Jamais de Bruno Duhamel

Jamais

Auteur : Bruno Duhamel

Bamboo, 2018, 56 pages.

Résumé : A Troumesnil, en Normandie, la falaise est grignotée par la mer à chaque tempête. Le maire du village a fait évacuer les habitations les plus menacées. Seule Madeleine, une nonagénaire, aveugle de naissance, refuse de partir. Elle continue à vivre avec son chat et le souvenir de son mari dans sa maison en équilibre au-dessus du vide. Le maire décide d’employer les grands moyens pour l’expulser mais Madeleine a bien l’intention de résister.

Mon avis : Quel plaisir que de découvrir ce personnage de Madeleine, nonagénaire, aveugle, qui vit dans sa maison au bord de la falaise, dans le souvenir de son mari disparu en mer. Une force de la nature à la fois drôle et émouvante qui va faire vivre mille misères au maire de son village.

Si le traitement de cette histoire se veut comique, derrière les situations souvent drôles et les dialogues percutants apparaissent des thématiques beaucoup plus sérieuses. La vieillesse, la solitude et le handicap sont abordés avec beaucoup de tact et de justesse. Au fil des pages, on comprend pourquoi cette vieille dame ne veut pas quitter sa maison qui menace pourtant de s’abîmer en mer à chaque tempête. Qui l’emportera entre Madeleine et le principe de précaution ?

Cette histoire drôle et émouvante est portée par un dessin remarquable, notamment le paysage de cette falaise normande, aux couleurs agréables, ce qui rend la lecture de cette bande dessinée encore plus plaisante. Un très belle découverte que je vous conseille vivement.

4/5 ©Lionel Four. lionelfour

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Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris

Vous n’aurez pas ma haine

Auteur : Antoine Leiris

Editions Fayard, 2016, 144 pages

Impossible de ne pas être bouleversé par la lecture de ce texte d’une rare force, prolongement d’un texte posté sur les réseaux sociaux dans les jours qui ont suivi l’attentat du Bataclan au cours duquel Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris. Il explique, sans détour, l’angoisse dans les heures qui ont suivi l’attentat, la solitude, le deuil.

Ce qui fait la puissance de Vous n’aurez pas ma haine est qu’Antoine Leiris, touché au plus profond, s’adresse à son jeune fils de 17 mois, orphelin de mère, auquel il explique son amour infini pour cette femme. Face à la mort, il préfère parler de la vie.

Les meurtriers ne sont pas au cœur de ce texte, la colère n’est pas au cœur de ce texte. Au contraire, au milieu des invectives et des cris de haine, Antoine Leiris choisit de répondre par la dignité et l’amour. Cela rend son texte encore plus juste, touchant et indéniablement universel.

Il est difficile d’en dire plus sans être submergé par l’émotion ou sans en galvauder le propos. L’unique façon de découvrir Vous n’aurez pas ma haine, c’est de le lire.

4,5/5 ©Lionel Four. lionelfour

20 pieds sous terre de Charlotte Erlih

20 pieds sous terre

20 pieds sous terre

Actes Sud Junior, 2014, 208 pages

Résumé : Manon a la vie d’une adolescente comme les autres mais un jour tout bascule. Son frère Théo a été retrouvé mort électrocuté sur les rails du métro parisien. Pour la police, il s’agit d’un accident mais Manon refuse la thèse officielle et décide d’enquêter, quitte à se mettre en danger. Elle souhaite connaître la vérité sur son frère et essaie de comprendre pourquoi il lui cachait sa passion pour le graff.

Critique : Ouvrages ancrés dans le réel, faits de société, la collection Actes Sud Junior qui propose des romans pour les grands ados (14-17 ans) ne cesse de m’étonner par la qualité des textes proposés. 20 pieds sous terre de Charlotte Erlih ne déroge pas à cette règle.

L’écriture simple mais efficace soutient une histoire au suspense soutenu qui comporte son lot de rebondissements pour sans cesse réveiller l’intérêt du lecteur. On entre très rapidement dans le vif du sujet et l’on suit le parcours de Manon, une adolescente qui décide de partir à la recherche des responsables de la mort de son frère.

Le récit, parfois dur, propose une plongée passionnante dans l’univers des graffeurs, mais il permet surtout à l’auteure d’aborder les liens familiaux, plus particulièrement dans les fratries, et le deuil d’un être cher. Ainsi Charlotte Erlih trouve un juste équilibre entre moments d’émotion et thriller redoutable.

Bien sûr, cela reste de la littérature jeunesse, donc pas trop extrême et avec quelques facilités scénaristiques, mais les thèmes abordés sont plutôt gonflés et parfois même assez inattendus. Au final, une lecture plutôt agréable et qui, à coup sûr, saura séduire les petits lecteurs.

3,75/5

Le garçon d’à côté de Katrina Kittle

Le garçon d'à côté

Le garçon d’à côté

Titre original : The Kindness of stangers, LGF, Le livre de poche, 2012, 571 p.

Résumé : Sarah vit avec ses deux fils, Nate un adolescent turbulent et le jeune Danny, dans une petite ville tranquille du Middle West. Ensemble, ils tentent de surmonter la mort de leur mari et père des suites d’un cancer. Leur fragile équilibre est rompu le jour où leurs voisins et amis, les Kendricks sont accusés de pédophilie et notamment d’abus sexuel sur leur fils, Jordan. Sarah, sous le choc et se sentant coupable de n’avoir rien vu, décide d’accueillir Jordan chez elle. Chacun des membres de la famille va devoir trouver sa place dans cette nouvelle organisation et accepter de faire le deuil d’une vie passée.

Critique : Avec ce roman, Katrina Kittle aborde un sujet encore trop souvent tabou, la pédophilie et notamment l’inceste. L’ouvrage est très largement documenté puisque l’auteure s’est appuyée sur l’expertise de spécialistes du sujet afin d’être au plus proche de la réalité.

Le style est direct et très efficace sans jamais sombrer dans le graveleux, le voyeurisme mal placé ou la facilité. Les ambivalences psychologiques de chaque personnage sont parfaitement décrites en évitant les stéréotypes. Katrina Kittle montre, à travers eux, la montée progressive du scandale, et l’évolution personnelle de chacun face aux événements.

Mais les plus belles pages vont concerner la reconstruction progressive de cette famille frappée doublement par la mort du père et l’arrestation des voisins et proches amis. J’ai été très touché par le parcours de Sarah, de ses deux fils qui doivent surmonter un deuil et dans le même temps faire face à l’inimaginable à côté de chez eux. Et j’ai été bouleversé par le jeune Jordan qui, par son arrivée dans cette famille meurtrie, va obliger chacun à repartir de l’avant et à se reconstruire.

Un roman fort et émouvant, un coup de cœur que je vous conseille vivement.

4,5/5

Revanche de Cat Clarke

Revanche

Revanche

Titre original : Undone, Robert Laffont, collection R, 2013, 490 p.

Résumé : Jem Halliday est amoureuse de Kai, son meilleur ami. Depuis leur enfance, ils sont inséparables. Elle le voit comme le garçon idéal. Le seul problème est qu’il est gay. Lorsqu’une vidéo de lui en compagnie d’un garçon est postée sur Internet, il ne le supporte pas et se suicide. Dévastée, Jem prend trois résolutions, découvrir la vérité, venger son ami et se suicider un an plus tard. Une lettre anonyme va rapidement l’aider à avancer dans son projet.

Critique : Une adolescente mal dans sa peau doit faire le deuil de son meilleur et seul ami qui s’est suicidé après la diffusion d’une vidéo de lui avec un autre garçon. Le thème de ce roman est dur, son traitement ne l’est pas moins, l’héroïne répétant très régulièrement qu’elle souhaite mettre fin à ses jours, une fois sa vengeance mise en œuvre.

L’intrigue, qui se déroule sur une année, est rythmée par les lettres qu’a laissées Kai, l’ami disparu. Le suspense sur les responsabilités de chacun, suite à ce drame, est savamment entretenu, ce qui permet de se laisser prendre dans l’histoire. L’amitié presque amoureuse entre Kai et Jem est parfaitement décrite même si je n’ai pas été totalement convaincu par le personnage de Kai, trop heureux de vivre pour être suicidaire, aussi grande soit l’homophobie des adolescents du lycée.

Pour le reste, c’est un bon ouvrage de littérature ado, assez facile et agréable à lire qui aura le mérite d’alerter jeunes et parents sur le risque suicidaire chez les adolescents homosexuels et les dangers que peuvent représenter les réseaux sociaux et les nouvelles technologies lorsqu’ils sont utilisés pour nuire.

3,75/5