En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

En finir avec Eddy Bellegueule

Seuil, 2014, 219 p.

Résumé : Eddy Bellegueule grandit dans une petite ville ouvrière de Picardie. Trop délicat et sensible, il est l’objet de moqueries, d’humiliations et de violence de la part de ses camarades de classe. Ce n’est pas dans sa famille, ignorant son mal être, où les propos racistes et homophobes fusent, qu’il peut trouver du réconfort. Pourtant, Eddy tente tout, même d’avoir une petite amie pour faire illusion. Il témoigne de cette enfance sacrifiée, des persécutions dont il a été victime, dans ce roman d’autofiction.

Critique : En débutant ce livre, je m’attendais à un énième ouvrage traitant de l’homophobie à l’adolescence et de la difficulté de se construire pour un jeune gay dans un univers totalement hétéronormé. C’est bien sûr, la thématique central de ce livre à mi-chemin entre fiction et réalité. Edouard Louis (Eddy Bellegueule de son vrai nom) décrit les violences qu’il a subies avec une plume directe et âpre.

Pour autant, ce sont plutôt les passages traitant du conditionnement social et de la déstructuration du monde ouvrier qui sont les plus réussis et passionnants. Le chômage, la pauvreté et le déterminisme social sont au cœur de cet ouvrage qui pourrait même apporter quelques clés pour comprendre ce monde ouvrier en déliquescence, abandonné à lui-même, sans perspective et qui se réfugie dans le machisme, la haine de l’autre et les extrêmes.

Enfin, les relations avec ses parents, son père en particulier, sont traitées avec beaucoup de dureté, sans doute Edouard Louis avait un certain nombre de comptes à régler, mais on ressent à chaque page, et de manière très poignante, ce besoin d’un enfant d’être aimé, malgré tout, par ses parents. Dans les dernières pages, on sent même poindre une possibilité de relations familiales plus apaisées, malgré un certain manque de recul.

Un premier roman fort, émouvant et troublant, en dépit de toutes ses maladresses. Un auteur à suivre.

4/5

Carrie de Stephen King

Carrie

J’ai Lu, 1978, 252 pages.

Résumé : Carrie White, adolescente de 17 ans, timide et solitaire, subit le fanatisme religieux de sa mère et le harcèlement de ses camarades de classe. Elle possède le don de télékinésie qu’elle maîtrise difficilement et qui l’oblige à se refermer encore plus sur elle-même. Afin d’aider Carrie à aller vers les autres, Susan Snell, très populaire au lycée, demande à son petit ami, Tommy Ross, de l’inviter au bal de printemps. Carrie reprend confiance en elle. Mais cette invitation ne cache-t-elle pas un piège cruel ?

Critique : Carrie marque ma première rencontre avec Stephen King, auteur incontournable de la littérature fantastique et d’angoisse. Je m’étonne d’ailleurs moi-même de l’avoir négligé si longtemps. En même temps les adaptations que j’avais pu voir de ses livres ne m’avaient jamais totalement convaincues…

L’ouvrage se présente comme une suite de rapports d’enquête et de témoignages qui nous permettent de progresser dans l’intrigue. La forme du récit est donc assez originale mais ce choix présente un inconvénient, sa froideur factuelle et sa vision clinique des événements. En effet, il empêche toute empathie pour l’héroïne ou les principaux protagonistes de l’histoire alors que l’intérêt du personnage de Carrie réside justement dans ce trop plein d’émotions contenues qui vont se déchaîner lors d’une funeste soirée. Le résultat est qu’à aucun moment je me suis senti impliqué dans cette histoire.

Reste, malgré tout, le propos en filigrane avec une dénonciation forte du harcèlement scolaire et de la difficulté pour les jeunes « différents » à s’intégrer à un âge où seule la norme compte. Un autre thème fort, est la mise en cause du fondamentalisme religieux, notamment dans l’éducation, et de ses dégâts pour les enfants qui en sont les victimes. Ces deux éléments méritent à eux seuls de s’intéresser à ce roman. Mais pour ceux qu’une approche documentaire ou biographique dans une œuvre de fiction peut rebuter, passez votre chemin.

3/5