se fasse moins originale qu’à son habitude et qu’il flotte parfois un parfum de déjà vu…

Mais au milieu de tout ça apparaît en filigrane le parcours initiatique d’un jeune garçon métis magnifiquement interprété par Brandon Walters qui se paie le luxe de voler la vedette aux deux grandes stars internationales. Faisant preuve d’une incroyable présence, il est à la fois l’âme de l’Australie et le coeur des populations aborigènes, mais il est aussi la force de ce film. Là où Australia aurait pu n’être qu’un grand film d’aventures parmi d’autres, il apporte ce petit supplément d’âme qui en fait un très beau film!

300 **

 
Voilà un film qui ne laisse pas indifférent et qui divise la critique depuis une semaine. Il faut le dire, je suis moi aussi partagé sur ce film. Sur le plan visuel, ce film est une réussite totale, l’image est particulièrement soignée et digitalisée, on s’en prend plein la gueule pendant deux heures! C’est tout simplement magnifique et bluffant.
 
Les scènes de batailles qui représentent tout de même l’essentiel du film, sans grand temps mort, sont parfaitement filmées, très stylisées, avec de superbes chorégraphies. Du coup, les scènes dans la ville de Sparte semblent un peu cheap et manquent un peu d’ampleur, même si la reconstitution est plutôt pas mal et puis ça permet de souffler dans ces quelques scènes un peu plus intimistes…
 
En revanche les dialogues et le scénario sont vraiment décevants. Ils alignent les banalités et les clichés sans grand intérêt, quand ils ne fleurtent pas du côté d’un ultra-nationalisme un peu dérangeant… Et le final franchement lourd tombe un peu à plat. Du coup on ressort partagé. On a eu le droit à des images grandioses, on ne s’est pas ennuyé une seconde, mais bon c’est souvent un peu lourdeau sur le fond…
Bien, sans plus…