La beauté du métis de Guy Hocquenghem

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La beauté du métis : réflexion d’un francophobe

Editions Serge Safran, 2015, 248 pages.

Résumé : Guy Hocquenghem écrit un essai à charge contre la France, qu’il écrit avec un f minuscule. Celle des Français persuadés que leur pays est le meilleur en tout. Il choisit de faire l’éloge de l’autre, de l’étranger, du métis. Le renie la francité pour louer la liberté d’être et de penser. A l’inverse des nostalgiques actuels, il dynamite le système et affirme la chance du métissage.

Critique : A l’heure où les déclinistes, Eric Zemmour en tête, squattent les plateaux télé avec leurs discours profondément raciste, misogyne et homophobe, je trouve passionnant de pouvoir découvrir cet essai écrit en 1979 par Guy Hocquenghem et réédité en 2015 par Serge Safran. Un texte qui semble résonner comme une réponse d’outre-tombe de la part de cet auteur mort trop jeune du SIDA, en 1988.

Le titre, comme le contenu, sont volontiers provocateurs. Sa thèse est de dire que cette « france » qui voue depuis toujours un culte à son histoire, sa grandeur passée, ses principes, sa culture, sa cuisine, sa langue, etc., n’a jamais été un grand pays et que ses heures de gloire passées ne sont en réalité qu’une vue de l’esprit.

Si certains passages sont excessifs, tirés par les cheveux, voire franchement de mauvaises foi, si d’autres passages comme sur la littérature jeunesse ont un peu vieilli (la France giscardienne n’est plus la France de 2015), force est de constater qu’un certain nombre de réflexions restent cruellement d’actualité plus de 35 ans après. L’ensemble est particulièrement troublant et l’on pourrait multiplier les parallèles entre ces deux périodes. On se dit que le portrait de cette France profondément réactionnaire est peu flatteur mais malheureusement loin d’être totalement faux.

Cette France telle qu’elle est décrite en 1979 par Hocquenghem n’est-elle pas un peu celle de 2015 ? La montée actuelle des conservatismes et des discours de plus en plus haineux qui pullulent, notamment sur Internet, ne font que renforcer cette impression d’une France hostile aux étrangers, homophobe, fermée sur elle-même, qui s’abrite derrière de grands principes pour se donner bonne conscience.

Mais l’auteur, à travers cet éloge du métissage nous donne aussi matière à espérer. Malgré un style un peu difficile d’accès, cet essai est utile et mérite d’être (re)découvert de toute urgence. Merci aux éditions Serge Safran d’avoir tiré ce texte de l’oubli. Merci à cet éditeur et à Babelio pour cette opération Masse Critique. Une lecture complexe mais passionnante que je vous recommande vivement.

4/5

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