Triangle rose de Michel Dufranne, Milorad Vicanovic-Maza et Christian Lerolle

Triangle rose

Triangle rose

Quadrants, 2011, 143 p.

Résumé : Pour un devoir scolaire, un lycéen rend visite à son arrière-grand-père rescapé des camps. Il ignore qu’il va réveiller chez le vieil homme de terribles blessures.

Dans le Berlin des années 1930, il vivait, avec un groupe d’amis, ouvertement son homosexualité. Rattrapé par la chape de plomb qu’impose peu à peu le régime nazi sur la société allemande, il subira comme des dizaines de milliers d’homosexuels, la haine, les lois discriminantes, la déshumanisation et la déportation.

Après la guerre, le Paragraphe 175 pénalisant les homosexuels est maintenu, empêchant la reconnaissance de son statut de victime du nazisme et l’obligeant à quitter l’Allemagne pour se reconstruire.

Critique : Cet ouvrage, bouleversant, met en image une page sombre, longtemps passée sous silence, de l’histoire allemande. Les pages, consacrées au Berlin des années 30, montrent comment une société incroyablement ouverte et tolérante a peu à peu sombré dans la haine et le totalitarisme. Les ressorts de l’antisémitisme et de l’homophobie y sont décrits avec beaucoup d’acuité.

Les dessins sont précis, clairs, détaillés et nous plongent totalement dans la période. La violence des situations m’a pris aux tripes. Mais ce qui fait aussi la force de cet ouvrage, c’est de démontrer comment la haine à l’encontre des homosexuels s’est poursuivie au-delà de la guerre et de la chute du régime nazi, et comment le devoir de mémoire a été trop longtemps nié aux homosexuels.

Un récit poignant et saisissant dont on ne sort pas indemne. Un récit pour ne jamais oublier, surtout en ces temps de résurgence de la haine homophobe et antisémite, immonde, intolérable et inacceptable.

5/5

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Le grand déballage d’Elaine Lobl Konigsburg

Le grand déballage

Bayard jeunesse, Millézime, 2011, 279 pages

Résumé: Amedeo vit avec sa mère en Floride. Il est fasciné par sa voisine, Mme Zender, ancienne cantatrice qui va prochainement déménager dans une maison de retraite. Elle doit se débarrasser d’un grand nombre d’objets accumulés tout au long de sa vie. C’est la mère de William, un ami d’Amedeo, qui est chargée d’en faire l’inventaire. Les deux garçons décident de l’aider mais sont rapidement confrontés à l’émergence d’un ancien secret autour d’un dessin signé Modigliani. Ils ont besoin de toute l’expérience de Paul Vanderwaal, célèbre galeriste et parrain d’Amadeo, pour reconstituer une vérité datant de plusieurs décennies.

Critique: A l’image des biens accumulés toute sa vie par cette Mme Zender, cet ouvrage pourrait presque s’apparenter à une grande braderie un peu fourre-tout tant les thèmes abordés y sont nombreux. Les pièces du puzzle tardent un peu à se mettre en place entre d’un côté un inventaire dans une maison où tous les objets, ou presque, sont passés en revue, et de l’autre la mort d’un vieil homme et l’organisation d’une exposition d’art.

Bref, il faut s’accrocher une bonne moitié de l’ouvrage pour enfin comprendre où l’auteure veut nous emmener. Peu à peu, les descriptions laissent la place à l’histoire proprement dite et surtout à une émotion palpable qui nous gagne. Le roman monte en puissance avec les écrits bouleversants de John Vanderwaal jusqu’à un final, très réussi, à la façon d’un Agatha Christie où tous les protagonistes sont réunis pour une grande explication.

Malgré une histoire qui tarde un peu à démarrer, j’ai trouvé ce roman très réussi. Attention, ce livre de littérature jeunesse est à réserver aux assez bons lecteurs qui apprécient l’art moderne et le monde des antiquaires et galeries d’art.

4/5