Hate List de Jennifer Brown

Hate List

Hate List

Albin Michel, LGF, Le livre de poche, 2012, 401 pages.

Résumé : Après 5 mois d’absence, Valérie revient au lycée. Elle sait que plus rien ne sera comme avant. Cinq mois plus tôt, Nick, son petit ami, a ouvert le feu dans la cafétéria tuant ou blessant tous les élèves de la liste avant de se suicider. Cette liste, ils l’avaient créée ensemble, par jeu. Aujourd’hui, Valérie porte seule le poids de la culpabilité.

Critique : Dans ce roman, Jennifer Brown s’intéresse aux tueries de masse dans les écoles aux Etats-Unis. Ou plutôt, à la vie d’après pour la petite amie d’un des tueurs. En effet, l’auteure dresse le portrait de deux jeunes pas forcément en rupture, plutôt intégrés dans leur lycée et où l’un d’entre eux va pourtant déraper aspiré dans une spirale suicidaire.

L’incompréhension, le sentiment de culpabilité, la difficile reconstruction psychologique sont au cœur de l’ouvrage et le portrait de cette adolescente est touchant. En ce sens, ce roman pour adolescents est plutôt une réussite évitant les leçons de morale ridicules et le ton moralisateur. La construction du récit, s’appuyant sur d’habiles flashbacks, permet d’avancer dans l’histoire en maintenant en éveil l’intérêt du lecteur.

Pourtant, en restant sur le simple registre de l’émotion et sur la psychologie de son personnage central, Jennifer Brown passe à côté de son sujet principal, à savoir la vente libre et la circulation des armes à feu aux Etats-Unis. Elle manque là l’opportunité d’écrire un grand roman à portée universelle, sur un problème majeur de la société américaine, pour rester sur un registre plus adolescent, certes plus accessible mais manquant souvent de profondeur dans l’analyse.

Au final, j’en garde le souvenir d’un roman émouvant, à l’écriture efficace, globalement réussi, parfois dur psychologiquement, mais ne dépassant jamais totalement le registre anecdotique du témoignage personnel. Un roman intéressant, sans aucun doute à conseiller aux adolescents, mais dont le thème me laissait espérer plus.

3,5/5

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Massacre de Virginia Tech, 32 morts… pour rien

 
La société américaine est décidément totalement schyzophrène… Obsédée par la sécurité, elle est pourtant incapable d’assurer cette sécurité  pour ses citoyens, et surtout de faire disparaître la principale cause de l’insécurité: Les armes à feu… Face à un tel massacre, le monde entier dénonce cet accès trop facile aux armes, pourtant aux Etats-Unis, ça ne changera rien, tant le lobby des armes, l’un des principaux bailleurs de fonds des Républicains, est puissant. Aujourd’hui, il faudrait peut-être avoir le courage de dire que ce sont George W. Bush et ses amis néo-conservateurs qui sont responsables et coupables de ces meurtres par leur politique sécuritaire démagogique.
 
Dans son extrême hypocrisie, on voit le président américain déclarer un jour de deuil national, les groupes évangéliques extrémistes qui soutiennent sa politique faire de jolies prières devant les caméra, mais le New York Times est bien l’un des seuls à dénoncer la vente libre des armes à feu. Les victimes de Virginie n’ont pas besoin de prières, elle avaient juste besoin qu’on les protège grâce à une loi un peu plus restrictive! Passées les larmes, rien ne changera et Charlton Heston pourra continuer à se pavaner le fusil à la main dans les congrès de la NRA qu’il préside…
 
Les Etats-Unis feraient pourtant bien de s’inspirer du modèle australien où suite à une tragédie similaire en Tasmanie, le gouvernement a pris des mesures très restrictives en matière de possession des armes à feu et a empêché qu’une culture des armes à feu ne se développe aussi dans ce pays.
 
"Il serait vain d’espérer qu’un crime, même aussi destructeur que celui-là, calme l’ardeur des Américains pour les armes à feu", estime le quotidien britannique The Independent dans un éditorial.
 
Gerard Baker, éditorialiste au Times, craint que le pire soit à venir: "La vérité, c’est ce que seul l’optimiste peut s’imaginer que Virginia Tech va conserver très longtemps ce nouveau record."
 
En France, le journal Le Monde souligne que des "accès de fureur meurtrière (…) viennent fréquemment défigurer le rêve américain". "La tuerie (…) impose à la société américaine un nouveau face-à-face avec elle-même, sa violence, le fétichisme des armes qui habite une partie de la population, les dérèglements d’une jeunesse soumise à la double tyrannie de l’abondance et de la compétition", juge-t-il.
 
Alors? Et bien, rendez-vous dans quelques jours ou dans quelques mois, pour un nouveau massacre d’innoncents, morts au nom du business, du droit à se protéger soi-même. Et l’on se dira: "Rien n’a changé malgré Virginia Tech?" Et non, rien n’aura changé…