Plaire, aimer et courir vite ***

Plaire, aimer et courir vite : Affiche

Plaire, aimer et courir vite

Réalisateur : Christophe Honoré

Au début des années 1990, un jeune étudiant breton (excellent Vincent Lacoste) rencontre un écrivain (non moins excellent Pierre Deladonchamps) qui se sait condamné par la maladie. Le temps d’un été, ils vont s’aimer ; une éducation sentimentale pour l’un, un dernier amour pour l’autre.

Sur ce thème plus ou moins autobiographique, Christophe Honoré compose l’un de ses meilleurs films, brillant dans sa mise en scène, dans sa recomposition d’une époque et dans le portrait qu’il trace d’une génération fauchée par le SIDA. A mi-chemin entre Call Me By Your Name et 120 Battements par minute, Christophe Honoré propose sa vision d’une époque marquée par l’urgence et l’omniprésence de la mort.

Vincent Lacoste, lumineux, apporte ce qu’il faut de légèreté pour éviter que le récit soit complètement plombé par le propos. Face à lui, Pierre Deladonchamps est dans un registre plus complexe dans ce rôle d’écrivain aux portes de la mort, qui doit accepter de vivre une dernière histoire d’amour. Tout en frustrations et en colère, il semble bien souvent antipathique. C’est Denis Podalydès, exceptionnel en voisin et meilleur ami, qui lui apporte ce qu’il faut d’humanité. Ce trio d’acteurs porte magnifiquement ce film.

Passer après les chefs d’œuvres de Luca Guadagnino et de Robin Campillo était un défi que Christophe Honoré relève avec tendresse et humanité. Un très beau film que je vous conseille. ©Lionel Four. lionelfour

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Tout contre Léo de Christophe Honoré

Tout contre Léo

 

Tout contre Léo

L’école des Loisirs, collection « Neuf », 1996, 127 pages

Résumé : Un soir, en espionnant sa famille, Marcel apprend que son frère aîné Léo est séropositif, qu’il est malade du SIDA et qu’il va mourir. Ses parents et ses frères décident de lui cacher la vérité, alors « Petit Marcel » doit faire comme s’il ne savait rien, comme s’il n’avait rien entendu. Mais il s’agit là d’un lourd secret pour un jeune garçon qui ne peut se résoudre à laisser mourir son frère.

Critique : Beaucoup l’ignorent, mais le célèbre et très talentueux réalisateur Christophe Honoré, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler à plusieurs reprises sur ce blog, est également un auteur prolifique, notamment de littérature jeunesse. Tout contre Léo est sans doute son roman le plus célèbre parce qu’adapté en téléfilm et présent sur la plupart des rayons des CDI de collèges. On y suit le parcours d’un enfant confronté à un trop lourd secret de famille qu’il doit porter seul.

La maladie, la mort et, surtout, les non-dits sont au cœur de ce court ouvrage très émouvant. Ce sont par ailleurs des thématiques que l’on retrouve très souvent dans l’œuvre littéraire et cinématographique de Christophe Honoré. Ce « Petit Marcel », âgé de 11 ans, qui refuse obstinément de voir mourir son frère loin de lui, est un personnage très attendrissant. Mais on voit surtout à quel point les silences et les secrets de famille sont destructeurs pour l’équilibre psychologique d’un enfant.

J’ai été très ému par ce personnage et cette histoire que je vous conseille. Il me reste désormais à découvrir ses ouvrages destinés à un lectorat adulte dont où l’on retrouve ces mêmes thématiques du deuil, de la maladie, des secrets destructeurs et de l’homosexualité.

4/5

Les bien-aimés ***

Les Bien-aimés

Dans la lignée des Chansons d’amour, Christophe Honoré creuse un nouveau sillon dans son cinéma musical hommage à Demy. Là où les chansons d’amour se voulaient pleines d’espérance, on est ici davantage dans le désenchantement. Autour d’une histoire qui s’étire sur 40 ans on est souvent ému et transporté par les toujours magnifiques chansons d’Alex Beaupain.

Pourtant, force est de constater que ces Bien-aimés n’égalent pas les Chansons d’amour. Tout d’abord, le réalisateur étire un peu trop son film (sans doute une demi-heure de trop). Quelques scènes sont ratées et frisent parfois le ridicule, mais l’ensemble est rattrapé par l’excellence des acteurs, enfin surtout des actrices ! Catherine Deneuve est formidable et Chiara Mastroianni trouve enfin un rôle à la hauteur de son talent. Ludivine Sagnier est comme toujours excellente et Louis Garrel désarmant de naturel.

Au final, on passe un très bon moment de cinéma, mais il manque juste la petite étincelle qui aurait sans doute pu faire de ce film un chef d’oeuvre. Certainement plus grand public que Les Chansons d’amour, on y retrouve cependant de nombreux thèmes chers à Honoré, notamment le deuil et la maladie. Ce portrait croisé de 2 générations, malgré ses ratages, restera donc l’un des meilleurs mélo de l’année.

La Belle personne ***

 

La télévision nous réserve parfois de bonnes surprises et hier soir Arte diffusait en avant-première le nouveau film de Christophe Honoré, La Belle personne. Honoré est un réalisateur très talentueux (on en est sûr depuis l’année dernière et le formidable Les Chansons d’amour, hommage assumé à Demy) qui filme parfaitement l’adolescence, le deuil, l’absence, l’amour perdu. Il aime à s’approcher des codes de la Nouvelle Vague pour mieux les faire exploser. D’oeuvre en oeuvre, il trace peu à peu un sillon singulier et de qualité dans le paysage cinématographique français.

Avec ce nouvel opus, Honoré poursuit dans la même veine que son film précédent et propose avec cette adaptation libre et moderne de La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette quelque chose d’à la fois différent et pourant très proche (on y trouve même une très belle chanson de Beaupain interprétée par Leprince Ringuet qui aurait trouvé toute sa place dans la BO des Chansons…). Il s’amuse juste à modifier les variables de ces triangles amoureux qu’il apprécie tant. Il filme comme personne ces amours adolescentes contrariées, à la fois fragiles et excessives où planent à chaque instant l’ombre de la mort et de l’autodestruction. Il faut dire qu’il sait s’entourer de comédiens particulièrement excellents.

Léa Seydoux au coeur de tous ces tourments est énigmatique à souhait, quoiqu’un peu plus effacée dans la deuxième partie du film. Elle est entourée de deux acteurs qu’Honoré avait déjà dirigés dans Les Chansons d’amour, le toujours excellent Louis Garrel qui transporte ce qu’il faut de charme et d’intelligence et l’épatant Grégoire Leprince-Ringuet dont la gueule d’ange et la voix cassée devraient faire de lui un acteur de premier plan dans les années à venir. Autour d’eux les seconds rôles sont également impeccables.

Alors bien sûr, on pourra reprocher à Honoré une vision un peu idéale du lycée (ça se passe dans le XVIe !) et les envolées un peu précieuses de certains dialogues, et pourtant on ne peut s’empêcher de trouver une vraie modernité dans tout ça. On se laisse porter par la grâce et le rythme du récit. Un pari réussi et l’on se prend à rêver d’une trilogie sur l’adolescence signée Honoré…

Les chansons d’amour ****

 
 
C’est avec un peu de retard que j’ai découvert ce magnifique film de Christophe Honoré. Et  avec le recul, je me dis que le jury du dernier festival de Cannes est passé à côté d’un très grand film. En effet, en quelques films Honoré s’est imposé comme un très grand réalisateur (mais aussi scénariste) où s’entrechoquent les réflexions sur les rapports filiaux et familiaux, la mort, le deuil, l’absence, l’amour, l’homosexualité, autant de thèmes qui lui sont chers et qu’il a déjà abordé dans ses précédents films, le très beau mais mineur 17 fois Cécile Cassard, l’éprouvant et magnifique Ma mère, ou encore Dans Paris.
 
A chaque fois la musique joue aussi un rôle primordial, Honoré utilise ici les magnifiques compositions d’Alex Beaupain. Il prend un malin plaisir à reprendre les codes de la nouvelle vague pour mieux les dynamiter. Avec ses Chansons d’amour, il rend un hommage clair à Jacques Demy, tout en imposant ses thèmes et ses réflexions. Et la magie opère grace à une gallerie d’acteurs tout simplement géniaux! Louis Garrel en tête démontre une nouvelle fois son immense potentiel et s’impose comme le meilleur acteur intello chic de la jeune génération, ce garçon a énormément classe, de charisme et possède une palette impressionnante de sentiments nous faisant passer du rire aux larmes (même si ça tristesse est parfois un poil trop contenue!). Autour de lui, les actrices sont magnifiques à commencer par Ludivine Sagnier qui entre Ozon et Honoré trouve de bien beaux rôles où elle peut exprimer à la fois son sex-appeal et son côté mutin… Mais aussi Clotilde Hesme, Chiara Mastroianni et Alice Butaud toutes excellentes. Quant au jeune Grégoire Leprince-Ringuet, découvert en fils d’Emmanuelle Béart dans Les Egarés, il est incroyable de naturel et de fraîcheur et démontre qu’André Téchiné est décidément très doué pour dénicher de bons acteurs!
 
Il est difficile de parler de ce film, si l’on ne veut pas trop en dévoiler et émousser le plaisir du spectateur. Il est d’une sincérité bouleversante et l’on sent à chaque plan l’amour que le réalisateur a pour ses acteurs. Honoré ne se perd jamais dans des effets de manche superflus et c’est cette simplicité qui fait la force de son film. Laissez vous porter par ces Chansons d’amour et je suis certain que nombre d’entre vous achèterons la BO en sortant de la salle. Les moments de magie sont rares au cinéma, en voilà un qu’il ne faut pas laisser passer! Aime moi moins, mais aime moi longtemps…