Ceux qui osent de Pierre Bordage

Ceux qui osent

Ceux qui osent

J’ai Lu, 2013, 315 pages

Résumé : Clara et Jean sont arrivés en Arcanecout, le pays de l’Ouest américain qui s’est libéré des anciens royaumes et de leur tyrannie. Mais la guerre fait rage, le pays est assiégé. Jean et Elan Gris sont envoyés sur le front des Rocheuses, tandis que Clara, Elmana et Nadia subissent les bombardements et le blocus à San Francisco. Ils doivent résister alors que l’étau des royaumes coalisés se referme chaque jour un peu plus sur leur rêve.

Critique : Après un deuxième tome, Ceux qui rêvent, qui m’avait laissé quelque peu sur ma faim, Pierre Bordage clôt sa trilogie d’uchronie de fort belle manière.

Le contexte politique est au cœur de ce troisième tome où les partisans de l’utopie assiégés dans l’Arcanecout doivent faire face à la coalition des royaumes totalitaires. Comme pour le premier volet, Ceux qui sauront, j’ai vibré pour Clara et Jean qui se trouvent à nouveau séparés et doivent faire face à de graves périls. Clara avec les civils assiégés dans la cité de San Francisco, Jean qui se bat aux côtés de l’armée de l’Arcanecout.

Comme pour les précédents tomes, l’écriture est efficace, la lecture agréable. Les événements et les rebondissements s’enchaînent à un rythme rapide et le récit est parfaitement construit. Je n’ai regretté qu’une fin un peu trop rapide là où j’aurais aimé plus de détails, moins de facilités.

Au final, je retiens une belle trilogie qui devrait surtout plaire aux adolescents auxquels elle est davantage adressée.

4/5

Des amants de Daniel Arsand

Des amants

Des amants

Stock, 2008, 173 pages

Résumé : En 1749, le jeune Sébastien Faure réanime le prince Balthazar de Créon, tombé de cheval. Entre les deux hommes, l’attirance est immédiate. Plus rien d’autre que leur amour ne compte à leurs yeux, ni les parents de Sébastien qui le désavouent, ni les rumeurs de la cour qui goûte peu cette liaison, ni le roi avec lequel le jeune prince est en froid. Seule la mère de Balthazar tente de sauver les apparences. Mais, peu à peu, les amants, retirés du monde, s’enferment dans un piège aux conséquences irréversibles.

Critique : Avec Des Amants, Daniel Arsand nous plonge dans la société d’Ancien Régime corsetée et codifiée. Il décrit un monde du paraître entre prégnance de l’Eglise, intolérance et absolutisme royale. L’hypocrisie d’une société, en voie de délitement, qui se satisfait des non-dits mais qui ne pardonne pas le scandale.

Mais ce qui est au cœur de ce roman, et du drame qui va se jouer, c’est l’amour absolu et destructeur d’un Prince pour un jeune homme du peuple au-delà de toutes les conventions sociales. Cet amour impossible est tendre, beau, absolu, violent, étourdissant, plus fort que tout. Daniel Arsand va à l’essentiel, le style est simple, direct et sans fioriture à l’image de cet amour.

J’ai été ému par ce texte court, puissant, parfois dérangeant, mais jamais impudique. Une belle découverte dont je ne peux que conseiller la lecture.

4,25/5

Ceux qui rêvent de Pierre Bordage

Ceux qui rêvent

Ceux qui rêvent

J’ai Lu, Flammarion, 2010, 316 pages

Résumé : Un an après la répression sanglante, Jean et Clara vivent toujours dans la clandestinité. Un soir Clara est enlevée par son père pour être mariée de force à l’homme le plus puissant de la Nouvelle-France, l’un des 5 royaumes d’Amérique du Nord. Jean se lance dans une course contre la montre à travers l’Atlantique et l’Amérique afin de retrouver celle qu’il aime. Dans le même temps, Élan Gris, jeune indien d’Amérique quitte la réserve, où son peuple est parqué, afin de rejoindre le pays de ses visions.

Critique : J’avais été globalement bluffé par le premier volume de cette uchronie, « Ceux qui sauront » et je me suis donc plongé dans la suite des aventures de Jean et Clara. Pierre Bordage propose cette fois-ci une course poursuite à travers les États-Unis, divisés en cinq royaumes suite à la guerre de reconquête menée par les européens.

Si j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver les deux jeunes héros, le contexte politique qui faisait le sel du roman précédent n’est là qu’un prétexte un peu artificiel. En effet, l’auteur ne donne que peu de détails sur la guerre de reconquête et s’attarde assez peu sur le système politique mis en place en dehors du royaume du Sud, assez proche de ce qu’aurait pu être la Louisiane si elle n’avait pas été vendue par Napoléon…

Pour le reste peu de surprise. L’auteur profite de sa traversée de l’Atlantique pour ajouter un protagoniste à son histoire, un jeune amérindien. Là encore, l’uchronie n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Au fond, ce deuxième roman aurait très bien pu se passer dans l’Amérique du 19e siècle ou du début du 20e siècle sans que cela apporte de grande différence dans son déroulement. On est entraînés dans une course poursuite à travers les ex-États-Unis jusqu’au dernier îlot de liberté subsistant autour de la Californie.

L’action est omniprésente et cela permet à Pierre Bordage de conclure pleinement son récit, même s’il laisse la porte ouverte à un possible troisième tome. Au final, il en reste une lecture agréable mais moins surprenante et fouillée que pour le premier volume.

3/5

Ceux qui sauront de Pierre Bordage

Ceux qui sauront

J’ai Lu, Flammarion, 2008, 317 pages

Résumé : Et si la Révolution française avait échoué ? De nos jours, en France, une minorité aristocratique impose son pouvoir par la force et maintient le peuple dans l’ignorance en interdisant l’école. Jean, fils d’ouvriers, suit des cours clandestins jusqu’à ce que la police l’arrête. Libéré par des résistants, il devient un hors-la-loi. Clara, elle, vit à Versailles et appartient à la grande bourgeoisie, mais les inégalités dont souffre son pays la révoltent. Les deux adolescents vont devoir prendre tous les risques pour changer leur destin et celui de la France.

Critique : Avec ce roman, j’ai découvert un sous-genre du roman de science-fiction, l’uchronie. Plus concrètement, il s’agit de la réécriture de l’histoire selon l’occurrence ou non d’un événement. L’exercice de style est plutôt intéressant et l’on se laisse prendre par le rythme implacable du récit.

Certes, on aurait presqu’aimé une grande fresque retraçant l’histoire de notre pays depuis 1882, point de césure choisi par Pierre Bordage. On relève d’ailleurs, ici ou là, quelques erreurs ou approximations, mais au final ce n’est pas le cœur du propos de l’auteur.

Celui-ci a plus pour ambition de nous démontrer comment un état totalitaire et inégalitaire se maintient au pouvoir en appauvrissant et en abêtissant les masses populaires. Sur ce plan, la lecture politique est assez intéressante et démontre avec justesse que le repli conservateur face au progrès n’est certainement pas un gage d’enrichissement intellectuel ou financier pour les classes moyennes et populaires. Bien au contraire ! L’auteur aborde ainsi l’importance du droit à l’instruction comme outil de lutte contre l’oppression.

Mais c’est aussi un roman riche en action et en émotions, aux personnages attachants, à faire découvrir aux ados afin de leur rappeler l’importance des valeurs républicaines, socle de notre pacte social et démocratique.

4/5