L’Homme qui rit **

L'Homme qui rit : affiche

Projet ambitieux du réalisateur des Emotifs anonymes, cette adaptation d’un roman de Victor Hugo, que j’ai pu voir en avant-première plus d’un mois avant sa sortie, n’est ni franchement ratée, comme le font croire trop de critiques, ni un chef d’oeuvre.

Tout commence dans la neige et le froid… des loups, des orphelins pauvres, un cimetière, des costumes 18e… Mylène Farmer va-t-elle apparaître à l’écran ? Non et c’est dommage car on se dit qu’elle aurait été parfaite dans le rôle de la Duchesse interprété par une Emmanuelle Seigner sans surprise qui a déjà trop joué la tentatrice, séductrice, sulfureuse à l’écran. C’est bien là le problème de ce film trop balisé et convenu alors que l’histoire écrite par Victor Hugo se veut totalement révolutionnaire. Chacun, dans sa partition, ne surprend pas.

Alors, certes Marc-André Grondin a beaucoup de charisme et porte magnifiquement le rôle de Gwynplaine mais il est bien seul face à des rôles secondaires absents. Christa Theret est mignonne mais elle joue les aveugles comme une débutante, quant à Depardieu, il n’est plus que l’ombre de lui-même depuis déjà quelques années. Pourquoi diable s’acharne-t-on à continuer à le faire jouer ? Sans doute pour faire plaisir aux chaînes de télé qui vont diffuser ce film en prime time et espérer attirer la ménagère sur son nom…

Malgré tout, L’Homme qui rit possède un véritable souffle épique et surtout une vraie modernité dans le propos autour de l’acceptation de la différence, de la construction d’une famille, des relations sociales entre riches et pauvres, des privilèges et de la recherche de la célébrité. C’est dans ces symboles, nombreux, que le film est le plus intéressant et porte un véritable message sur les dérives de nos sociétés. Si l’on ajoute l’esthétique, les costumes et les décors, à la Tim Burton, très réussis, on obtient un film intéressant. Les principaux regrets portant donc certains effets dramatiques un peu trop appuyés et sur l’interprétation le plus souvent pas à la hauteur de l’ambition de l’auteur et du réalisateur…

Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté **

Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté : affiche

Après le très mauvais Astérix aux Jeux Olympiques, on attendait beaucoup du retour sur grand écran du héros à moustache. Force est de constater que si l’on est largement au-dessus de l’opus précédent, le contrat n’est pourtant qu’à moitié rempli entre de purs moments de bonheur et de francs ratages. Le choix de Laurent Tirard d’être assez fidèle aux deux tomes d’origine, puisqu’il adapte le très bon bon Astérix chez les Bretons et le plus médiocre Astérix et les Normands, lui permet de retrouver un humour bon enfant plus qu’appréciable.

Du coup, il obtient un récit riche qui fait la part belle au côté plus humain d’Astérix et à sa relation de « vieux couple » qu’il entretient avec Obélix. L’alchimie entre Baer et Depardieu (très en deçà)  permet la réussite de ces scènes de comédie, par ailleurs soutenues par des seconds rôles en grande forme. Gallienne est formidable comme toujours. Lemercier, Deneuve et Le Bon s’amusent visiblement. Le jeune Vincent Lacoste est excellent. Je serais plus réservé sur les performances de Luchini, visiblement absent en César dépressif, de Jugnot en pirate et d’Atmen Kélif totalement à côté de la plaque et ridicule en pakistanais à l’accent chinois…

Quant aux Normands, si Dany Boon est assez drôle dans une scène d’anthologie avec Lemercier, force est de constater qu’ils n’apportent pas grand chose à l’histoire. D’ailleurs, ces digressions trop nombreuses et souvent inutiles font que le film a un côté suite de sketchs où chacun joue sa partition au détriment d’une certaine cohérence. Le rythme s’en ressent avec, à plusieurs reprises, des moments creux rendant l’ensemble moins enlevé que le Mission Cléopâtre de Chabat.

Car en se voulant fidèle à l’oeuvre d’origine, le film de Tirard reste bien sage et si le film est joyeusement régressif, il cible globalement davantage les 8-12 ans que leurs parents. Du coup, Tirard laisse les nombreux rôles secondaires vampiriser le film en lui apportant à la fois les scènes les plus drôles mais en alourdissant excessivement le récit. Les décors et les costumes sont fidèles à la BD, mais les effets spéciaux sont un peu datés et n’ont rien d’exceptionnels. Quant à la 3D, simple argument marketing, elle est plus que dispensable, voire franchement ratée.

Au final, un gentil divertissement familial, sauvé par ses acteurs, qui à coup sûr fera le plein d’audience lors de sa diffusion un dimanche soir à 20h50 sur TF1.

Potiche ***

Potiche

Potiche, c’est au départ une pièce de boulevard avec dans le rôle titre Jacqueline Maillan. Depuis la fin des années 70, on pouvait penser le texte un peu démodé et le thème du travail des femmes un brin désuet, pourtant François Ozon s’empare de la pièce, la dépoussière, et nous propose un objet filmique au kitsch assumé, voire volontairement appuyé, et d’une improbable modernité.

Pour la première fois, le réalisateur signe une comédie pure et s’amuse visiblement avec son casting, avec en tête une Catherine Deneuve exceptionnelle de malice et de drôlerie, Fabrice Luchini et Gérard Depardieu qui n’en font pas des tonnes, Karin Viard comme toujours excellente et le formidable Jérémie Renier qui croise à nouveau Ozon, pour notre plus grand plaisir. Seule Judith Godrèche minaude un peu trop mais son rôle de peste lui va comme un gant…

Le génie d’Ozon est de s’amuser avec les codes du boulevard et de parsemer son film, qu’il situe en 1979, de références actuelles. Il en ressort un portrait en creux de notre société bien plus malin qu’il semble être à première vue. Les répliques cultes s’enchaînent, les dialogues sont savoureux et l’ensemble est très bien mené. On rit beaucoup, mais l’on se dit qu’il reste encore beaucoup à faire tant pour l’égalité des sexes que pour la justice sociale…