Difficultés des fictions françaises

 
Erosion de l’audience constatée sur TF1 et M6, arrivée de nouvelles séries US très innovantes… Il n’en fallait pas plus pour que la fiction française soit en crise. Les responsables des programmes accusent le manque de scénaristes ou l’impossibilité de monopoliser un acteur 9 mois par an sur un seul rôle dans une série… Mais c’est aussi peut-être parce que les séries françaises innovent peu, se ressemblent toutes, manquent d’imagination, n’osent pas, sont trop consensuelles… Bref sont sans intérêt… Voici l’article passionnant de Guy Dutheil pourLe Monde:
 
Tout un symbole ! Depuis trois ans, le festival de télévision de Monte-Carlo fait se côtoyer vedettes de la fiction française et stars des séries américaines. Mais pour la 47e édition du festival (du 10 au 14 juin), la représentation française a été éclipsée par les délégations des séries américaines. La série "Lost" est venue en force avec son acteur vedette Terry O’Quinn accompagné de son producteur Jack Bender. "Heroes", qui arrive sur la Une le 30 juin, était représentée par le comédien Masi Oka. Même "Grey’s Anatomy" avait fait le déplacement avec l’acteur Eric Dane, qui interprète le célèbre docteur de la série.

Le débarquement américain a véritablement commencé à Monaco il y a trois ans, quand, en mai 2005, TF1 a décidé de diffuser la série "Les Experts Las Vegas" en première partie de soirée. Une tentative suivie par la programmation en "prime time" (20 h 50) tout l’été de la première saison de "Lost". Auparavant, il y avait eu, sur France 2, le succès de la série hospitalière "Urgences", le dimanche sur France 2. Depuis, et de manière encore plus marquée cette année, la fiction française est détrônée par les séries américaines sur toutes les chaînes. Par leur rythme, leurs audaces, la qualité de leur interprétation, de leur réalisation et de leur écriture, les productions "made in USA" séduisent le public français, avec pour conséquence une "ringardisation" des productions nationales.

Ce recul fait craindre à Patrice Duhamel, directeur général de France télévisions, "un véritable tsunami" sur la fiction française. Selon lui, les récents ratés de plusieurs productions hexagonales (Mademoiselle Joubert, sur TF1, par exemple) pourraient inciter TF1 et M6 à en diffuser moins en prime time, au profit des séries US, plus performantes. Et M. Duhamel redoute que le service public soit sollicité par les producteurs éconduits pour pallier les carences des chaînes privées…

Takis Candilis, directeur général chargé de la fiction et des divertissements de TF1, refuse ce mauvais procès. S’il reconnaît que "depuis janvier il y a eu une érosion de l’audience", les fictions françaises n’attirant plus que 7,6 millions de téléspectateurs en moyenne, il affirme que "en aucun cas il n’est envisagé de réduire le nombre de premières parties de soirée consacrées à la fiction française sur TF1". Toutefois, il prévient qu’il "envisage de dépenser l’augmentation du budget fiction sur d’autres moments de la grille". Par exemple, pour un feuilleton d’avant-soirée ou de fin d’après-midi, à l’instar de "Plus belle la vie", qui rencontre un succès inattendu sur France 3. Une démarche également suivie par M6, et bientôt par France 2, qui travaille également dans cette direction.

Selon M. Candilis, la fiction française connaît actuellement un "entre-deux". "L’avenir est au format de 52 minutes, prédit-il. TF1 a d’ailleurs déjà entériné la fin de cycle pour certains 90 minutes qui vont être abandonnés, tels "Navarro" ou "Commissaire Moulin"."

Pour le scénariste Frédéric Krivine ("PJ"), le recours massif aux séries américaines sur M6 et TF1 est la conséquence d’une "pyramide des âges catastrophique" du public de nombre de fictions françaises. Celui-ci se caractérise par une surreprésentation des téléspectateurs de plus de 50 ans et une sous-représentation des jeunes. M. Krivine dénonce, en outre, le recours par TF1 aux adaptations de séries américaines, comme "RIS", copiée sur "Les Experts" ou "Paris Enquête criminelle", dérivée de "New York Enquête criminelle". Censés permettre à la chaîne de reconquérir un public jeune, ces pâles "remakes" ont obtenu des résultats d’audience décevants.

Les griefs de M. Krivine contre TF1 sont relayés par Philippe Bony, directeur général adjoint chargé de la fiction de M6. "Je ne pense pas que ce soit en faisant des clones de séries américaines que la fiction française va trouver sa propre identité", objecte-t-il. Takis Candilis écarte ces critiques. "J’ai lancé les adaptations parce qu’il nous fallait du temps pour écrire et produire des sujets originaux", rétorque-t-il.

Nombre de professionnels du secteur en conviennent : pour faire face à la concurrence américaine, la fiction française devrait changer en profondeur. " En France et en Italie, vous faites de bons films, mais vous ne savez pas fabriquer des séries de niveau international", pointe le producteur de "Lost", Jack Bender. Selon lui, ce n’est pas le financement de la fiction française qui pose problème. Il s’agit plus "probablement d’une question de qualité d’écriture et de production". Pourtant, quand une fiction américaine est dotée d’un budget de près de 4 millions d’euros l’épisode, la Une, la plus dispendieuse, ne verse que 1 million d’euros en moyenne.

M6 et TF1 veulent tirer les leçons des succès américains, en essayant d’adopter certaines de leurs recettes. "La tendance est de s’engager sur un nombre moins important de téléfilms unitaires, au profit de séries plus nombreuses et de plus en plus longues", comme c’est le cas outre-Atlantique, prévoit M. Bony (Note: ça permet de fidéliser le téléspectateur…).

A l’avenir, M6 va plutôt commander "douze épisodes d’une série à un même producteur plutôt que six téléfilms à éventuellement six producteurs différents, comme cela a souvent été le cas par le passé". La Six entend aussi se constituer "un socle de nouveaux auteurs, acteurs et réalisateurs" pour ses futures fictions, annonce M. Bony. Une nouvelle génération que M6 "va faire progressivement évoluer vers le prime time", après l’avoir testée dans des cases horaires moins exposées.

"En France, nous ne savons pas produire vingt-quatre épisodes par saison. Nous n’avons ni les auteurs pour les écrire ni les acteurs disponibles pour travailler onze mois d’affilée", détaille le directeur général de TF1. Pour s’approcher des standards américains, M. Candilis va "réunir, à l’initiative de TF1, les Etats généraux de la fiction, fin juin à Paris". Une centaine de professionnels, producteurs, réalisateurs et auteurs seront conviés "pour parler des nouvelles formes de production, d’écriture et de contenus".

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