Histoire de la violence d’Edouard Louis

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Histoire de la violence d’Edouard Louis

Seuil, 2016, 240 pages

Résumé : Edouard Louis rencontre Reda un soir de Noël. Le jeune homme l’aborde dans la rue alors qu’Edouard rentre chez lui, vers quatre heures du matin, après un repas entre amis. Edouard Louis lui propose de monter dans son studio. Reda lui raconte son enfance, l’arrivée de son père en France. Ils passent le reste de la nuit ensemble, ils discutent, font connaissance, font l’amour. Vers six heures du matin, Reda sort un revolver et menace Edouard. Le début d’un calvaire de plusieurs heures.

Critique : Après un premier roman d’autofiction, En finir avec Eddy Bellegueule, qui avait fait l’effet d’une bombe à sa sortie, Edouard Louis revient avec un autre récit personnel, celui d’une agression particulièrement violente que l’auteur a subi un soir de Noël. Pas trop fan de ces récits plus ou moins autobiographiques, souvent un peu trop égocentrés à mon goût, ils sont pour moi la version en livres de ce que sont les réseaux sociaux sur Internet et les émissions de téléréalité à la télévision.

Pourtant Eddy Bellegueule m’avait largement convaincu car le livre allait bien au-delà d’un simple témoignage et proposait une véritable lecture sociologique de la pauvreté et du déclassement ouvrier en France. Avec Histoire de la violence, ce n’est pas du tout le cas. Il y a bien quelques tentatives de réflexions sur l’immigration et l’intégration en France, mais l’auteur qui n’a sans doute pas encore surmonté le traumatisme lié à son agression, si tant est qu’on puisse le surmonter, peine à contextualiser son propos.

Il s’agit davantage d’un ouvrage post-traumatique, en forme de thérapie, qui parle à n’en pas douter aux victimes de violence et met en avant les capacités de résilience de chacun. A ce titre, Edouard Louis met bien valeur le parcours de la victime qui doit exprimer l’indicible, témoigner, se répéter encore et encore, parfois se justifier devant des membres des forces de l’ordre pas toujours très psychologues, mais aussi devant soi-même et ses proches… Sans complaisance avec lui-même, Edouard Louis fait d’ailleurs alterner son témoignage personnel avec la retranscription des propos tenus par sa sœur, pas toujours très tendres.

Histoire de la violence est donc un ouvrage très touchant, parfois gênant dans les détails qui sont livrés peu à peu au lecteur, mais parfaitement bien écrit sur la forme à la fois directe et crue. Je termine cette lecture avec la certitude qu’Edouard Louis est un grand auteur. La sincérité est là, à chaque page, dans ce dépouillement stylistique, même si cette intimité poussée à l’extrême a provoqué en moi un certain malaise. Mais après tout, n’est-ce-pas le propre des œuvres d’art de nous bousculer et de nous pousser dans nos retranchements ?

3,5/5

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