Le ciel attendra ***

Le Ciel attendra : Affiche

J’ai eu la chance de découvrir le nouveau film, Le Ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar lors d’une des avant-premières organisée par Parenthèse Cinéma. Après Les Héritiers, la réalisatrice poursuit dans cette même veine de films à thème, très pédagogiques, s’adressant aux adolescents et aux familles.

On suit, cette fois, le parcours inverse de deux adolescentes face à la radicalisation, l’une en sortant quand l’autre s’y laisse entraîner. Comme Les Héritiers, qui traitait de l’antisémitisme et du devoir de mémoire, ce nouveau film est très didactique, parfaitement documenté, et rythmé par les intervention passionnantes, à la limite du documentaire, de Dounia Bouzar dans son propre rôle. Ce processus de rupture est parfaitement montré et expliqué.

La question que l’on peut alors se poser est « Est-ce-qu’un thème fait un film ? » Si la méthode est très courante dans les téléfilms, elle est plus rare au cinéma. Ce côté cinéma du réel, collant à l’actualité, pourra en gêner plus d’un. Effectivement, la dimension artistique n’est pas la recherche première de ce film. Certains dirons même qu’un documentaire aurait été préférable sur ce sujet. Pourtant, pour toucher le plus grand nombre, il me semble que ce traitement en fiction est indispensable, il facilitera d’ailleurs la diffusion du film en première partie de soirée à la télévision.

Pour ma part, j’ai apprécié la construction habile de ce film entre passé et présent, le double point de vue des parents d’un côté et des adolescentes de l’autre. J’ai été touché par les deux jeunes actrices, Noémie Merlant et Naomi Amarger, excellentes, et par le combat de ces deux mères pour sauver leurs filles, formidablement interprétées Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau. Un film fort, à voir.

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Quand on a 17 ans ****

Quand on a 17 ans : Affiche

Quand on a 17 ans marque le grand retour d’André Téchiné aux amours adolescentes plus de 20 ans après son chef d’œuvre qu’étaient Les Roseaux sauvages. Une génération d’écart entre ces deux films et pourtant le réalisateur n’a rien perdu de sa capacité à filmer et à comprendre ces jeunes. Il garde une acuité et une justesse dans son regard qui fait de son nouvel opus une grande réussite. L’acceptation, l’amour, la relation aux parents, le deuil, la construction d’une identité et le passage à l’âge adulte sont autant d’éléments que Téchiné aborde avec tact et justesse.

Ce film est charnel, puissant, étourdissant, porté par deux jeunes comédiens en état de grâce, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila. Une fois de plus, le réalisateur démontre sa capacité à faire émerger des jeunes comédiens talents. Tous les deux sont incroyables de violence contenue, de sensualité et sentiments refoulés. Une relation passionnelle comme on en a peu vues au cinéma. Au milieu de ce duo à couteaux tirés, Sandrine Kiberlain, au sommet de son art, campe une mère courage sur le fil.

Là où Les Roseaux sauvages étaient insouciants, Quand on a 17 ans est à l’image de cette jeune génération tout en ambivalences, désenchantée mais pleine d’espoir, sérieuse mais maladroite, réservée mais portée par ses désirs, passionnée mais violente. Un film audacieux et d’une grande modernité qui montre qu’André Téchiné garde un regard singulier mais très actuel. Un grand film.

En mai fais ce qu’il te plaît ***

En mai fais ce qu'il te plaît : Affiche

La débâcle française et l’exode de mai 1940 sont au cœur du nouveau film de Christian Carion, réalisateur de Joyeux Noël. Comme pour ce précédent film qui abordait les tranchées de la Première Guerre mondiale, la reconstitution est appliquée pour ce deuxième mélodrame de l’année, après Suite française, à s’intéresser à cette période de l’histoire. Ici, Christian Carion fait le choix d’aborder la vie d’un village et de ses habitants poussés à l’exode par les événements.

La galerie de portrait est quelque peu stéréotypée (le maire, la bistrotière, l’institutrice, l’ivrogne…) pourtant le casting fait le job de manière appliquée. Si Olivier Gourmet et Mathilde Seigner sont dans des registres assez habituels, leur nom devant permettre au film d’obtenir une certaine exposition, je retiens davantage les prestations d’August Diehl en père courage et surtout d’Alice Isaaz qui campe une institutrice d’une incroyable humanité. Elle est pour moi LA révélation du film.

Pour le reste, la réalisation est ample, l’histoire est émouvante malgré de nombreuses invraisemblances. Sans être exceptionnel, En mai fais ce qu’il te plaît est un assez bon drame historique comme sait en produire le cinéma français. Classique sur la forme, consensuel sur le fond, il sera le divertissement populaire idéal d’un dimanche soir en famille. Un film agréable à voir qui raconte une belle histoire à travers la grand histoire mais auquel il manque un peu d’aspérités et de parti pris pour totalement convaincre.

Le Labyrinthe du silence ***

Le Labyrinthe du silence : Affiche

En Allemagne de l’Ouest, à la fin des années 1950, un jeune procureur découvre l’horreur des camps de concentration et d’extermination et regroupe des preuves et des témoignages permettant de traduire en justice les criminels de guerre nazis. S’inspirant de faits réels, Giulio Ricciarelli construit un film de facture classique mais diablement efficace sur une page méconnue de l’histoire allemande.

En effet, déchirée par la Guerre Froide et une fois le procès de Nuremberg passé, l’Allemagne, frappée d’amnésie collective, a rapidement tourné la page du nazisme oubliant qu’un grand nombre de ses criminels n’avaient pas été poursuivis. C’est à partir de ces procès d’anciens SS ayant servi à Auschwitz que va se construire le travail de mémoire du génocide et que la prise de conscience du peuple allemand va débuter.

J’ai été touché par ce film admirablement interprété, évitant tout voyeurisme inutile. Ainsi le réalisateur ne se perd pas dans la reconstitution des exactions commises mais reste tout au long du film sur son sujet, le travail d’un jeune procureur pour faire éclater la vérité. Aucun effet appuyé, pas de sensationnalisme ni de dispersion ou de dilution du propos, mais une étude objective des faits qui interroge chaque spectateur sur la responsabilité individuelle de chaque allemand, et au-delà de chaque européen, sur l’horreur des crimes commis.

J’ai été ému, souvent, par ce film admirable et passionnant. Un premier long métrage prometteur de Giulio Ricciarelli. Un film à ne pas rater.

Imitation Game ****

Imitation Game : Affiche

 Avant ce film, peu de personnes connaissaient le destin d’Alan Turing, ce mathématicien qui mit au point l’ancêtre d’un ordinateur permettant de décrypter la machine d’encodage allemande Enigma réputée inviolable. Grâce à lui, les Alliés ont pu suivre les faits et gestes des Nazis et il est souvent estimé que son action a permis de réduire la durée de la guerre de deux ans. Poursuivi, après la guerre, pour homosexualité, la justice britannique lui impose la castration chimique. Il est retrouvé mort, empoisonné au cyanure, dans les années 1950.

C’est ce destin tragique et exceptionnel que l’on peut suivre dans Imitation Game. C’est à un héros de guerre, qui n’a pourtant jamais combattu sur un champ de bataille, que le réalisateur Morten Tydlum rend hommage. Un héros de l’ombre, au destin injuste, trop longtemps tombé dans l’oubli. Pourtant, le film ne tombe jamais dans l’hagiographie et Benedict Cumberbatch campe superbement et avec beaucoup de subtilités ce personnage complexe, froid et ombrageux.

La mise en scène est ample, sans effets superflus et permet aux acteurs de donner toute la mesure de leur talent. La construction du récit est aussi passionnante, avec d’habiles flashback qui évitent les pièges d’un récit trop linéaire. Je me suis totalement laissé prendre dans cette histoire qui est aussi une part incontournable de la grande histoire. Un très grand film, classieux, habile, d’une rare intelligence dont je suis ressorti emballé. J’ai bien du mal à trouver le moindre défaut à ce film aussi fort que bouleversant. Sans aucun doute, le film à ne pas manquer en ce début d’année 2015 et un très grand coup de cœur.

Mommy ****

Mommy : Affiche

Avec cette histoire d’amour fusionnelle entre une mère et son fils, Xavier Dolan a marqué largement les esprits lors du dernier festival de Cannes. Si Mommy n’a pas obtenu la Palme d’Or, il a été, à juste titre, le coup de cœur du public et de nombreux commentateurs.

Ce film, sans aucun doute très personnel, racontant le parcours d’un jeune homme hyperactif, maladivement amoureux de sa mère, veuve, est bouleversant. Au milieu de ce duo, l’arrivée d’une voisine va modifier les équilibres et ouvrir le jeune homme au monde.

Chaque plan est d’une richesse visuelle et artistique totale. J’ai été totalement emballé par le travail du jeune réalisateur, tant par le jeu sur les cadres que par sa mise en scène. Par ailleurs, les trois interprètes sont d’une densité incroyable dans leur jeu, le jeune Antoine Olivier-Pilon en alter ego de Xavier Dolan, Suzanne Pascal émouvante en femme brisée et surtout, Anne Dorval, rôle-titre qui propose une composition absolument exceptionnelle.

Ce film est un électrochoc émotionnel, excessif dans sa forme assumée et revendiquée, dont je ne suis pas sorti indemne et qu’il est bien difficile de décrire sans en galvauder le contenu. Un très grand film comme on en voit trop peu au cinéma, à ne pas rater !

Marie Heurtin ***

Marie Heurtin : Affiche

On va se parler honnêtement, un film adapté d’une histoire vraie, sur une jeune fille née sourde-muette, incapable de communiquer, placée dans un institut où des religieuses vont l’aider à s’ouvrir au monde, on n’est pas franchement proche de mon univers ! J’avais d’ailleurs peur de tomber sur un film d’un ennui mortel alourdi par des bondieuseries que le thème laissait présager. Eh bien, il n’en a rien été.

Après L’Homme qui rit, film ambitieux mais qui souffrait d’effets trop appuyés, Jean-Pierre Améris revient avec un film où la simplicité de la réalisation est de mise. Tout ici est porté par l’interprétation remarquable des actrices et particulièrement d’Ariana Rivoire dans le rôle titre et d’Isabelle Carré comme souvent excellente.

Il n’y a ici aucun effet superflu et pourtant on ne s’ennuie pas un seul instant. J’ai été tour à tour bouleversé, fasciné et même amusé par ce personnage de Marie Heurtin et par son éducatrice. Il ressort de ce film une sincérité, une tendresse et une générosité touchantes qui permettent de combler un scénario sans grande surprise et une mise en scène sans audace. Qu’importe ce n’est pas ici l’intérêt. Jean-Pierre Améris a compris que son sujet se suffit à lui même et ne nécessite pas d’en rajouter.

Il nous compte une histoire simple et émouvante où se pose la question de l’abnégation et de la patience dans l’éducation et la pédagogie. il n’est à aucun moment question de religion car tout n’est ici qu’apprentissage au-delà de toute forme de handicap. Un film à la sensibilité à fleur de peau, une émotion pure qui permet de faire oublier les nombreux défauts.

Saint Laurent ***

Saint Laurent : Affiche

Quelques mois après le Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert, c’est au tour de Bertrand Bonello de proposer sa vision de la vie du célèbre couturier. Évidemment, les critiques font le parallèle entre ces deux films pourtant très différents sur le fond comme sur la forme. Les films s’intéressent à deux périodes différentes de la vie du créateur et du coup n’abordent pas les choses de la même façon. On pourrait presque dire qu’ils sont complémentaires.

Bertrand Bonello n’a visiblement pas demandé à ses acteurs, Gaspard Ulliel et Jérémie Renier en tête, de ressembler à tout prix à leurs personnages. Certes l’interprétation est là, parfaitement maîtrisée, mais elle a d’abord pour but de servir un récit plus libre, plus arty, plus border-line au risque de rendre le film moins accessible et moins grand public. Ce film ne rencontre d’ailleurs pas le même succès public… loin de là !

Il est ici question des années 1967-1976, les années de la libération sexuelle et celles de toutes les expérimentations pour Saint-Laurent. Ce sont le désir et le processus de création qui sont au cœur de ce second biopic. Bonello propose un film au charme vénéneux, magnifiquement mis en scène, mais où la débauche d’alcool, de sexe et de drogue, pourra en désarçonner plus d’un. Qu’à cela ne tienne, il tient son parti pris de cinéma d’auteur d’un bout à l’autre de son film.

Si j’ai été subjugué par la beauté formelle de cette version, il n’en reste pas moins que le film souffre cependant d’une sophistication trop poussée et de quelques manques de rythmes. Par ailleurs, Bonello peine davantage que Lespert à retranscrire à l’écran le génie de Saint-Laurent et son influence artistique indéniable sur l’ensemble de la mode internationale. Il en reste malgré tout deux films à voir sur un monstre sacré de la mode.

12 years a salve ****

12 Years a Slave : Affiche

12 Years a Slave

L’esclavage et la Guerre de Sécession restent sans doute parmi les pages les plus sombres de l’histoire américaine. Comment un état qui se voulait démocratique et égalitaire a-t-il pu laisser perdurer un système d’une telle violence niant la notion même d’humanité ? Le développement économique permet-il de justifier l’inacceptable ?

A la façon d’une psychothérapie collective, le cinéma américain s’intéresse régulièrement à cette période, mais aucun film, jusqu’à présent, ne nous avait fait entrer à ce point dans le système esclavagiste, le disséquant avec autant de réalisme. Il s’agit de l’adaptation du témoignage autobiographique de Salomon Northup qui a subi 12 ans d’esclavage entre 1841 et 1853.

Steve McQueen, réalisateur des déjà très dérangeants Hunger et Shame, aborde l’esclavage à hauteur d’homme à travers ce parcours bouleversant d’un musicien libre du Nord, père de famille, enlevé et vendu comme esclave dans le Sud. A travers son parcours, c’est toute la violence physique et psychologique d’un système esclavagiste en pleine déliquescence qui est analysée par le réalisateur britannique. Certaines scènes insoutenables m’habiteront longtemps après avoir vu ce film.

Mais ce qui marque le plus, ce n’est pas tant la chair qui éclate sous les coups de fouets que cette déshumanisation totale des victimes, une violence psychologique inouïe qui menace d’exploser à chaque instant, de l’émotion à l’état brut qui fait que l’on en ressort la gorge serrée. Steve McQueen prend le temps d’installer ce face à face éprouvant entre Chiwetel Ejiofor et Michael Fassbender, tous les deux exceptionnels de finesse et d’ambiguïté dans leur jeu.

C’est un film coup de poing, magnifiquement filmé, sans doute l’un des tous meilleurs de ces dernières années, qui ne laisse pas indemne, mais dont le réalisme effroyable est indispensable car, au-delà de l’œuvre artistique admirable, c’est sans doute le premier grand film à construire la mémoire des victimes de l’esclavage.

Belle et Sébastien ***

Belle et Sébastien : Affiche

La célèbre série télévisée créée par Cécile Aubry est pour la première fois adaptée sur grand écran par Nicolas Vanier. Cet habitué de la neige et des grands espaces en offre une relecture intéressante, aux paysages époustouflants, teintée de nostalgie, de tendresse et d’émotion. Pour ma part, je connaissais la série originale de nom, en avait vu quelques extraits mais n’en connaissais pas plus sur cette histoire.

Le choix judicieux de Nicolas Vanier est d’avoir placé son scénario pendant l’Occupation allemande lui donnant un enjeu dramatique fort qui lui aurait sans doute fait défaut sans cela. Bien sûr, tout cela est assez simple et très manichéen, mais il s’agit avant tout d’un film familial. Ce qui impressionne le plus, ce sont les paysages absolument grandioses, véritable clip touristique pour les Alpes française. Tout le savoir faire du réalisateur, spécialiste des grands espaces enneigés, transparaît à l’écran.

Alors, bien sûr, ça dégouline de bons sentiments, c’est souvent naïf, avec des méchants très méchants, des gentils très gentils, un message écolo en filigrane et une ode à l’amitié assumée. Mais il est parfois bon de se laisser transporter par un peu de douceur et de générosité. Belle et Sébastien est sans conteste le grand film familial de cette fin d’année, tendre et attachant, à défaut d’être totalement abouti.