Call me by your name ****

Call Me By Your Name : Affiche

Dans la torpeur d’un été des années 80 au nord de l’Italie, un professeur d’archéologie réputé accueille un jeune chercheur américain qui poursuit ses recherches. Le fils de la famille tombe éperdument amoureux du jeune homme, un premier amour. Entre les deux va naître une idylle, un amour d’été puissant et sensuel.

Tiré du roman d’André Aciman, sur une adaptation de James Ivory, ce film de Luca Guadagnino est une grande réussite porté par un couple de comédiens excellents. Timothée Chalamet est tout simplement exceptionnel dans sa composition d’un adolescent solitaire qui vit son premier amour. Il est touchant dans ses maladresses face à un Armie Hammer froid et distant qui tente de réfréner son attirance pour l’adolescent.

Là où le film fait la différence avec d’autres films sur le même sujet, c’est que l’homosexualité n’est pas en soi un facteur dramatique dans l’histoire. Certes, la peur du qu’en dira-t-on est bien présente, mais cette amour se développe dans un contexte ouvert et tolérant. Le film va donc au-delà de se postulat et pose ce premier amour comme tous les autres premiers amours dans ce qu’il a de fragile et de fugace.

Un été comme un rêve d’où personne ne sortira indemne. J’ai été bouleversé grâce à un parti pris de simplicité dans la réalisation, où les corps sont filmés au plus près. Tantôt poétique et contemplatif, tantôt drôle et trivial, il ressort de ce film un équilibre sur le fil et je resterai longtemps habité par ce plan final d’une puissance émotionnelle rare. Un très beau film, à ne pas rater, que je vous conseille vivement.

A suivre, dans les prochaines semaines, la critique du roman d’André Aciman©Lionel Four. lionelfour

Publicités

Médecin de campagne ***

Médecin de campagne

Médecin de campagne marque le retour du réalisateur Thomas Lilti après le film Hippocrate. Après la médecine d’hôpital, le réalisateur, médecin de formation, poursuit son étude du monde médical avec ce film qui nous raconte le quotidien d’un médecin généraliste de campagne. A la fois émouvant et drôle, généreux et engagé, le film de Thomas Lilti présente davantage la vie d’un village vue à travers les yeux de son médecin qu’un quotidien de médecin largement idéalisé.

Ce qui marque à la vision de ce film, ce n’est pas tant le travail sur l’image, le réalisateur assume d’ailleurs le choix d’une campagne assez banale et passe partout, évitant ainsi le piège de la carte postale, mais c’est plutôt sa galerie de portraits. Lilti démontre un vrai talent dans la direction d’acteurs avec ses nombreux personnages secondaires dont il ressort une immense humanité. François Cluzet est comme toujours excellent dans un rôle de médecin courage qui doit à son tour accepter sa maladie. Face à ce personnage un peu bourru, Marianne Denicourt apporte ce qu’il faut d’empathie.

Tous ces comédiens épatants donnent vie à ce village, comme tant d’autres, désert médical, oublié des cartes de santé. La réalité difficile de ces villages peu à peu délaissés par les services publics est retranscrite avec beaucoup de réalisme, des familles aux femmes enceintes, en passant par les personnes âgées isolées et les jeunes porteurs de handicap. C’est un portrait touchant et sans cynisme de cette France rurale et périurbaine trop souvent abandonnée par les politiques publiques.

Au final, un film optimiste, qui fait du bien au moral, et un film résolument engagé contre les déserts médicaux.

Merci au Ciné Festival d’Ambérieu-en-Bugey qui m’a permis de découvrir ce film en avant-première et à Thomas Lilti de s’être prêté au jeu des questions réponses après la projection.

Les Souvenirs ***

Les Souvenirs : Affiche

Pour son troisième long métrage en tant que réalisateur, Jean-Paul Rouve adapte un roman de David Foenkinos, une belle histoire de famille intergénérationnelle. Dans Les Souvenirs, il dresse, avec tact et humour, le portrait d’une grand-mère, admirablement interprétée par Annie Cordy, qui fugue de sa maison de retraite pour retourner dans son village d’enfance. Le sort des personnes âgées dans notre société, les liens avec les petits-enfants, la mémoire, le temps qui passe sont autant de sujet abordés avec beaucoup de finesse et de sensibilité.

Bien sûr, l’émotion est présente à chaque instant, mais Jean-Paul Rouve sait insuffler du rythme dans son récit grâce à de vrais moments de comédie. Au cours du films, on passe par toutes les émotions, du rire aux larmes, mais toujours avec pudeur et sans effets superflus. Il est aidé par un casting d’acteurs exceptionnels avec, autour d’Annie Cordy, les formidables Michel Blanc et Chantal Lauby et le jeune Mathieu Spinosi. Par leur justesse et leur naturel, ils donnent à ce film une âme et une force incroyables.

Certes, on pourra reprocher au film d’être quelque peu classique sur la forme, mais on aurait tort de passer à côté de ces Souvenirs qui vous font aimer la vie dans ses moments drôles et mélancoliques, mais aussi dans ses bonheurs simples où l’on est entouré de ceux qu’on aime. Un très beau film que je ne peux que vivement vous conseiller !

Les Héritiers ***

Les Héritiers : Affiche

Inspiré d’une histoire vraie, voilà un film qui redonne ses lettres de noblesse au métier d’enseignant. On suit le parcours de jeunes d’une classe de seconde, très difficile, inscrits par leur professeure d’histoire-géographie au Concours National de la Résistance et de la Déportation.

Bien sûr, on pourra reprocher au film d’accumuler les clichés sur ce thème : les doutes, les tensions inévitables à l’intérieur du groupe, la hiérarchie qui met des bâtons dans les roues de l’enseignante et les bons sentiments un peu trop appuyés. Pourtant, il ressort de ce film une telle énergie et une telle générosité qu’on ne peut que se prendre de sympathie pour les principaux protagonistes.

Les Héritiers prend même une direction réaliste et documentaire avec le témoignage d’un survivant de la déportation devant la classe. L’émotion est palpable et c’est dans cet exercice de vérité que le film prend toute sa dimension. D’autant qu’il est porté par une troupe de jeunes acteurs formidables de naturel, derrière une Ariane Ascaride impeccable, comme toujours.

Au-delà de la thématique centrale du film, la plupart des maux de l’école contemporaine sont abordés avec plus ou moins de réussite mais toujours avec une volonté didactique, la mixité, la laïcité, le racisme, l’exclusion… Au final, malgré ses défauts, je retiens un film rafraichissant, pédagogique et utile dans une période où le vivre ensemble est malmené par les racistes, les réactionnaires et les intolérants.

Quartet ***

Quartet : affiche

Avec Quartet, Dustin Hoffman, 75 ans, passe pour la première fois derrière la caméra. Cette comédie dramatique à la fois drôle, tendre et émouvante nous plonge, dans une atmosphère très british, dans le quotidien d’une maison de retraite un peu particulière puisqu’elle n’accueille que des musiciens classiques et chanteurs d’opéra.

Ces anciennes gloires, qui ont souvent mené leurs carrières en parallèle, vivent en vase clos et sont forcées de cohabiter, faisant resurgir vieilles rivalités, batailles d’ego, histoires de cœur et jalousies. Cela ouvre évidemment la porte à des scène cocasses et à des joutes verbales particulièrement jouissives où les acteurs tous formidables, entourés de véritables anciennes gloires de la musique, font montre d’un sens comique exceptionnel. Entre petits et grands maux, ils nous embarquent dans la préparation du gala annuel qui permettra de faire vivre cette maisonnée unique.

On pourra bien reprocher à Dustin Hoffman de prendre peu de risques et de rester trop classique et sage sur la forme, mais il transpire de son film une telle tendresse et une si belle humanité qu’on en sort forcément ému. Son film n’est certes pas renversant mais il est plaisant et charmant. Un peu de douceur et de finesse dans un monde de brutes…

Magic Mike **

Magic Mike : affiche

Quand on s’intéresse au scénario, l’ascension et la chute d’un jeune strip-teaser, on est étonné de retrouver Soderbergh aux commandes, tant il semble être éloigné de cet univers. Pourtant il nous propose un film souvent drôle, tendre et plutôt divertissant.

Il semble beaucoup s’amuser à déshabiller ses acteurs principaux, les deux bogosses hollywoodiens du moment en tête, Alex Pettyfer et Channing Tatum. Mais s’il met en avant leur plastique, il n’en n’oublie pas les émotions, laissant le talent de ses jeunes acteurs crever l’écran. Le réalisateur, de manière assez drôle et subtile, nous propose une réflexion pas inintéressante sur une société américaine obsédée par la beauté des corps. Il décrit au scalpel ce monde superficiel et joyeusement décadent que l’Amérique schizophrène adore et déteste à la fois.

Fort d’une certaine frivolité assumée, Soderbergh débute son récit tambour battant et nous embarque rapidement dans cette histoire tirée de l’expérience vécue de Tatum. Pourtant, dans une seconde partie, il alourdit un peu trop son récit entre love story pas franchement passionnante et la description d’une chute et d’une rédemption déjà vue mille fois dans le cinéma américain. Ce film est loin d’être le meilleur de Soderbergh mais il est suffisamment gonflé dans le ronron actuel du cinéma hollywoodien pour être remarqué. Un sympathique film d’été.

La guerre est déclarée ***

La Guerre est déclarée

Au départ, il y a Roméo et Juliette, un couple comme tant d’autres dont l’amour a été une évidence dès le premier regard, ensuite il y a l’enfant qui arrive, et puis très vite la maladie qui va tout chambouler, un tsunami intolérable, inacceptable.

Sur un thème qui aurait pu sombrer dans le mélo facile et larmoyant, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, qui dévoilent l’épreuve personnelle qu’ils ont traversée, réussissent un film où domine la rage de vie et la volonté du bonheur à tout prix. S’accrocher encore et toujours pour leur fils, voir la bonne nouvelle et garder espoir même lorsque tout semble perdu. Ils sont tous les deux bouleversants de bout en bout à la fois dans les moments tragiques, mais aussi dans ces moments de comédie qui démontrent cette volonté de vivre malgré tout.

En même temps, ils sont également des reflets de notre société dans leur individualisme et dans leur refus de se laisser dépasser par la gravité de la maladie. Ils n’en sont pas moins très touchants l’un et l’autre, couple broyé par cette épreuve. Alors oui, il y a quelques plantades, quelques scènes surjouées, une chanson mal interprétée et incongrue, même si elle est très rafraîchissante, mais au final on s’en moque puisque l’on passe un merveilleux moment de cinéma, d’une sincérité désarmante, qui vous donne tout simplement envie d’aimer la vie.

La nouvelle guerre des boutons **

La Nouvelle guerre des boutons

A l’image de la Guerre des boutons, querelle de clocher opposant les gamins de villages voisins, on a assisté au mois de septembre à la même guerre sur les écrans de cinéma français. Deux guerres des boutons pour le prix d’une… Ah ben non, en fait il fallait payer pour les deux… Après valse hésitation, et surtout grâce à une invitation reçue, j’ai donc décidé d’aller voir la version de Christophe Barratier dont le titre a été judicieusement modifié par « La Nouvelle guerre des boutons« , histoire d’éviter toute méprise aux guichets désormais automatiques de nos salles de cinéma.

Je ne reviendrai pas sur cette guerre des films déjà largement traitée dans les médias pour m’intéresser plutôt au point de vue artistique, en particulier et ça me semble préférable, de la version que je suis allé voir… J’ai lu le livre (globalement très machiste) il y a quelques années et vu la première version cinématographique, aujourd’hui portée aux nues par les critiques, mais qui m’avait à l’époque prodigieusement ennuyé.

Fort de ces points de comparaison, il faut bien dire que Barratier s’éloigne très vite du modèle pour proposer quelque chose de très différent, avec de bonnes choses et d’autres moins. On le sait, le réalisateur des Choristes et de Faubourg 36 aime filmer l’enfance et les bons sentiments à coup de grands violons pour faire pleurer et rire les spectateurs. Sur ce plan là, il reste fidèle à lui même, les enfants lui apportant la légèreté nécessaire et l’époque dans laquelle il a choisi de placer son récit (en 1944) lui fournissant ce qu’il faut d’émotion. Alors bon effectivement, on ne s’ennuie pas…

Mais cet habile faiseur s’enlise à vouloir jouer à tout prix sur les deux tableaux. Certes, c’est intéressant de placer le roman de Louis Pergaud à cette époque où la violence des gamins fait échos à celle des adultes, mais avait-il besoin de la Guerre des boutons pour proposer cela ? Le résultat est, disons le un peu bancal. Le film hésite trop entre drame et comédie. Il ne faut pas blâmer les comédiens, jeunes ou adultes qui s’en sortent bien, c’est juste qu’il est des thèmes, tels que l’arrestation et la déportation des juifs, qui voisinent mal avec la comédie franchouillarde. Alors oui, la première moitié du film est plus comique et la suite plus dramatique, mais avec ces deux villages, tout à coup uniquement peuplés de résistants, le happy-end que nous propose Barratier prend un goût très amer…

The Social Network ***

The Social Network

Avec 500 millions d’accros, Facebook est devenu en quelques années seulement le réseau social incontournable sur Internet, le site du Web 2.0 et surtout un poids lourd de la net-économie au même titre que les Google, Microsoft ou autres Yahoo. A l’origine de ce groupe, et portant cette idée du siècle, se cache un génie à la personnalité trouble. C’est à ce personnage et à la création de ce site que David Fincher s’intéresse dans The Social Network.

Le formidable réalisateur des chefs d’oeuvres que sont Seven, Zodiac, Fight Club ou Panic Room, abandonne donc le thriller pour ce biopic où l’on retrouve malgré tout son immense talent de metteur en scène. Tout est parfaitement réalisé et les acteurs s’en sortent très bien. La démonstration et l’étude de ce phénomène social sont brillantes et l’on se laisse emporter par ce film à la fois intelligent dans le propos et rythmé dans la forme.

Il fait apparaître un Zuckerberg à la fois touchant dans sa solitude et odieux dans ses rapports humains. Mais il dresse aussi le portrait fascinant d’une génération cyber en mal de rapports humains. L’ensemble est fluide grâce à une utilisation très habile des flash-back, à la fois drôle, froid et cruel à l’image de son personnage principal.

Mais l’ensemble est à ce point impeccable que tout cela manque parfois d’un peu d’aspérités et d’originalité. Il en reste malgré tout un très grand film, l’un des meilleurs de l’année. A voir absolument que vous soyez anti ou pro Facebook…

Les petits mouchoirs ****

Les Petits mouchoirs

On peut difficilement critiquer ce film sans trop en dévoiler le contenu et du coup en faire perdre une partie importante de sa saveur. En gros, un groupe d’amis trentenaires et quadra se retrouvent le temps de leurs vacances dans la maison de l’un d’eux, au bord de la mer. Entre petits et grands drames, mensonges, égoïsme et hypocrisie chacun compose avec l’autre, cherchant sa voie.

Ce portrait d’une génération est à la fois drôle et touchant et le pari de Canet de nous faire passer du rire aux larmes est en ce sens pleinement réussi. Ce groupe d’amis est à la fois attachant et détestable, avec des scènes de comédie pure aux dialogues savoureux et aux répliques déjà cultes et des scènes dramatiques à l’émotion palpable.

Pour porter son film, Canet s’est entouré d’un casting 4 étoiles (Cluzet et Magimel exceptionnels) où chacun joue, visiblement avec plaisir et surtout avec talent, sa partition. Alors certes, on pourra reprocher à Canet, son scénario quelque peu laborieux pour atteindre son aboutissement, parfois un peu brouillon et moralisateur, avec quelques scènes qui s’étirent inutilement dans la deuxième moitié du film.

Pourtant on se laisse porter par la belle énergie et la sympathie que l’on ressent pour ce groupe d’amis, même s’ils sont quelques fois odieux dans certaines de leurs réactions. Peut-être justement parce qu’ils nous ressemblent dans leurs façons d’être et d’agir, avec leurs qualités et leurs défauts, oscillant entre générosité et égoïsme.

Le film d’une génération ? Le succès et le phénomène autour du film nous le dirons. En tout cas, un film révélateur d’un style de vie urbain tourné vers le confort et le bien être personnel oubliant, parfois trop, ceux qui nous entourent. Malgré ses défaut, ce film est donc une belle réussite qui n’a probablement pas fini de faire parler. Laissez-vous embarquer…