Jamais de Bruno Duhamel

Jamais

Auteur : Bruno Duhamel

Bamboo, 2018, 56 pages.

Résumé : A Troumesnil, en Normandie, la falaise est grignotée par la mer à chaque tempête. Le maire du village a fait évacuer les habitations les plus menacées. Seule Madeleine, une nonagénaire, aveugle de naissance, refuse de partir. Elle continue à vivre avec son chat et le souvenir de son mari dans sa maison en équilibre au-dessus du vide. Le maire décide d’employer les grands moyens pour l’expulser mais Madeleine a bien l’intention de résister.

Mon avis : Quel plaisir que de découvrir ce personnage de Madeleine, nonagénaire, aveugle, qui vit dans sa maison au bord de la falaise, dans le souvenir de son mari disparu en mer. Une force de la nature à la fois drôle et émouvante qui va faire vivre mille misères au maire de son village.

Si le traitement de cette histoire se veut comique, derrière les situations souvent drôles et les dialogues percutants apparaissent des thématiques beaucoup plus sérieuses. La vieillesse, la solitude et le handicap sont abordés avec beaucoup de tact et de justesse. Au fil des pages, on comprend pourquoi cette vieille dame ne veut pas quitter sa maison qui menace pourtant de s’abîmer en mer à chaque tempête. Qui l’emportera entre Madeleine et le principe de précaution ?

Cette histoire drôle et émouvante est portée par un dessin remarquable, notamment le paysage de cette falaise normande, aux couleurs agréables, ce qui rend la lecture de cette bande dessinée encore plus plaisante. Un très belle découverte que je vous conseille vivement.

4/5 ©Lionel Four. lionelfour

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La ligne droite d’Hubert et Marie Caillou

La ligne droite

Glénat, collection « 1000 feuilles », 2013, 121 pages

Résumé : Hadrien vit dans un petit village de Bretagne. Il doit composer avec une mère stricte et un lycée catholique aux méthodes pédagogiques réactionnaires. Son seul espace d’évasion, ce sont les livres. Bien que solitaire, Hadrien se rapproche peu à peu de Jérémie, un garçon très populaire au lycée, avec lequel il se découvre des points communs. Leur complicité donne naissance à des sentiments plus forts.

Critique : Sous l’apparente simplicité du dessin se cache une bande dessinée d’une grande qualité où est abordée, avec beaucoup de tact, la question de l’homosexualité à l’adolescence. Ses auteurs ont un parti pris très clair, largement relevé par les associations de lutte contre l’homophobie, à savoir que la difficulté de s’assumer en tant qu’homosexuel à l’adolescence n’est pas liée à l’homosexualité en elle-même, mais bien à l’homophobie sociale que subit l’adolescent.

Ici, le jeune Hadrien doit s’assumer dans le milieu catholique traditionaliste de la campagne bretonne. Certes, ce choix peut paraître véhiculer certains clichés, mais il peut tout à fait se transposer dans d’autres milieux, le propos étant totalement universel. J’ai été touché par cette découverte d’un amour et par cette histoire forte et émouvante. Le dessin aux lignes simples permet d’entrer pleinement dans l’histoire et de se concentrer pleinement sur les personnages et leurs conflits intérieurs. J’ai été très bouleversé par cette histoire et par le personnage attachant d’Hadrien.

Une bande dessinée très réussie.

4/5

Locke & Key. Tome 2 : Casse-tête de Joe Hill et Gabriel Rodriguez

Locke & Key. Tome 2 : casse-tête

Bragelonne, Milady, collection “Milady Graphics”, 2013, 160 pages

Résumé : Après la mort brutale de leur père, Kinsey et Tyler Locke cherchent du réconfort auprès de leur nouvel ami, Zack. Ils sont loin d’imaginer ses sombres projets. Pendant ce temps, leur petit frère Bode cherche à élucider les mystères que recèle le manoir et notamment la serrure qu’ouvre l’une des clés en forme de tête.

Mon avis : Malgré un début un peu confus, le premier tome de cette série de bandes dessinées m’avait largement convaincu tant par la qualité des dessins que par celle des personnages. Avec ce deuxième tome, je me suis laissé totalement embarquer par cette histoire. Le piège machiavélique de Zack Wells se met peu à peu en place autour des jeunes héros. De leur côté, les enfants Locke découvrent les différents pouvoirs des clés et notamment la clé de tête qui ne manque pas d’originalité.

Cette approche d’un groupe d’adolescents confrontés à des phénomènes fantastiques conduit immanquablement à faire un parallèle avec l’œuvre de Stephen King, illustre papa de l’auteur Joe Hill. Les jeunes personnages sont très attachants et on a hâte de savoir quel sort il leur sera réservé. Les habiles jeux de flash-back permettent de mettre en place les premières pièces de ce puzzle macabre. L’histoire gagne en épaisseur.

Ajoutez à cela des dessins de très belle qualité de Gabriel Rodriguez et qui plairont aux amateurs et vous obtenez une bande dessinée de très belle facture. Du coup, on est obligé de lire le troisième tome…

4,5/5

Freaks Squeele. Tome 4 : Succube Pizza de Florent Maudoux

Freaks Squeele tome 4

Freaks’ Squeele. Tome 4 : Succube Pizza

Ankama, 2011, 142 pages

Résumé : Une fois le combat contre Saint-Ange passé, Chance, Ombre et Xiong Mao reprennent le cours de leurs études à la F.E.A.H.. Mais avec les événements de l’année précédente, leur université est devenue, en cette rentrée, le repère des gangs et des mafieux. Les trois apprentis super-héros se retrouvent au cœur d’une guerre des clans et doivent protéger Scipio, le machiavélique doyen de la F.E.A.H., pourtant seul à même de remettre de l’ordre dans l’Université.

Critique : Dans ce quatrième tome, qui marque un nouveau départ dans la série, il y a sans doute un peu moins de fraîcheur mais l’humour décalé, un peu potache, qui en fait l’originalité reste relativement présent quoique de manière plus ténue. Nos apprentis super-héros attaquent une nouvelle année dans leur université et doivent faire face à des périls de plus en plus grands. C’est toujours très plaisant à lire et l’on passe un bon moment.

Florent Maudoux s’amuse à jouer avec la frontière entre « gentils » et « méchants » pour mieux brouiller les pistes et faire avancer son récit de façon originale. Cela dit, à trop vouloir brouiller les pistes, il finit par nous embrouiller quelque peu et ça a un peu tendance à partir dans tous les sens. En effet, après avoir clôturé de belle manière le fil narratif des trois premiers tomes, dans les premières pages, l’auteur nous embarque dans une nouvelle direction, tout en continuant à creuser la personnalité et l’histoire de chaque protagoniste.

Résultat, l’histoire est un peu bancale et manque souvent de cohérence. Mais qu’importe, on se laisse une nouvelle fois prendre dans cette histoire de pieds nickelés superhéros qui veulent redorer le blason de leur école. Je me suis donc amusé, une nouvelle fois, à découvrir cette riche histoire qui ne manque pas d’ambition.

Au final, j’en retiens une lecture détente décidément très agréable et sympathique.

3,5/5

Freaks Squeele. Tome 3 : le tango de la mort de Florent Maudoux

Freaks Squeele tome 3

Freaks’ Squeele. Tome 3 : Le tango de la mort

Ankama, 2010, 152 pages

Résumé : Alors que les étudiants de la F.E.A.H. sont sur le point de présenter leur projet de fin d’année, des étudiants de Saint Ange les attaquent, les accusant d’être des méchants dont l’objectif est d’envahir le monde. La guerre entre les deux universités est déclarée, chacune doit désigner un champion qui devra les représenter lors d’un grand combat. Chance est tirée au sort. Commence pour elle un difficile entraînement tandis que Xiong Mao et Ombre tentent de lui confectionner une épée indestructible lui permettant de faire face au champion de Saint Ange.

Critique : Dans ce troisième tome, nous nous retrouvons au cœur du conflit qui oppose les deux universités, la F.E.A.H. et Saint Ange. Une fois encore, les rebondissements se multiplient, le tout avec beaucoup de second degré. Les événements s’enchaînent avec fluidité et efficacité. Ces apprentis super héros créés par Florent Maudoux sont décidément très sympathiques et on suit leurs aventures avec beaucoup de plaisir. L’humour est peut être un peu moins présent dans ce troisième tome qui se concentre surtout sur la préparation à l’affrontement entre les deux champions des universités. Un tome de transition assez réussi en attendant avec impatience la suite des aventures de Chance, Xiong Mao et Ombre de Loup.

3,75/5

Freaks squeele. Tome 2 : les chevaliers qui ne font plus ni de Florent Maudoux

Freaks Squeele tome 2

Freaks’ Squeele. Tome 2 : Les chevaliers qui ne font plus « ni » ! de Florent Maudoux

Ankama, 2009, 144 pages

Résumé : Xiong Mao, Chance et Ombre de Loup terminent leur première année à la F.E.A.H., mais contraints de passer d’un logement à un autre, ils ne peuvent étudier dans de bonnes conditions et leur année risque d’être compromise. Ils doivent tout miser sur leur projet de fin d’année dont l’objectif est d’élaborer un plan pour devenir maître du monde en se mettant dans la tête d’un méchant. Ils peuvent compter sur l’aide du mystérieux Funérailles. Mais leur idée ne risque-t-elle pas de leur échapper ? Et quel objectif poursuit le directeur de la Faculté ?

Critique : Après un premier tome mené tambour battant, j’ai suivi avec plaisir la suite des aventures des trois apprentis « super-héros », Xiong Mao, Chance et Ombre de Loup. Ils doivent, cette fois, se mettre à la place d’un méchant dont l’objectif est de devenir maître du monde. C’est l’occasion pour les trois héros de découvrir la salle des archives de l’Université. Florent Maudoux poursuit son exploration d’un univers d’une grande richesse. C’est original, souvent drôle et les influences sont multiples. Le rythme est toujours aussi soutenu et les rebondissements sont nombreux. Les dessins, inspirés des mangas, sont toujours aussi réussis. Je me suis une nouvelle fois beaucoup amusé à la lecture de cette bande dessinée qui ne se prend décidément pas au sérieux. Une lecture détente très sympathique et agréable.

4/5

Freaks Squeele. Tome 1 : étrange université ! de Florent Maudoux

Freaks Squeele tome 1

Freaks’ Squeele. Tome 1 : étrange université ! de Florent Maudoux

Ankama, 2008, 144 pages

Résumé : Xiong Mao, Chance et Ombre de Loup effectuent leur première rentrée à la Faculté d’étude académique des héros (FEAH), une université qui forme des futurs super héros. C’est une école de second rang par rapport à la très réputée Saint Ange et son directeur est prêt à tout pour la faire connaître dans les médias quitte à mettre la vie de ses étudiants en danger… ou à leur faire relever les défis les plus improbables. Les trois apprentis super-héros vont devoir faire face à des monstres et passer une épreuve de stratégie pour le moins inattendue.

Critique : Je ne suis pas un grand lecteur de bandes dessinées, mais en période de vacances, j’avoue y trouver un certain plaisir. Ce premier tome constitue une sympathique entrée en matière à l’humour potache et plutôt drôle. Les influences de Florent Maudoux sont nombreuses du comic américain au manga japonais, et le mélange est plutôt réussi.

Une lecture de geek, sans doute, d’adolescent attardé c’est certain, mais qu’importe, je me suis amusé devant les mésaventures de ces improbables « super-héros » qui n’ont de super que le nom. Les idées et les rebondissements s’enchaînent rapidement et sans temps mort dans un univers d’une grande richesse. Les dessins, très proches des mangas, sont plutôt réussis. Bref, j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce premier tome assez prometteur.

4,25/5

Locke & Key. Tome 1 : Bienvenue à Lovecraft de Joe Hill et Gabriel Rodriguez

Locke & Key Tome 1

Locke & Key. Tome 1 : bienvenue à Lovecraft

Bragelonne, Milady, collection “Milady Graphics”, 2013, 166 pages

Résumé : Après le meurtre brutal de leur père, Tyler, Bode et Kinsey partent vivre avec leur mère et leur oncle dans le vieux manoir familial, Keyhouse, en Nouvelle-Angleterre. Ils découvrent la demeure qu’ils n’avaient pas revue depuis des années et espèrent y trouver un refuge pour se remettre du traumatisme qu’ils ont subi. Mais les portes du manoir recèlent des pouvoirs pouvant transformer ceux qui les traversent. Dans l’ombre, une créature attend que la plus terrifiante des portes soit ouverte.

Critique : Le premier tome de cette série à mi-chemin entre thriller et fantastique est une très bonne entrée en matière. Le scénario est habilement construit et les rebondissements nombreux. Evidemment, nous ne sommes qu’au début de l’aventure et ce tome amène beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

J’ai aimé cette ambiance terrifiante et la montée progressive dans la tension même si l’histoire en elle-même comporte assez peu de suspense. Joe Hill en digne successeur de son père, Stephen King, sait insuffler ce qu’il faut d’angoisse dans son récit à la fois violent et tourmenté. Je ne lui reprocherais qu’un début particulièrement confus. Heureusement, on raccroche vite les wagons !

Les dessins de Gabriel Rodriguez sont particulièrement travaillés et font du manoir, inquiétant à souhait, un personnage à part entière. L’univers est en place, cette bande dessinée se dévore et je n’ai désormais qu’une idée, découvrir la suite au plus vite.

4/5

Rouge Karma d’Eddy Simon

Rouge Karma

Rouge Karma

Editions Sarbacane, 2014, 122 pages.

Résumé : Adélaïde, jeune femme enceinte arrive à Calcutta, en Inde, pour retrouver son compagnon qui ne lui a plus donné de nouvelles depuis un mois. Elle arrive en pleine fête de la Durga Puja et découvre les croyances indiennes au cours de son périple. Aidée d’Imran Suresh, un jeune chauffeur de taxi, elle doit affronter un officier de police corrompu et une puissante multinationale qui font tout l’empêcher d’aller au bout de son enquête.

Critique : A mi-chemin entre bande dessinée de voyage initiatique et thriller politico-écologique, on suit le parcours de cette jeune femme enceinte qui décide se rendre en Inde sur les traces de son compagnon disparu. Cette bande dessinée est l’occasion de découvrir l’Inde contemporaine entre tradition et modernité, ses rapports toujours complexes avec son voisin, le Bangladesh, et le rôle des multinationales qui s’appuient sur la corruption pour imposer leur loi.

Les dessins retranscrivent admirablement la frénésie des villes indiennes dans laquelle l’héroïne se retrouve seule, un pays où il est d’autant plus difficile de se faire entendre lorsque l’on est une femme seule. J’ai été touché par ce portrait de femme et me suis laissé prendre par le suspense de cette histoire aux nombreux rebondissements. Si les traits des dessins sont parfois un peu trop simpliste, le travail sur les couleurs est en revanche admirable et d’une grande beauté. Une lecture très agréable et une belle découverte.

4/5

Les Dormants de Jonathan Munoz

Les Dormants

Les dormants

Editions Physalis, 2014, 120 pages.

Résumé : Jean est un jeune homme tourmenté par des insomnies récurrentes, amnésique de surcroit. Perdu au beau milieu d’une forêt il cherche désespérément à fuir ses troubles du sommeil. Il rencontre une jeune fille victime d’une malédiction, tout le monde s’endort en sa présence. Mais Jean semble immunisé. Une relecture de La Belle au Bois Dormant, prix littéraire des lycéens et apprentis Rhône-Alpes 2014.

Critique : L’idée de départ de cette bande dessinée, de jouer avec les codes d’un conte appartenant à l’imaginaire collectif, est plutôt amusante et est très bien exploitée. On se laisse prendre au jeu d’une histoire qui s’adresse cependant davantage aux adultes ou aux grands adolescents.

J’ai aimé l’humour noir et le ton décalé, mais surtout cette atmosphère à la Tim Burton créée par des dessins particulièrement bien travaillés et des couleurs utilisées avec intelligence. Jonathan Munoz a su créer avec le village de « Bouddumonde » un véritable univers à mi-chemin entre rêve et réalité. Ajoutez à cela un suspense bien entretenu autour du personnage de l’insomniaque amnésique qui cherche à comprendre l’origine de son problème et qui se retrouve embarqué bien malgré lui dans une aventure qui le dépasse.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette bande dessinée dont la narration réserve bien des surprises. Une belle surprise que je vous recommande vivement !

4,5/5