Les Témoins ***

 
Téchiné, qui est un réalisateur que j’apprécie, nous revient avec son film le plus personnel depuis le magnifique Les Roseaux sauvages. Et force est de constater que ses Témoins est le meilleur depuis celui-ci… On retrouve son goût habituel de l’intimisme, de resserrer l’action autour de 4 ou 5 personnages face à un événement de grande ampleur (la débâcle de 1940 pour Les Egarés…), ici c’est l’arrivée du SIDA, qui va bouleverser durablement leur vie.
 
Comme toujours Téchiné filme ses personnages avec beaucoup de tendresse, au-delà des choix sexuels ou des races, et nous plonge avec réussite au milieu des années 80. Johan Libéreau, que l’on avait découvert dans Douches Froides, est magnifique en jeune homosexuel, objet de tous les désirs qui va attiser les passions autour de lui. Sami Bouajila en flic déboussolé trouve l’un de ses plus beaux rôles. C’est de leur désir, ou plutôt de leur amour, que Téchiné veut témoigner. L’un mourra, l’autre pas, on peut presque regretter que la morale soit sauve… Téchiné rend ici hommage à ses amis partis trop tôt, un film comme un souvenir, un témoignage du passage (et du départ) de toute une génération fauchée par la maladie… Il y a une urgence, une énergie dans ce film, comme une volonté de se dépêcher de vivre, dans l’insouciance, avant de mourir.
 
Mais comme dans tout témoignage, il y a un côté un peu clinique (notamment, avec l’excellent Michel Blanc, très bon en médecin délaissé) et du coup un peu froid. C’est souvent le problème avec Téchiné, cette trop grande retenue dans les sentiments… Après une première partie charnelle, très belle, très solaire, Téchiné perd l’émotion en cours de route… Il semble avoir peur de sombrer dans le mélo. Si la partie de la découverte et du développement de la maladie est très bien traitée avec une très belle scène entre Libéreau et Bouajila, mais aussi entre Bouajila et Emmanuelle Béart qui est, dans ce film, le double féminin de Téchiné, son porte-voix, celle qui témoigne pour lui… Le décès, certes inéluctable, n’apporte pourtant aucune émotion. Personne ne pleure. On pourrait y voir un parallèle avec les morts du SIDA qui ont été oubliés par leurs proches, des victimes que l’on a voulu cacher. Mais on aurait attendu que Julie Depardieu soit à ce moment là plus dans le registre de l’émotion que de la retenue.
 
Au final, ça reste malgré tout un très beau film, servi par des comédiens épatants. Un film important, pour ne pas oublier et que je vous conseille vivement…
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