Jacquou le Croquant ***

 
C’est reparti pour une nouvelle année cinéma et rien de mieux pour redémarrer qu’une grande fresque historique et romanesque!
 
Jacquou le Croquant signe le grand retour au cinéma de Laurent Boutonnat, 13 ans après Giorgino. Cette adaptation du roman d’Eugène Le Roy, qui avait déjà donné une mini-série télévisée dans les années 60, nous plonge dans la France de la Restauration, la période contre-révolutionnaire et très réactionnaire qui a suivi la chute de Napoléon. L’aristocratie tente de réimposer le retour à l’ordre de l’Ancien Régime, les opposants sont arrêtés et déportés dans les bagnes. Sur ce plan, la reconstitution est soignée, on voit la pauvreté de la paysannerie au lendemain des guerres révolutionnaires, les enfants (orphelins) livrés à eux-mêmes, le manque de nourriture, la dureté de l’hiver 1815.
 
Car le film suit le parcours de Jacquou sur deux périodes, en 1815 il a alors une dizaine d’année, la Restauration est triomphante et il devra faire face à la mort successive de ses parents. Cette partie, dont Laurent Boutonnat, voulait consacrer un film à part entière (malheureusement, les producteurs s’y sont opposés) compose la première moitié de l’oeuvre. Elle est particulièrement dure et sombre et l’on est à plusieurs reprises pris à la gorge. L’émotion est là et la réalisation est particulièrement soignée, la caméra virevolte avec bonheur et l’on est emporté par le rythme et la musique somptueuse. Rares sont ceux qui retiendront leurs larmes dans la scène de l’orage, magnifique, où la mère demande à son fils de jurer de venger son père. On retrouve certains des codes spécifiques à Boutonnat, que l’on a dans les meilleurs clips de Mylène Farmer, le froid, la neige, les loups et corbeaux, les costumes soignés, les chevaux, les ralentis, les gros plans sur certains détails, les enfants espiègles aux grands yeux. Ce qui donne à l’oeuvre une dimension naturaliste qui n’est pas sans rappeler les films de Terrence Malick, sans pour autant alourdir le sujet ou ralentir le rythme. Autant le dire, cette première moitié est un pur chef d’oeuvre, somptueuse, romantique, désespérée.
 
Puis on fait un bon dans le temps, 15 ans plus tard. La transition est un peu facile et il est vrai qu’elle aurait été plus aisée s’il y avait eu un second film pour cette période. Cette fois-ci nous sommes en 1830, la Restauration est au bord du gouffre, la population n’accepte plus les vexations, les tentatives répétées de détruire les libertés individuelles et les conditions de vies toujours aussi dures. Là, le film prend une dimension et un message révolutionnaires pas si courants dans les fresques grand public. Mais cette partie est un peu plus inégale avec le meilleur du film et le moins bon… Le meilleur avec la scène du bal, virvoltante, laissant passer une véritable tension, on est litéralement scotché par cette scène qui vaut à elle seule le déplacement. C’est une éblouissante leçon de cinéma que Boutonnat nous donne là! Autre morceau de bravoure, la scène du puits est aussi une grande réussite. Dans ces deux scènes, Gaspard Ulliel (Jacquou) superbe nous embarque avec lui. A l’inverse, la dernière partie du film, dans le château, est elle plus décevante. Boutonnat perd de l’ampleur dans sa façon de filmer, comme s’il avait épuisé son budget, la réalisation est plus molle et Ulliel manque incroyablement de charisme (ce qui tranche vraiment avec les scènes précédentes où il nous proposait un jeu d’acteur excellent!). On s’attend tellement à un final grandiose, à l’image du reste du film, qu’on reste un peu sur notre faim (fin!).
 
Au final, on aurait malgré tout tort de faire la fine bouche car ce film est une grande oeuvre romanesque et ambitieuse comme on en voit trop peu dans le cinéma français. On se laisse embarquer par le rythme et la magnifique musique (au passage restez pour le générique de fin, dans lequel Mylène Farmer vient pousser la chansonnette, dans un excellent titre inédit, Devant-soi), on pleure, on vibre. Bref, c’est du grand cinéma, riche en émotions! Et c’est ça le principal…
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