Harvey Milk : sa vie, son époque

La biographie d’Harvey Milk par Randy Shilts sur laquelle Gus Van Sant s’est appuyé pour réaliser son film avec Sean Penn. Une lecture passionnante sur un personnage fascinant… Le premier homme politique ouvertement homosexuel, élu à San Francisco en 1977, assassiné par balles le 27 novembre 1978 par un élu conservateur.

Titre original : The Mayor of Castro Street, 1982. M6 Editions, 2009, 445 pages

Résumé de la quatrième de couverture : San Francisco, 1977. Pour la première fois, un homme politique ouvertement homosexuel, Harvey Milk, est élu au conseil municipal d’une ville, où il n’aura de cesse de combattre les injustices dont la communauté gay est victime dans tout le pays. Onze mois après sa prise de fonction, il est assassiné et entre dans l’Histoire. La vie privée, la carrière publique, tout comme la fin tragique du « Maire de Castro Street » témoignent des difficultés pour les minorités à faire reconnaître leurs droits. Au-delà de sa propre communauté, Harvey Milk est devenu une figure emblématique pour tous ceux qui luttent contre les discriminations.

Critique : Cette biographie est un ouvrage journalistique très complet, quasiment un travail d’historien, où toutes les facettes de la vie d’Harvey Milk sont abordées avec pudeur, sans conjectures ou sensationnalisme inutiles. Randy Shilts sait aussi bien montrer les qualités que les failles de ce personnage fascinant, même si l’on sent à quelques reprises une certaine admiration, voire de l’empathie. L’ensemble est agréable à lire, passionnant à décrypter mais malgré tout complexe. En effet, l’auteur évitant volontairement de romancer et allant au bout de son travail de journaliste objectif, propose un ouvrage souvent complexe pour qui ne connaît pas le système électoral américain. En outre, le nombre important de personnes ayant joué un rôle dans la vie politique de San Francisco à cette période fait qu’il faut rester très concentré pour ne pas être perdu en route. D’autant plus, qu’au-delà d’Harvey Milk, ce livre dépeint avec intelligence le combat de tous les gays américains pour leurs droits civiques. Au final, il reste d’Harvey Milk, un combattant acharné de l’égalité, un visionnaire qui, mieux que quiconque, aura compris l’importance de l’espoir que doivent porter les politiques, et qui aura soutenu, avant tous, la nécessaire vie des quartiers et la mixité, indispensables aux liens sociaux de proximité, à la lutte contre toutes les formes de communautarisme, de racisme et de repli sur soi.

4,5/5

Deux citations d’Harvey Milk, sur cette période de 1977-1978 marquent ce livre et décrivent bien le personnage et son combat :

“‎La véritable fonction de la politique n’est pas simplement de voter des lois, mais de susciter l’espoir. Il y a eu trop de déceptions ces derniers temps. Le véritable abysse qui s’annonce, c’est le jour où le peuple, à force de déceptions, aura perdu tout espoir. Quand ce jour arrivera, tout ce que nous chérissons sera perdu.” 

“Si nous voulons reconstruire nos villes, nous devons tout d’abord reconstruire nos quartiers. […] S’asseoir sur les marches dehors (qu’il s’agisse d’une véranda dans une petite ville ou d’un perron en béton dans une grande ville) et parler à nos voisins est infiniment plus important que de se vautrer dans son canapé au salon et regarder un monde de faux-semblants en couleurs qui ne reflètent pas vraiment la vie.”

Ma critique du film de Gus Van Sant est disponible en cliquant sur ce lien:

 https://lionelfour.wordpress.com/2009/03/11/harvey-milk/

Photographies: Harvey Milk et Randy Shilts

Randy Shilts

Image via Wikipedia

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Harvey Milk ****

En adaptant à l’écran la vie du premier élu gay aux Etats-Unis, Gus Van Sant signe un retour fracassant et éblouissant et revient à un forme plus classique et grand public. Le réalisateur l’explique lui-même, un biopic sur Harvey Milk nécessitait, du fait du nombre de plans et de la densité du récit, une mise en scène plus classique, moins introspective ou expérimentale. Pourtant Van Sant n’hésite pas, à plusieurs reprises, à réutiliser ses expérimentations de films comme Elephant pour accroître la force dramatique de scènes tragiques.

Et la réussite est plus que largement au rendez-vous! La construction du récit est passionnante, toujours compréhensible sans être didactique. On suit toujours avec intérêt et sans jamais être perdus, les combats politiques de Harvey Milk, ses succès et échecs, et au-delà le combat des gays pour leur reconnaisance et contre la répression sociale, policière et politique.

Van Sant mélange à son film nombre d’images d’archives qui renforcent l’aspect réaliste et documentaire de son film. C’est notamment le cas d’Anita Bryant, passonnaria anti-gay, représentative d’une Amérique religieuse, puritaine et néo-conservatrice naissante, qui n’apparaît qu’à travers ces images d’époque dont les propos édifiants accroissent le réalisme du film. Van Sant fait donc de vrais choix de mise en scène tout en s’appuyant sur les règles hollywoodiennes. Il en ressort un film d’une incroyable force dramatique qui fait revivre avec justesse le San Francisco des année 70 (on pense souvent à la série des Chroniques de Maupin).

Mais outre sa mise en scène éblouissante, ce Harvey Milk est porté par des acteurs formidables, avec en tête Sean Penn, exceptionnel dans le rôle titre. Il apporte ce qu’il faut de profondeur et d’extravagance trouvant là l’un de ses plus beaux rôles. Son entourage avec notamment Emile Hirsch et James Franco est au diapason.  Ce Harvey Milk, à la fois très entouré et terriblement seul, nous attendrit et nous éblouit. On vibre avec lui, on est embarqué de bout en bout. Harvey Milk, symbole du combat pour les droits civiques des homosexuels, méritait bien un magnifique hommage. Gus Van Sant l’a fait, un chef d’oeuvre!