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Ce titre un peu étrange est celui d’un film qui était diffusé hier soir sur Arte à l’occasion des commémorations du 11 septembre. Je n’ai regardé aucune des émissions sur le sujet, je pense que tout a déjà été dit et tant que Ben Laden n’aura pas été arrêté, c’est lui faire trop de publicité. Ce film possède un vrai parti pris artistique et je préfère aborder ce sujet plutôt que de vous parler de faits que tout le monde connaît déjà… 11 cinéastes de nationalités différentes ont chacun réalisé un court métrage de 11 minutes 9 secondes et 1 image. Même s’ils ne sont pas tous réussis, c’est un constat passionnant sur notre monde face au terrorisme et de l’après 11 septembre. Chacun apporte sa propre sensibilité, sa vision des événements et les met en perspective. Il en ressort que les attentes en matière de démocratie et de respect des droits de l’homme vis-à-vis des Etats-Unis sont très importantes, que la critique de l’impérialisme américain est parfois sévère. Un appel vibrant à plus de vertue de la part de la "première démocratie".
 
– Samira Makhmalbaf (Iran). La jeune réalisatrice iranienne s’intéresse à des enfants afghans réfugiés en Iran qui travaillent à la confection de briques. Son message politique est parfois un peu simpliste, une institutrice qui explique à ces enfants la portée de l’événement alors que pour eux le fait important du jour est la mort d’un homme dans un puis du village… Mkhmalbaf tente une certaine relativisation des faits, mais l’ampleur de l’attentat rend la comparaison par forcément très heureuse…
 
-Claude Lelouch (France). Le réalisateur nous propose une romance comme il sait si bien les faire entre une sourde (Emmanuelle Laborit, géniale) et un guide pour sourds à New York. Elle est dans leur appartement, elle lui écrit une lettre de rupture, il emmène un groupe au World Trade Center. Elle ne regarde pas le télé et ne sait pas ce qui se passe… La construction est très intéressante, l’un des meilleurs Lelouch que j’ai vu depuis longtemps et l’on se dit que dans le registre dramatique il serait bien meilleur que dans la comédie de moeurs (son genre fétiche). Le suspense est parfaitement distillé, le plan final est très beau, même si le propos politique est absent.
 
-Youssef Chahine (Egypte). Une fois n’est pas coutume, il met en scène son propre personnage (joué par un acteur) confronté au fantôme d’un GI mort au Liban et à celui d’un terroriste Kamikaze. Le propos est un peu bavard et confus.
 
-Danis Tanovic (Bosnie). Il met en persepective les attentats avec les femmes de Srebrenicza qui, tous les 11 du mois, manifestent pour obtenir la vérité sur la disparition de leurs maris enlevés par les milices serbes. C’est très poignant.
 
-Idrissa Ouedraogo (Burkina Fasso). Ici, c’est la pauvreté de l’Afrique qui est montrée mais sans misérabilisme et avec beaucoup d’humour. Le passage le plus léger mais très réussi et qui permet de reprendre son souffle. Un groupe d’enfants tombent sur Ben Laden dans les rues de Ouagadougou et tentent de l’arrêter pour toucher la prime de 25 millions de dollars.
 
Ken Loach (Royaume-Uni). Un chilien en exil écrit une lettre à des amis américains. Il met en parallèle les attentats avec le 11 septembre 1973, jour du coup d’état de Pinochet financé par les Etats-Unis, en utilisant de nombreuses images d’archives. Le propos n’est pas forcément fin mais il interpelle sur la nécessité de vertue des grandes démocraties. Les purges de la dictature chilienne ont fait 30 000 victimes, les méthodes employées n’avaient rien à envier aux nazis…
 
-Alejandro Gonzalez Inarritu (Mexique). Sans aucun doute le plus radical artistiquement mais aussi le plus réussi des 11 courts. Onze minutes de noir quasi absolu où l’on entend un bruit sourd à intervalles réguliers… Le bruit des personnes qui ont sauté des tours en feu avant qu’elles ne s’effondrent. 11 minutes absolument bouleversantes avec une simple phrase à la fin sur fond d’une lumière éblouissante: "Est-ce-que les lumières divines nous guident ou nous aveuglent"… 
 
-Amos Gitaï (Israël). Un attentat se produit à Tel Aviv en même temps que ceux de New York. On suit la déferlante des journalistes sur fond de sirènes hurlantes. C’est largement hystérique et le contenu est quelque peu décevant de la part de ce grand réalisateur. 
 
-Mira Nair (Inde). Le court le plus touchant, inspiré d’un fait réel, qui s’intéresse aux pakistanais vivant aux Etats-Unis qui doivent faire face aux soupçons des médias, de la police, de la population. Une mère pleure son fils disparu, accusé de terrorisme. Il s’avère que cet apprenti policier est finalement mort en héros dans l’effondrement des tours. Justice ne lui a été rendue que 6 mois plus tard…
 
-Sean Penn (Etats-Unis). Ce réalisateur très engagé propose un court très poétique où il aborde la question des personne âgées exclues de la société américaine. Un film sur l’espoir, ou d’un mal peu naître le bien. Mais où le retour de la lumière peut aussi faire naître le désespoir. Des rosiers en manque de lumière renaissent grâce à l’effondrement des tours…
 
-Shohei Imamura (Japon). Le parallèle avec la Seconde Guerre Mondiale aurait pu être intéressant, malheureusement, le réalisateur est un peu hors-sujet. On ne comprend d’ailleurs pas grand chose à ce court (si quelqu’un a les clés, qu’il m’explique!) et comme c’est le dernier, il pourrait laisser un goût d’inachevé à l’ensemble, heureusement, il se termine par une phrase qui clôt très bien l’ensemble:
"Il n’y a pas de guerre sainte".
 
Au final, une expérience cinématographique intéressante. Un constat sur le monde, où chacun apporte sa vision. Certes, ce n’est pas totalement réussi mais c’est sans aucun doute une oeuvre importante de mémoire…   
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