Un génie divin pas si génial…

genie divin

Génie divin de Guillaume Dustan

Balland, collection « Le Rayon », 2001, 379 pages

 Résumé :

Entre journal intime et autofiction, Guillaume Dustan se raconte  à la façon des Michel Houellebecq ou Christine Angot.  Le journal de l’année 2000-2001.

Critique :

Que dire de cet ouvrage sinon ma déception… J’en avais tant entendu parler, le tout précédé de la réputation sulfureuse de son auteur, qui était connu pour ses prises de position anti safe-sexe.

Cet ouvrage n’est qu’un ensemble de théories fumeuses, pour ne pas dire fumistes, globalement incohérentes et contradictoires. Vous allez me dire, la contradiction est en chacun de nous. Certes… mais quand il nous sort une lapalissade du style « les gens qui n’aiment pas les autres, c’est nul », on se demande un peu où l’on est tombé.

En faisant part de sa volonté d’un sexe omniprésent, débarrassé de tout tabou, il se définit comme un anti-Houellebecq qui prône l’absence de sexe et une certaine misanthropie. Pourtant, on verra une certaine filiation avec cet auteur, ou encore avec Angot, on y retrouve d’ailleurs pour les trois la même paranoïa, le même égocentrisme, la même prétention. Prétention propre à ce style qu’est l’autofiction, où les auteurs se regardent écrire comme d’autres s’écoutent parler…

Le style est souvent brouillon, avec des collages de phrases incompréhensibles (tout le monde n’a pas la violence d’écriture et le talent d’un William S. Burroughs), mais le fond aussi. Il saute du coq à l’âne, sans fil conducteur. Et l’on passera outre, la grosse cinquantaine de pages en anglais, proprement imbuvables et d’une grande médiocrité sur le plan littéraire.

Il y a un manque global de profondeur et de maturité dans la réflexion, ses obsessions sont redondantes et ses provocations gratuites (cf. entre autres, les quelques lignes complètement idiotes sur la pédophilie). Tout cela est racoleur à la façon des auteurs « intello » des années 90-2000.

Globalement, passez votre chemin, il n’y a pas grand-chose à retenir. Il m’a fallu arriver à 10 pages de la fin pour enfin tomber sur une réflexion intéressante, mais qui n’est pas de lui, sur l’art « gay » : « Un jour nous avons eu une conversation par méls interposés avec Tim sur ce qu’était « une œuvre purement gay » comme il l’avait écrit dans un article d’Illico et il m’a cloué le bec en m’écrivant ceci : « Il y a de l’art gay, parce que les gays ont décidé que telles ou telles œuvres les représentaient (lecture rétinienne) ou les structuraient (lecture d’appropriation) ». » Réponse intéressante à tous ceux qui s’interrogent sur l’existence ou non d’un art gay qui viendrait se superposer à une vision plus générale de l’art. Mais bon une réflexion intéressante ne fait pas un livre…

0,75/5

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2 réflexions sur “Un génie divin pas si génial…

  1. Je suis d’accord ave ton analyse concernant ce bouquin, qui a du très mal vieillir je suppose. En revanche, j’ai toujours beaucoup aimé les premiers bouquins de Dustan, dits d’auto-fiction avec une affection particulière pour « Plus fort que moi » et « Je sors ce soir », très proches de Bret Easton Elis dans les descriptions obsessionnelles de la pop culture, l’autodérision et l’humour en plus.
    Je n’ai jamais été d’accord avec le procès qu’on a fait à Dustan sur le safe sex. En revanche, il a assumé à merveille -certainement par vanité- l’incarnation iconoclaste que lui a imposé les militants de la lutte contre le sida et particulièrement Act Up.
    Je ne pense pas que Dustan ait jamais été prosélyte en matière de bareback. Au contraire, on perçoit une forme la culpabilité, à commencer par celle de sa propre contamination, dans Plus fort que moi, et la peur de contaminer. Le ras le bol aussi que la prévention pèse sur les seules épaules des séropos. Bref moi j’aime bien Dustan, et j’espère que certains de ses bouquins seront redécouverts.

    • Merci Stan pour ton commentaire,

      A la personne qui m’a prêté cet ouvrage, je disais justement que je ne m’arrêterai probablement pas à cet ouvrage, en ce qui concerne cet auteur…
      Peut-être n’ai-je pas commencé par le bon…

      Quant au safe-sex, loin de moi l’idée de faire un procès aux séropos, c’est bien à Dustan, à la vanité et à la prétention de son écriture dans cet ouvrage que j’en ai. J’ai au contraire trouvé ses provocations un peu gratuites, comme s’il ne croyais pas lui même à ce qu’il disait, bref de la provocation gratuite pour faire plaisir aux médias et justement pas beaucoup de fond pour expliquer les moments de lassitude plus que compréhensibles chez les séropos… C’est justement dans ce débat là que cet ouvrage aurait trouvé sa pertinence…

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