Jamais de Bruno Duhamel

Jamais

Auteur : Bruno Duhamel

Bamboo, 2018, 56 pages.

Résumé : A Troumesnil, en Normandie, la falaise est grignotée par la mer à chaque tempête. Le maire du village a fait évacuer les habitations les plus menacées. Seule Madeleine, une nonagénaire, aveugle de naissance, refuse de partir. Elle continue à vivre avec son chat et le souvenir de son mari dans sa maison en équilibre au-dessus du vide. Le maire décide d’employer les grands moyens pour l’expulser mais Madeleine a bien l’intention de résister.

Mon avis : Quel plaisir que de découvrir ce personnage de Madeleine, nonagénaire, aveugle, qui vit dans sa maison au bord de la falaise, dans le souvenir de son mari disparu en mer. Une force de la nature à la fois drôle et émouvante qui va faire vivre mille misères au maire de son village.

Si le traitement de cette histoire se veut comique, derrière les situations souvent drôles et les dialogues percutants apparaissent des thématiques beaucoup plus sérieuses. La vieillesse, la solitude et le handicap sont abordés avec beaucoup de tact et de justesse. Au fil des pages, on comprend pourquoi cette vieille dame ne veut pas quitter sa maison qui menace pourtant de s’abîmer en mer à chaque tempête. Qui l’emportera entre Madeleine et le principe de précaution ?

Cette histoire drôle et émouvante est portée par un dessin remarquable, notamment le paysage de cette falaise normande, aux couleurs agréables, ce qui rend la lecture de cette bande dessinée encore plus plaisante. Un très belle découverte que je vous conseille vivement.

4/5 ©Lionel Four. lionelfour

Marie Heurtin ***

Marie Heurtin : Affiche

On va se parler honnêtement, un film adapté d’une histoire vraie, sur une jeune fille née sourde-muette, incapable de communiquer, placée dans un institut où des religieuses vont l’aider à s’ouvrir au monde, on n’est pas franchement proche de mon univers ! J’avais d’ailleurs peur de tomber sur un film d’un ennui mortel alourdi par des bondieuseries que le thème laissait présager. Eh bien, il n’en a rien été.

Après L’Homme qui rit, film ambitieux mais qui souffrait d’effets trop appuyés, Jean-Pierre Améris revient avec un film où la simplicité de la réalisation est de mise. Tout ici est porté par l’interprétation remarquable des actrices et particulièrement d’Ariana Rivoire dans le rôle titre et d’Isabelle Carré comme souvent excellente.

Il n’y a ici aucun effet superflu et pourtant on ne s’ennuie pas un seul instant. J’ai été tour à tour bouleversé, fasciné et même amusé par ce personnage de Marie Heurtin et par son éducatrice. Il ressort de ce film une sincérité, une tendresse et une générosité touchantes qui permettent de combler un scénario sans grande surprise et une mise en scène sans audace. Qu’importe ce n’est pas ici l’intérêt. Jean-Pierre Améris a compris que son sujet se suffit à lui même et ne nécessite pas d’en rajouter.

Il nous compte une histoire simple et émouvante où se pose la question de l’abnégation et de la patience dans l’éducation et la pédagogie. il n’est à aucun moment question de religion car tout n’est ici qu’apprentissage au-delà de toute forme de handicap. Un film à la sensibilité à fleur de peau, une émotion pure qui permet de faire oublier les nombreux défauts.

Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier

Où on va, papa ?

Librairie Générale Française, Le livre de poche, 2010, 144 pages

Prix Femina 2008

Résumé: Jean-Louis Fournier raconte son quotidien avec ses deux fils aînés lourdement handicapés, atteints d’une maladie génétique rare. Il a choisi de parler de manière décalée avec humour de cette relation filiale à quasi sens unique, de ce qu’ils peuvent faire et, surtout, de ce qu’ils ne peuvent pas faire.

Critique: Ce roman autobiographique est le témoignage d’un père d’enfants handicapés, le plus souvent démuni face à une impossibilité de communiquer. Le choix d’aborder ce thème de manière souvent humoristique pourrait déranger mais c’est ce qui évite à Jean-Louis Fournier de sombrer dans un misérabilisme trop courant lorsqu’il s’agit d’aborder ce thème.

La lecture de ce livre, assez court, est donc plutôt agréable et facile. J’aurais pourtant deux bémols à apporter, non pas sur la forme avec une écriture fluide et drôle mais sur le fond.

  • D’abord, cette façon de lister chapitre après chapitre ce qu’il n’a pas pu faire avec ses fils, comme pour s’excuser de ne pas les avoir aimés comme il aurait fallu, a quelque chose de redondant sur la longueur. On a parfois presque plus l’impression qu’il s’agit d’un livre sur les espoirs déçus d’un père.
  • Ensuite, j’ai été très gêné par cette absence totale de la mère, comme si elle n’existait pas ou s’était sauvée pour ne pas avoir à s’occuper de ces deux fils, laissant le père seul à son « triste » sort. Après de rapides recherches, je me suis aperçu qu’il n’en était rien. Je vous invite à consulter ce site.

Il s’agit donc d’un roman au moins autant que d’un témoignage, mais malgré tout c’est un livre utile pour décrire le ressenti et la solitude d’un père d’enfants handicapés.

3,75/5

Le transfo de Sylvie Deshors

Le transfo

Editions Thierry Magnier, 2003, 111 pages

Résumé : Installé sur le toit du transformateur, Bô dessine. Seul, tranquille, loin de l’agitation de la ville dont il se sent exclu. Bô est sourd. Un jour, il trouve son refuge squatté par Angela, une jolie brune teigneuse, cible désignée d’une bande de garçons qui s’acharne contre elle au collège et colporte des rumeurs sur son compte. Drôle de rencontre que celle de ces deux-là qui décident, sur un coup de tête, de prendre le large.

Critique : Petit livre pour ados très rapidement lu. Les deux héros sont un jeune homme sourd qui, du fait de son handicap, est souvent rejeté par les autres garçons de son âge et une adolescente qui doit faire face au machisme des garçons de son quartier. L’ouvrage est intéressant dans le sens où il aborde avec intelligence les discriminations liées au sexe ou au handicap. Sylvie Deshors pointe les choses avec simplicité mais efficacité. L’ouvrage, très court, plaira aux petits lecteurs. Mais du coup, comme ce roman est très court, on pourra lui reprocher de parfois manquer d’un peu de fond avec des personnages secondaires qui ne sont qu’effleurés et des enchaînements dramatiques un peu rapides.

3/5