Lettre à Hervé d’Eric Sagan

Lettre à Hervé

Lettre à Hervé d’Eric Sagan

Édité par l’auteur, 2016, 99 pages

Résumé : A travers une lettre adressée à Hervé, l’amour de sa vie, Eric Sagan raconte son enfance et son adolescence. Une lettre pour écrire qui il est et expliquer sa différence qu’il donnera également à ses parents avant de la partager avec le plus grand nombre.

Mon avis : Après quelques expériences décevantes, j’avais quelques a priori avec les ouvrages publiés à compte d’auteur. Pourtant, le thème de ce livre et la sincérité évidente de son auteur m’ont convaincu de m’y intéresser. J’ai reçu cet ouvrage avec un sympathique courrier d’Eric Sagan que je remercie ainsi que Babelio.

A la lecture, sur le plan du style, l’écriture est agréable en dépit de quelques tics d’écriture pas toujours très heureux, notamment les inutiles réflexions entre tirets. Malgré tout, ce texte court est d’une grande fluidité et se lit très rapidement.

Et là surprise, alors que je m’attendais, avec cette autobiographie, à un texte sur la découverte de l’homosexualité et la construction d’une identité, il s’agit plutôt de l’histoire d’une famille et d’une enfance. C’est certes très sympathique à lire mais j’ai trouvé cela trop anecdotique pour m’embarquer. C’est l’histoire d’un parcours comme il en existe beaucoup, sans grande originalité. Peut-être était-ce l’objectif de l’auteur, revendiquer cette normalité ? Les chapitres se suivent rapidement sans arriver à me convaincre sans doute à cause d’une construction narrative trop linéaire. C’est parfois plutôt drôle et enlevé comme le passage chez IBM, d’autres fois Eric Sagan aligne les lieux communs et les stéréotypes comme le paragraphe sur la gastronomie anglaise.

Il m’a fallu attendre les trois derniers chapitres et la dernière lettre pour que ce texte autobiographique atteigne enfin l’ampleur attendue. Ces vingt pages sont remarquables de force et d’émotion. Dommage que cela arrive si tard. Trop de questions restent sans réponse, trop d’éléments ne sont qu’effleurés. Finalement, le livre s’arrête au moment où j’aurais souhaité qu’il débute.

Pour conclure, une lecture agréable mais trop anecdotique et superficielle, que j’aurais sincèrement voulu aimer davantage.

2/5

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Les tribulations d’une caissière d’Anna Sam

Les tribulations d’une caissière

Stock, Le Livre de poche, 2008, 185 pages

Résumé : Anna a 28 ans, un diplôme universitaire en littérature et 8 ans d’expérience derrière une caisse de supermarché. Gestes automatiques, échanges réduits à leur plus simple expression, pour ne pas sombrer dans la routine, Anna a décidé de raconter son travail dans un blog. Elle y décrit la vie quotidienne d’une caissière et ses rapports avec la clientèle, mais à travers elle, se sont les méthodes de travail de la grande distribution et la société de consommation qu’elle épingle.

Critique : Phénomène sur le net, avant d’être un succès de librairie, cet ouvrage possède l’énergie de l’écriture des blogs. Une écriture efficace, facile à lire, avec des chapitres très courts qui s’avalent extrêmement rapidement (comptez 3 heures maxi pour lire l’ouvrage). Je me suis laissé prendre au jeu de cette caissière, de ses réflexions et anecdotes, presqu’anthropologiques, souvent drôles, qui en disent tellement long sur notre société.

Certes, on pourra reprocher à Anna Sam quelques facilités tant sur la forme que sur le fond, mais cette lecture est tellement sympathique et réjouissante qu’on est prêt à tout lui pardonner. Le quotidien d’un métier ô combien difficile est largement décrit, même si, au final on n’apprend pas énormément de choses sur les coulisses des grandes surfaces. Les relations avec les divers clients sont habilement décrites et forcément chacun se retrouve à un moment ou à un autre.

Une lecture courte et agréable. Un joli moment de détente qui nous amène tous à nous interroger sur nos relations aux autres au quotidien. En ce sens, le pari d’Anna Sam est parfaitement relevé.

3,5/5

Je suis le dernier juif : Treblinka (1942-1943) de Chil Rajchman

Je suis le dernier juif, Treblinka (1942-1943)

Le livre de poche, 2009, 137 pages

Résumé : Chil Rajchman est déporté à Treblinka en octobre 1942. Il a 28 ans. Il échappe à la chambre à gaz en devenant trieur de vêtement, puis coiffeur, porteur de cadavre et « dentiste ». Il s’évade le 2 août 1943 grâce au soulèvement du camp. Il est l’un des 57 survivants de Treblinka. Caché par un ami à Varsovie, après plusieurs semaines d’errance, il témoigne, dans un carnet, de ses 10 mois en enfer avant même la fin de la guerre.

Critique : Cet ouvrage bouleversant est le témoignage d’un des très rares survivants du camp d’extermination de Treblinka. Ce récit, court, a été écrit dans l’urgence, avant même la fin de la guerre, alors que son auteur, ayant échappé à ses bourreaux nazis, se cachait chez un ami dans Varsovie en ruine. C’est sans doute ce qui en fait sa force et sa qualité exceptionnelle.

Rajchman nous plonge dans l’horreur absolue de la solution finale et la rationalisation glaçante de cette usine de mort. Affecté à divers postes au cours de ses 10 mois passés à Treblinka, il explique le fonctionnement du camp. Il exprime la désespérance absolue, la mort omniprésente, la destruction de toute humanité. Mais il montre aussi, comme une lueur d’espoir, que de nombreuses victimes ont tenté de résister à cette œuvre de mort.

Il explique enfin comment les nazis, tout à fait conscients de l’ignominie de leurs actes, ont essayé de faire disparaître toute trace de leurs crimes. Un récit douloureux et d’une puissance rare pour ne jamais oublier.

5/5