The Danish Girl ***

The Danish Girl : Affiche

Plus de 5 années après le très réussi Discours d’un roi et après une adaptation plutôt moyenne de la comédie musicale Les Misérables, le réalisateur Tom Hooper revient une nouvelle fois avec un biopic en costume. Dans The Danish Girl, il retrace le parcours de l’artiste danoise Lili Elbe, née Einar Wegener, première personne transgenre à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930.

Dans ce rôle complexe, l’acteur britannique Eddie Redmayne démontre toute l’étendue de son talent par une interprétation très juste, évitant les caricatures. Il porte le film avec Alicia Vikander tout simplement exceptionnelle en Gerda Wegener, femme de Lili et elle-même artiste. Ils forment un couple troublant, émouvant, et parviennent à faire oublier quelque peu l’académisme lourdaud de la mise en scène.

Dommage que Tom Hooper n’ait pas osé transgresser davantage les codes dont son personnage principal s’est pourtant largement affranchi. Sans doute voulait-il garder un aspect grand public à son film que le thème aurait pu éloigner. Il en tire, du coup, un film un peu trop lisse.

Qu’importe, ce film est important dans le sens où il met en lumière et pour le plus grand nombre les enjeux de la cause trans. Pour cela et pour l’interprétation réussie de ses acteurs, c’est un film important, malgré tout poignant, que je ne peux que vous conseiller.

Imitation Game ****

Imitation Game : Affiche

 Avant ce film, peu de personnes connaissaient le destin d’Alan Turing, ce mathématicien qui mit au point l’ancêtre d’un ordinateur permettant de décrypter la machine d’encodage allemande Enigma réputée inviolable. Grâce à lui, les Alliés ont pu suivre les faits et gestes des Nazis et il est souvent estimé que son action a permis de réduire la durée de la guerre de deux ans. Poursuivi, après la guerre, pour homosexualité, la justice britannique lui impose la castration chimique. Il est retrouvé mort, empoisonné au cyanure, dans les années 1950.

C’est ce destin tragique et exceptionnel que l’on peut suivre dans Imitation Game. C’est à un héros de guerre, qui n’a pourtant jamais combattu sur un champ de bataille, que le réalisateur Morten Tydlum rend hommage. Un héros de l’ombre, au destin injuste, trop longtemps tombé dans l’oubli. Pourtant, le film ne tombe jamais dans l’hagiographie et Benedict Cumberbatch campe superbement et avec beaucoup de subtilités ce personnage complexe, froid et ombrageux.

La mise en scène est ample, sans effets superflus et permet aux acteurs de donner toute la mesure de leur talent. La construction du récit est aussi passionnante, avec d’habiles flashback qui évitent les pièges d’un récit trop linéaire. Je me suis totalement laissé prendre dans cette histoire qui est aussi une part incontournable de la grande histoire. Un très grand film, classieux, habile, d’une rare intelligence dont je suis ressorti emballé. J’ai bien du mal à trouver le moindre défaut à ce film aussi fort que bouleversant. Sans aucun doute, le film à ne pas manquer en ce début d’année 2015 et un très grand coup de cœur.

Saint Laurent ***

Saint Laurent : Affiche

Quelques mois après le Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert, c’est au tour de Bertrand Bonello de proposer sa vision de la vie du célèbre couturier. Évidemment, les critiques font le parallèle entre ces deux films pourtant très différents sur le fond comme sur la forme. Les films s’intéressent à deux périodes différentes de la vie du créateur et du coup n’abordent pas les choses de la même façon. On pourrait presque dire qu’ils sont complémentaires.

Bertrand Bonello n’a visiblement pas demandé à ses acteurs, Gaspard Ulliel et Jérémie Renier en tête, de ressembler à tout prix à leurs personnages. Certes l’interprétation est là, parfaitement maîtrisée, mais elle a d’abord pour but de servir un récit plus libre, plus arty, plus border-line au risque de rendre le film moins accessible et moins grand public. Ce film ne rencontre d’ailleurs pas le même succès public… loin de là !

Il est ici question des années 1967-1976, les années de la libération sexuelle et celles de toutes les expérimentations pour Saint-Laurent. Ce sont le désir et le processus de création qui sont au cœur de ce second biopic. Bonello propose un film au charme vénéneux, magnifiquement mis en scène, mais où la débauche d’alcool, de sexe et de drogue, pourra en désarçonner plus d’un. Qu’à cela ne tienne, il tient son parti pris de cinéma d’auteur d’un bout à l’autre de son film.

Si j’ai été subjugué par la beauté formelle de cette version, il n’en reste pas moins que le film souffre cependant d’une sophistication trop poussée et de quelques manques de rythmes. Par ailleurs, Bonello peine davantage que Lespert à retranscrire à l’écran le génie de Saint-Laurent et son influence artistique indéniable sur l’ensemble de la mode internationale. Il en reste malgré tout deux films à voir sur un monstre sacré de la mode.

Yves Saint-Laurent ***

Yves Saint-Laurent : Affiche

Sujet oblige, les critiques ont fait, avec facilité, le parallèle avec l’oeuvre du célèbre couturier, pour parler de film élégant. En effet, avec ce biopic, Jalil Lespert nous propose un film classieux, levant en partie le voile, et avec l’accord de Pierre Bergé, sur la vie d’Yves Saint-Laurent. Le film évite assez soigneusement les dérives hagiographiques propres au genre, Pierre Bergé n’a d’ailleurs pas forcément le beau rôle, il n’en est que plus honnête sur le fond.

La sincérité du propos est portée par un couple d’acteurs exceptionnels, Pierre Niney semble être la troublante réincarnation de Saint-Laurent et Guillaume Galienne est comme toujours formidable. Ils font vivre ce couple sur grand écran avec beaucoup de justesse et leur prestation mérite à elle seule de voir le film. Si Jalil Laspert ne fait pas l’impasse sur les aspects plus sombres de la personnalité du couturier, il garde cependant une réelle pudeur, parfois un peu trop.

J’ai regretté les nombreuses ellipses dans le récit qui rendent la compréhension de certains événements pas toujours aisée et un passage pour le moins rapide sur les 15-20 dernières années de la vie du couturier. Il s’agit sans doute de la volonté du réalisateur de s’attacher d’abord à l’histoire d’amour entre les deux hommes et à leur relation complexe  plutôt qu’à la vie publique de Saint-Laurent. Le résultat est un très beau film, d’une immense sensibilité, mais qui manque parfois de liant entre les aspects privés et publics du personnage. Le génie créatif et artistique du couturier n’est du coup pas toujours traité à sa juste valeur.

Ma vie avec Liberace ***

Ma vie avec Liberace : Affiche

Après avoir mis ses acteurs à nu (au sens propre) dans Magic Mike, Steven Soderbergh s’intéresse à l’une des stars du Music Hall américain des années 70-80, homosexuel dans le placard, Liberace. Tant et si bien qu’on se demande si le réalisateur ne serait pas en train de nous faire son coming-out par films interposés ! Plus sérieusement, ce film est d’une richesse inouïe tant dans son contenu, que dans le jeu des acteurs, ou dans la reconstitution d’une époque. Ma vie avec Liberace est une indéniable réussite, l’un des meilleurs films de l’année qui n’a pourtant pas eu droit à une sortie en salle aux Etats-Unis, car jugé trop « gay », on croit rêver…

Au-delà de cette histoire d’amour entre un Michael Douglas exceptionnel et un Matt Damon non moins excellent, Soderbergh propose un drame puissant, au kitsch excessif assumé et à l’humour féroce. A travers ce personnage excentrique, le réalisateur propose la satyre d’une société américaine schizophrène, obnubilée par le succès, se régalant des excès de ses célébrités mais prompte à les condamner au moindre scandale. En quête d’une éternelle jeunesse, Liberace, tel un vampire, monstre dominateur profitant de sa richesse et de son statut, croque les jeunes hommes, les façonne à son image pour mieux les jeter dès qu’ils se sont brûlés les ailes à son contact.

Cette histoire d’amour vouée à l’échec est au final très prévisible, mais cette esthétique et ces personnages flamboyants et excessifs nous entraînent dans une descente aux enfers vertigineuse. On pourra reprocher à la dernière partie du film, très mélodramatique, d’être un peu agaçante sur la forme et moins originale, mais cela ne gâche en rien ce biopic d’une densité rare. A mi-chemin du cinéma indépendant, Soderbergh démontre une nouvelle fois qu’il est un très grand réalisateur, d’autant plus lorsqu’il s’affranchit de l’influence des grands studios hollywoodiens…

Lincoln ***

Lincoln : affiche

Qui d’autre que Spielberg pouvait s’atteler à retracer les derniers mois de la vie d’un mythe de la politique américaine, le président Abraham Lincoln. S’appuyant sur un casting exceptionnel, le réalisateur choisi de filmer le drame à hauteur d’homme, loin de la surenchère spectaculaire tentante que pouvaient représenter les sanglantes batailles de la Guerre de Sécession. Non, ici il est d’abord question de l’abolition de l’esclavage, de l’égalité entre noirs et blancs, du racisme et de tout le débat moral qui traverse la classe politique d’alors dans un pays exsangue après 4 ans de guerre civile.

Ce choix de proposer un film d’auteur, assez radical, est tout à l’honneur de Spielberg. Lincoln pourra en désarçonner plus d’un qui trouveront, à juste titre, ce film un peu trop bavard et longuet. Ce sont les principaux reproches que l’on pourrait adresser à Spielberg. Mais cette fresque intimiste est à l’image d’une société qui cherchait sa voie et elle démontre qu’il est très compliqué de trouver un compromis ou une solution pacifique à un conflit lorsque les principes moraux sont en jeu.

Une nouvelle fois, Daniel Day Lewis est juste excellent, donnant à Lincoln toute l’épaisseur qu’il méritait. Il est entouré de seconds rôles au diapason, Sally Field, Joseph Gordon-Levitt ou Tommy Lee Jones pour n’en citer que quelques uns. Au-delà de son oeuvre, Spielberg nous interroge sur le courage et la volonté en politique qui sont capables de faire bouger les lignes et de changer un monde que l’on pensait immuable.

Cloclo ***

Cloclo : affiche

Après La Môme et Gainsbourg (vie héroïque), le cinéma français poursuit son exploration du destin tragique de nos anciennes stars de la chanson. Loin de toute flagornerie, Florent Emilio Siri compose le portrait d’un Claude François dans ce qu’il avait à la fois d’attachant et de mégalo. Un personnage ambigu, perfectionniste, tyrannique dans ses relations avec les femmes, parfaitement interprété par un Jérémie Renier exceptionnel qui trouve, ici, son premier grand rôle populaire.

Au-delà du chanteur à succès, le réalisateur s’intéresse aux fêlures du personnage, ses relations complexes avec ses parents, en particulier avec son père (formidable Marc Barbé) qui n’a jamais accepté ses choix malgré le succès colossal. Ces scènes familiales sont sans doute les plus émouvantes du film et lui donnent une subtilité et une complexité psychologique  inattendues.

Autour de Renier, les seconds rôles, de Benoît Magimel à Monica Scattini, sont au diapason et l’on se laisse embarquer par la musique entêtante et toujours aussi efficace de Claude François. L’homme a su gérer sa carrière d’une main de fer, prendre les virages qui s’imposaient. Tout cela est traité avec honnêteté sur un rythme soutenu. Une réussite même si l’on aurait aimé un peu plus d’audaces dans la réalisation.

La Môme ****

 
Bon, il est des films dont on entend tellement parler (en bien) qu’on a un peu peur d’aller les voir car on se dit qu’à tous les coups on va être déçu… Et puis, il faut bien avouer que question promo, il était difficile d’échapper à ce film sur les médias depuis quelques semaines (il faudrait d’ailleurs s’interroger sur ce manque d’imagination et d’originalité!). Donc forcément, difficile d’arriver totalement neutre dans la salle de cinéma! Et puis le film démarre, et là on a très peur car autant le dire tout de suite, les premières minutes ne sont pas vraiment réussie, le rythme est un peu lent et pour donner de l’ampleur, Olivier Dahan se croit obligé de faire bouger à outrance sa caméra provoquant plus la nausée que l’intérêt… Et puis peu à peu, il trouve ses marques et nous aussi!
 
La force de ce film est justement de monter crescendo porté par une Marion Cotillard hallucinante, littéralement habitée par le fantôme d’Edith Piaf! Chaque fois qu’elle apparaît à l’écran, elle est tout simplement éblouissante! A tel point qu’on finit par ne même plus apercevoir les seconds rôles, pourtant remarquables! Non c’est elle, et travers elle, c’est Piaf qui nous intéresse et le reste n’a finalement que peu d’importance. Dahan l’a d’ailleurs bien compris puisqu’il ne part jamais dans de longues scènes explicatives pour amener tel ou tel personnage qui a compté dans la vie de l’artiste. Ils sont là simplement et qu’importe leur rencontre. Du coup c’est un peu plus compliqué à suivre, surtout qu’il opte pour un montage qui n’est pas chronologique évitant le côté plan plan de nombres de biographies cinématographiques. Mais après tout, tout cela convient parfaitement car le spectateur n’a pas forcément besoin d’explications lourdaudes pour comprendre! Le réalisateur a aussi de réels partis pris, puisqu’il ne conserve évidemment pas toute la vie de la chanteuse, se concentrant sur quelques événements phares qui ajoutent à la densité de son récit!
 
Au final, l’émotion est là, on est bouleversé à chaque instant et rares sont ceux qui contiendront leurs larmes d’un bout à l’autre. Car Olivier Dahan a réussi son pari fou, mieux il semble même réssusciter Edith Piaf! Sa maîtrise du récit, la qualité de sa reconstitution, l’utilisation astucieuse des principaux titres d’Edith qui illustrent toujours à merveille le propos sans aller dans la surenchère et sa réalisation ambitieuse font de cette Môme un joyau tout bonnement magnifique! On est ébloui, transporté, on rit, on pleure et on aime infiniment cette Edith (Marion) qui nous prend aux tripes jusqu’à la fin.