Le premier qui pleure a perdu de Sherman Alexie

Sherman Alexie at the Texas Book Festival, Aus...

Sherman Alexie at the Texas Book Festival, Austin, Texas, United States. (Photo credit: Wikipedia)

Le premier qui pleure a perdu

Albin Michel, Wiz, 2008, 280 pages

Résumé: Junior est un jeune indien Spokane de 14 ans qui vit avec les siens dans une réserve. Différent, depuis sa naissance il cumule les handicaps : de l’eau dans le cerveau, myope, maigre et premier de la classe. En dehors de son ami Rowdy, il est le souffre-douleur de ses camarades. Il se réfugie dans le dessin pour exprimer ses émotions. Rapidement, il comprend qu’il n’a aucun avenir s’il reste dans son lycée, à l’intérieur d’une réserve où la pauvreté et l’alcoolisme font des ravages. Il décide de rejoindre le lycée des blancs à quelques kilomètres de là. A mi-chemin entre deux mondes, il découvre les possibilités que lui offre la vie.

Critique: Récit initiatique à la fois drôle et émouvant, on se prend rapidement d’affection pour ce Junior que la vie n’épargne pas. Malgré toutes les difficultés, il reste un grand optimiste. Outre ce personnage très attachant, ce roman est avant tout remarquablement écrit, de manière simple et fluide, poétique et abordable.

Au-delà du simple parcours d’un adolescent, Sherman Alexie nous offre ici un remarquable roman sur la différence et aborde frontalement l’acculturation des populations amérindiennes et ses corollaires que sont le racisme, l’exclusion, la pauvreté et l’alcoolisme.

Un récit magnifique et bouleversant, quasi autobiographique, porté par les dessins pleins d’humour de Junior qui nous permettent de nous imprégner de son ressenti. Un grand roman à découvrir de toute urgence.

4,5/5

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Jack de A.M. Homes

Jack

Actes Sud Junior, Romans ADO, 2011, 278 pages

Résumé : Après plusieurs années de séparation et de relations très tendues, les choses semblent enfin se calmer entre les parents de Jack. Ce dernier espère pouvoir avoir une vie normale d’adolescent. Mais lorsque son père lui annonce qu’il est gay et qu’il vit avec son « vieil ami » Bob, tout déraille dans la vie de Jack.

Critique : A l’heure où la très catholique France semble découvrir les familles homoparentales, il est passionnant de se plonger dans ce roman américain qui date de 1989 et qui n’est pourtant paru chez nous qu’en 2011… Et de constater que nous avons 20 ans de retard sur une question de société déjà réglée dans la plupart des pays occidentaux. Oui, il existe pour les gays et les lesbiennes de multiples moyens de fonder des familles et d’avoir des enfants que la loi les y autorise ou non…

Ici, un adolescent découvre donc sur le tard l’homosexualité de son père. Cela est l’occasion pour l’auteure de dénoncer les processus de normalisation sociale et le conservatisme qui impose des tabous là où il ne devrait pas y en avoir. Elle décrit avec clarté les effets destructeurs que peuvent avoir les non-dits et les silences au nom d’une soi-disant protection d’un enfant qui n’est finalement demandeur que de vérité, de sincérité et de confiance.

A. M. Homes s’intéresse aussi aux nombreux conflits intérieurs de ce jeune Jack qui doit composer tardivement avec l’homosexualité d’un père à l’heure de ses premiers émois hétérosexuels. Oui, oui, pour ceux qui en douteraient encore un fils d’homo peut être hétéro… Mais Jack découvrira qu’aucune famille n’est parfaite et que ce qui compte avant tout c’est l’amour et le respect que l’on a les uns envers les autres.

S’il est certes parfois un peu balisé, mais l’auteure n’avait alors que 19 ans, ce joli roman démontre avec intelligence que l’équilibre dans une famille n’est pas lié à l’orientation sexuelle mais à la franchise, à la confiance et à l’amour. L’ensemble est tendre et touchant et le style remarquable tant dans la description des relations familiales, des riches portraits des personnages, que dans les confrontations de basket-ball.

4/5

Le Livre de Joe de Jonathan Tropper

Le Livre de Joe

10/18, 2006, 411 pages

Résumé de la quatrième de couverture : Joe Goffman, jeune auteur, a tout pour lui : un magnifique appartement à Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et une fortune importante grâce au succès de son premier roman, Bush Falls. Ce best-seller, inspiré de son adolescence dans une petite ville du Connecticut ridiculisait les mœurs de ses ex-voisins et dénonçait leur hypocrisie et leur étroitesse d’esprit. Mais appelé au chevet de son père mourant, il voit ressurgir ce passé. Face à l’hostilité d’une ville entière, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place…

Critique : Autant vous le dire tout de suite, j’ai été conquis par ce roman se situant quelque part entre fiction et autobiographie, sans doute, espérons le pour l’auteur, plus proche de la fiction. La mise en perspective du travail d’écrivain est tout à fait passionnante entre sources d’inspiration et affabulations, on est littéralement transporté entre rire et émotion. Ce qui fait la force de ce roman, c’est qu’il est à la fois drôle, terriblement féroce, mais est également très émouvant. Rarement un auteur hétérosexuel n’a abordé avec autant de justesse, au-delà de tout cliché et de toute sensiblerie, la question de l’homophobie et de l’homosexualité en particulier à l’adolescence. La construction du récit, faite de flash-back, est très intelligente et maintient habilement le suspense. On est bouleversé et amusé par ce récit d’un auteur en pleine errance affective et créatrice. Un très beau roman, une formidable découverte.

4,5/5