La culture chez les candidats à la Présidentielle

Alors que les médias sont plus occupés à suivre (et critiquer) les modifications de staff de Royal ou à se prosterner devant Sarkozy, Télérama a eu une bonne initiative (si, si ça leur arrive de temps en temps), demander aux candidats leurs propositions en matière de culture. Evidemment, on ne sort pas vraiment de la langue de bois, tous les candidats (même à l’extrême-droite) se prononçant pour une démocratisation de la culture et de son enseignement avec accessoirement un accroissement des moyens. Une fois élu, quelque soit le vainqueur, il va de soit que ces promesses et voeux pieux ne seront bien sûr pas tenus. Nos candidats sont sur ce point à l’image des français, ils rêvent que toutes les chaînes ressemblent à Arte mais personne ne la regarde… Pour avoir une vraie indication, mieux vaut s’arrêter sur la perception de la culture par les candidats qui est beaucoup plus révélatrice de leur rapport aux arts…
« Tout se joue à l’école par l’éducation artistique », estime ainsi Ségolène Royal, pour qui les musées doivent aussi « être accessibles aux personnes les plus défavorisées ». La candidate socialiste dit aimer Bach mais aussi Diam’s, a lu Victor Hugo, mais aussi Fred Vargas, vu un spectacle de hip hop, mais aussi de l’opéra. Et elle aime « tout le cinéma français ». Très consensuelle, comme d’habitude, j’aurais préféré que les journalistes mettent l’accent sur son programme réel et complet sur le sujet, mais bon ça fait parti de l’entreprise de décrédibilisation de la candidate socialiste…
Pour François Bayrou, qui avoue être un « béotien » en matière de culture, il faut « promouvoir une culture de peuple ». Car « la culture parle trop souvent exclusivement aux « cultureux ». Pour lutter contre ce phénomène, il veut réfléchir « à l’articulation privé-public »: « le mécénat d’Etat est très utile, mais il tend à devenir affaire de professionnels, et donc de réseaux. Ce sont toujours les mêmes qui décident ». Je suis bien d’accord avec lui sur ce point, mais que le mécénat soit public ou privé n’y changera rien. Une fois que quelques hommes sont en place et qu’ils ont verrouillé les réseaux, il n’y a plus aucun moyen d’action (quelque soit le domaine…) et modifier les moyens de financement n’aura qu’un effet à court terme. Quelques têtes changeront mais les habitudes resteront…
« La démocratisation culturelle a échoué », constate aussi Nicolas Sarkozy, candidat UMP qui a reçu « Télérama » au ministère de l’Intérieur. « Dix à vingt pour cent seulement de la population française est destinataire de l’essentiel de la politique culturelle ». Il veut donc « donne(r) à tous les enfants accès aux grandes oeuvres de l’esprit ». « Mais attention »: pour lui, contrairement à « l’idéologie de Mai 68 », « toutes les oeuvres ne se valent pas ». Alors là pour le coup je ne suis pas d’accord avec lui (mais ça c’est pas nouveau…). Puisqu’il fait une hiérarchie entre les oeuvres artistiques, il faudra qu’il m’explique lesquelles lui semblent meilleurs que les autres. Quels sont ses critères en matière d’art? S’agit-il des oeuvres qui rapportent le plus, qui font le plus d’entrées? Un succès populaire n’est pourtant pas forcément un gage de qualité, même si (pour le cinéma), les grands succès sont indispensable et permettent de financer des films plus fragiles, c’est pourquoi l’élitisme est également pour moi sans intérêt (un film qui fait difficilement 1000 entrées n’est pas non plus pour moi forcément un chef d’oeuvre!). Un tout cas, il y a dans son raisonnement un jugement de valeur qui me gêne et qui ne me semble pas aller dans un sens de plus de diversité, de liberté, de provocations qui sont des éléments indispensables à la création artistique. Un artiste n’a pas forcément comme rôle fondamental de plaire, il doit aussi gêner, provoquer le débat, ne pas laisser tiède. Et quand je vois la liste de ses soutiens, je me dis que ces artistes ont certes du succès (pour certains) mais ils sont bien tièdes…
Pour Jean-Marie Le Pen aussi, « l’enseignement artistique à l’école est trop faible ». Il « regrette » en particulier « qu’il n’y ait pas une plus grande pratique des instruments et du chant, notamment en chorale ». La musique militaire lui « met les larmes aux yeux » et il évite le cinéma parce que c’est « trop dangereux: ‘ils’ s’appellent sur leurs portables et m’attendent à cinquante à la sortie ». Bon ben, là je crois que ça se passe de commentaires, il s’enterre tout seul… Pourquoi ne pas pleurer sur « Maréchal nous voilà… » pendant qu’on y est…
Sur la question des intermittents, Ségolène Royal rappelle que « les socialistes se sont engagés à remettre à plat la législation » et suggère de « définir des missions complémentaires des intermittents dans les établissements scolaires, les entreprises… ». Très bonne idée, il faut de toute façon revoir le statut des intermittents et le limiter aux seuls artistes et techniciens free lance.
Concernant la télévision, Nicolas Sarkozy déplore qu’on ait « jamais eu autant de chaînes publiques et aussi peu de culture à l’écran ». « Le service public, y compris France 2, doit viser à une politique éducative de l’excellence. Ne pas hésiter à faire de la contre-programmation, présenter des spectacles, des films qui ne sont pas sur les autres chaînes ». Pour autant, il est hostile à « l’augmentation de la redevance ». Eh ben, il faut là aussi qu’il m’explique comment on fait de la culture à la télé sans augmenter la redevance car les audiences (donc les recettes publicitaires) ne suiveront pas! Et puis, il devrait regarder un peu plus son programme télé car il y a plus de culture qu’il semble le penser!
La candidate des Verts Dominique Voynet, en revanche, est « favorable à la suppression de la pub sur les chaînes publiques », qui « seront financées par la redevance et un prélèvement sur les masses publicitaires investies dans les chaînes privées ». Voilà une proposition de financement qui me semble être une bonne idée mais excessive! Le service public (même si on ne s’en rend pas toujours compte!) a certaines obligations en terme de contenus que n’a pas le privé. Ces obligations font baisser les revenus publicitaires des chaînes publiques, il ne serait donc pas scandaleux d’aller prélever sur les revenus des chaînes privées, ça éviterait d’accroître la redevance et ça lierait la bonne santé des chaînes publiques à celles du privé. Ce serait donc un système gagnant-gagnant. Surtout qu’une fois reconduites, les chaînes disposent tout de même très librement de leur antenne et sans contreparties sérieuses… Mais la supression totale de la pub me semble en revanche être une douce rêverie…
La candidate communiste Marie-George Buffet veut quant à elle faire passer le budget du ministère de la Culture de 1% du budget à « 1% du PIB ». Elle propose aussi d’imaginer « un grand pôle public de télévision qui soit dirigé par les salariés eux-mêmes, leurs représentants syndicaux, les usagers et les élus ». Mouais, pourquoi pas, de toute façon ça ne pourra pas être pire que la situation actuelle avec nominations politiques et verrouillages. Le problème des chaînes publiques c’est surtout leur manque de stabilité dans les équipes dirigeantes… L’idéal serait d’avoir enfin des dirigeants moins politisés et d’avoir des systèmes de nominations un peu plus démocratiques (au CSA aussi!)…
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