Les faibles et les forts de Judith Perrignon

Les faibles et les forts

Les faibles et les forts

Editions Stock, LGF, Le livre de poche, 2013, 148 pages.

Résumé : Un matin, la police a débarqué chez Dana, fouillant au corps son fils aîné, Marcus, et retournant toute la maison afin de trouver, sans succès, de la drogue. Les membres de la famille, choqués, décident cependant de maintenir leur pique-nique au bord de la rivière. Comme tous les étés en Louisiane la chaleur est insoutenable et tous souhaitent pouvoir se rafraîchir et oublier les événements de la matinée. Pourtant, trois adolescents de la famille et trois de la famille voisine mourront noyés dans la Red River sous les yeux de leurs proches, impuissants. Comme la plupart des adolescents noirs du Sud des Etats-Unis, ils ne savaient pas nager. Ce livre s’inspire d’un fait divers survenu à Shreveport en août 2010.

Critique : Ce court roman inspiré d’un fait divers réel met en parallèle la ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis dans les années 40-50, en s’appuyant sur le personnage de la grand-mère, et ses conséquences encore prégnantes dans la société américaine actuelle. A partir d’un constat « 60% des enfants afro-américains ne savent pas nager », Judith Perrignon démontre comment un système s’est perpétué sur plusieurs générations malgré les lois. C’est en même temps une démonstration admirable qu’un droit acquis dans la loi doit, ensuite, être conquis dans les faits.

Ce roman est l’une des œuvres les plus admirables et les plus efficaces qu’il m’ait été donné de lire sur le thème de la lutte contre le racisme. Le système ségrégationniste se perpétue, dans les faits, plus de 50 ans après les combats victorieux des droits civiques. D’ailleurs, les émeutes du printemps dernier à Baltimore, sur la côte Est, ont rappelé douloureusement que les violences policières et les injustices à l’encontre des afro-américains restent de mise. Ce roman reste, malheureusement, d’une actualité brûlante.

La construction habile du récit permet de passer du point de vue d’un personnage à l’autre tout en progressant dans l’intrigue. J’ai été saisi par ce drame bouleversant qui donne beaucoup à réfléchir sur le chemin qu’il reste encore à accomplir dans la lutte contre le racisme. Au-delà de l’histoire, l’écriture aussi est admirable, les pages les plus prenantes étant celles où l’on se retrouve dans les pensées de la grand-mère, Mary Lee. L’auteure s’efface totalement derrière ses personnages, elle va à l’essentiel, dans un récit court, sans fioriture, d’une efficacité redoutable, qui sonne comme un uppercut.

Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce court roman, incontournable et important.

4,25/5

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